Femmes dirigeantes ou administrateurs...Toujours et encore le plafond de verre

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En ce 8 mars, journée de la femme, que reste-t-il à conquérir par la moitié de l'humanité ? Si la parité s'établit doucement mais sûrement dans de nombreux métiers, elle s'amenuise dès lors que l'on s'attaque aux marches du pouvoir. Des comités de direction au conseil d'administration, les femmes peinent encore à accéder à ces lieux « sacrés » malgré les coups de pouce du législateur.

En dix ans, le chemin parcouru est immense...mais reste insuffisant. L'étude menée par Sylvie Brunet et Maryse Dumas de la délégation du Conseil Economique et Social aux droits des hommes et à l'égalité pointe encore un certain nombres de blocages dont au premier rang les stéréotypes sexistes dans les mentalités, l'éducation et l'orientation professionnelle, ou le partage des responsabilités familiales. "Cela renforce les différences de traitement entre les femmes et les hommes en matière d'accès à l'emploi, d'évolution de carrière et rémunération", note les deux rapporteures.

Si au plan national, l'arsenal juridique est encore impressionnant puisque neuf lois ont été consacrées depuis 40 ans à la promotion de l'égalité professionnelle, le bilan d'application reste encore modeste au regard de la précision des objectifs. Une enquête Ifop menée en 2004, puis réitérée en 2011, sur le nombre d'entreprises ayant mené des négociations spécifiques sur ce thème enregistre seulement une augmentation de 10%. En février 2011 il en ressortait que seule la moitié des entreprises ont mis en place un diagnostic égalité professionnelle. Interrogés sur les motifs de non réalisation, 48% des dirigeants ont répondu "parce que l'entreprise ne connaît pas de problèmes d'égalité entre les femmes et les hommes", 26% "parce que le dispositif est trop complexe" et 15% "parce qu' «aucune mesure ne sanctionnait son absence". Lors de la présentation de cette enquête devant la délégation aux droits des femmes de l'Assemblée Nationale, le directeur de clientèle de l'IFOP a conclu : "l'enseignement majeur de ce sondage est que le thème de l'égalité entre les hommes et les femmes ne fait pas partie des priorités des entreprises voire qu'il n'est pas un problème pour elles".

Des femmes dirigeantes moins bien payées que leurs homologues masculins

De fait, l'enquête du cabinet Mercer sur les écarts de rémunérations entre hommes et femmes dirigeants en Europe menée à l'occasion de cette journée de la femme note un différentiel de 22% en moyenne en Europe. En France, les femmes dirigeantes gagnent elles 14% de moins. Un écart qui s'accroît nettement si l'on tient compte des autres éléments de rémunération variable, tels que les bonus. Selon Romain Bureau, Senior Partner en charge de l'activité conseil en Capital Humain chez Mercer, "la nature des fonctions, l'ancienneté ou l'expérience expliquent davantage que le sexe les écarts salariaux. Ainsi les 5 ans qu'une femme n'aura pas passé à gravir les échelons pour cause de responsabilités familiales représentent aux yeux de son employeur 5 ans d'expérience professionnelle en moins". Autre cause des écarts salariaux entre hommes et femmes : la "ségrégation des métiers", c'est-à-dire la propension des fonctions supports comme la communication ou les ressources humaines à être davantage occupées par les femmes, fonctions souvent moins bien rémunérées que les autres, car moins stratégiques pour le business. "Quand bien même une entreprise aurait une répartition équilibrée d'hommes et de femmes sur ses fonctions de direction, leurs places dans la hiérarchie de l'entreprise, liées à la ségrégation des métiers montreraient que les femmes sont moins bien rémunérées que les hommes", poursuit le consultant, pour qui l'éducation joue encore un rôle non négligeable dans la permanence de cette situation.
De son côté, l'étude du cabinet Grant Thornton note que la proportion de femmes dans les équipes de direction a reculé mondialement par rapport à 2009 : 24% en 2009 contre 20% en 2011 et 21% en 2012. Mais si l'on considère l'Europe, l'évolution est elle restée régulière passant de 17% en 2004 à 20% en 2009 pour atteindre 24% en 2012. Preuve que l'implication des gouvernements européens a porté ses fruits en obligeant les entreprises à s'engager en faveur de la parité. La dégradation mondiale est en revanche dû aux pays émergeants où les femmes avaient une place plus importante aux postes de direction en 2009 (30%) qu'en 2012 (26%). En France la moyenne progresse mais à pas de tortue : la représentation féminine aux postes élevés a augmenté de 3% en 2012 passant de 21 à 24%.

