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ÉconomieFrance

François Hollande confronté au risque de la récession

Ivan Best

Publié le 24 mai 2012 à 17:22 - Mis à jour le 24 mai 2012 à 17:26

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En France comme en Allemagne, les chefs d'entreprise font part d'un net recul de leurs perspectives d'activité. L'économie française, qui a stagné au premier trimestre, pourrait tomber en récession au deuxième, estiment les économistes. Et l'option d'une politique de rigueur se posait au chef de l'Etat.

L'équipe Hollande a appris ce jeudi une bonne nouvelle : pour l'agence notation Moody's, la France mérite de conserver son AAA (la dette publique française conserve donc la meilleure notation possible).
Mais une autre nouvelle, qui a fait moins de bruit, mérite qu'on s'y arrête. Une mauvaise nouvelle pour François Hollande et pour les Français en général : en mai, les chefs d'entreprise sondés par l'Insee ont fait part d'un pessimisme grandissant, que ce soit dans l'industrie ou les services. Un phénomène qui, ce n'est pas vraiment une consolation, est propre à toute la zone euro: l'indice PMI euro, calculé à partir d'une enquête auprès des directeurs d'achats, a subi en mai sa plus forte contraction depuis juin 2009, souligne la société Markit, qui publie cet indicateur.

Toutes les composantes en baisse
En France, l'indicateur synthétique