L'accès aux conseils d'administration ou le parcours de la combattante

C'est encore au niveau du conseil d'administration que le plafond de verre est le plus épais. Si la partie législative a été gagnée par la loi Copé-Zimmermann de janvier 2011, les plans d'actions se font encore attendre. Certes le ratio a progressé des femmes dans les conseils d'administration n'était en 2099 qu'aux alentours de 10% mais devrait atteindre 20% en 2013 sous l'impulsion de la loi et 40% en 2017. Outre le fait d'aider à porter le sujet de l'égalité à tous les échelons de l'entreprise, la présence des femmes dans les conseils d'administration devrait selon Marie-Jo Zimmermann être également bénéfique sur la stratégie de l'entreprise au moment où la crise économique é révélé des faiblesses dans la gouvernance de l'entreprise : "le conseil d'administration c'est un club d'hommes dans lequel on s'autoproclame et s'autoprotège. C'est un dialogue tout à fait particulier. Les femmes vont pouvoir offrir aux conseils d'administration qui les auront recrutés, non seulement des compétences professionnels reconnues mais aussi un autre regard sur la société, une autre appréhension des rapports économiques ou sociétaux".

Reste à donner envie et aider les femmes à s'investir dans les hautes sphères, ce qui n'est pas gagné : "les femmes passent d'un univers très égalitaire dans les études supérieures au monde de l'entreprise où elles sont souvent moins bien accueillies. Nous mettons des années à comprendre les codes. Le conseil d'administration se révèle alors être une forteresse imprenable", explique Carol Lambert, associée Ethique et Gouvernance chez Deloitte. Elle s'est associée à l'écriture du "guide de l'administrateur au féminin", ouvrage collectif publié par le réseau féminin EPWN (European Professionnal Women's Network). "Si la féminisation des conseils est une tendance de fond, largement portée en France par la loi "qui dérange", le réflexe de résistance peut perdurer si ces femmes qui montent aux boards ne sont pas exemplaires.

Eviter le clonage masculin

Ainsi se former, réfléchir à ses motivations, et comportement apparaît crucial. La question essentielle n'est pas le "pourquoi des femmes au conseil d'administration ?" mais "pour quoi faire ?" et le vrai défi ce sont les bons comportements à adopter pour éviter le clonage masculin. Il faut créer des réflexes plus collectifs que verticaux et faire évoluer le management de l'entreprise. La présence des femmes aux plus hautes instances devient ainsi un enjeu de société", défend Viviane de Beaufort, professeure de Droit européen à l'Essec, auteure de ce guide et coach de femmes dirigeantes.

Reste aussi à éviter le syndrome "Reine des Abeilles" dénoncé par Anne-Marie Idrac qui pousse certaines femmes de pouvoir à écarter toute concurrence avec leurs consoeurs et évitent toute cooptation. Sans compter que "trop souvent, un grand nombre de femmes s'interrogent sur leur aptitude à remplir correctement les fonctions qui leur sont proposées. Ce questionnement -qui n'a pas vraiment cours chez les candidats masculins- est certes tout à leur honneur mais constitue un frein inutile et d'autant plus regrettable", ajoute Marie-Jo Zimmermann. C'est donc plus une culture de l'égalité qu'il faut s'attacher à véhiculer que de multiplier les contraintes en la matière. Et aucune action pérenne ne peut être menée sans une mobilisation des dirigeants pour diffuser une culture d'entreprise promouvant l'égalité professionnelle et la mixité.

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Commentaires
a écrit le 08/03/2012 à 18:05 :
Je suis dans une entreprise qui a remodelé son comité exécutif cette année en mettant une parité absolue dans les nominations. Le résultat est?aberrant. Par principe, on a mis des personnes dont la compétence est à démontrer, en lieu et place d?hommes capables. Moi j?appelle ça du sexisme anti-hommes.
Toute la société veut, à travers des lois, ou des initiatives comme la journée de la femme, lutter contre le mal que notre civilisation ferait aux femmes depuis toujours. Soit.

Mais les femmes disposent de privilèges que les hommes n?ont pas, justement du fait de ce supposé mal. La législation du divorce privilégie les femmes, elles qui justement à 70% sont à l?origine des demandes de divorces !!

Les hommes honnêtes sont les victimes des dispositifs organisés pour rompre le supposé sexisme dont elles ont toujours été victimes.

A quand la journée de l?homme ?
Réponse de le 09/03/2012 à 8:00 :
C est insupportable d arrogance de vomir ce genre de propos dans le cadre de la journée internationale du droit des femmes alors que vous avez tous les autres jours pour rependre votre haine sexiste. Vous n avez même pris la peine de lire l article de Mme Peters. Les femmes ne sont pour rien si vous êtes un piètre père et un pervers : la justice protège les enfants jamais les femmes sauf si elles sont jetées comme un objet usagé après avoir consacré toute leur vie aux enfants et aux taches ménagères. Vous êtes une honte vivante avec vos propos de talibans. Vous vous prétendez honnête alors que vous n apportez rien de concret a vos arguments. Vous liez in extenso femme et incompétence et vous manipulez le divorce à votre convenance. Finalement vous venez de donner un coup de pouce supplémentaire à la fierté de défendre les femmes contre cette inouïe violence. Feindre d?ignorer est une chose, nous transformer en agresseur est diffamatoire. Merci au journal de faire son devoir
? 2,5 jours : c?est la fréquence à laquelle une femme meurt sous les coups de son compagnon en moyenne par an.
? 75 000 : c?est le nombre de femmes victimes de viol chaque année.
? 20 % : c?est la part des homicides commis en France qui seraient dus à des violences conjugales.

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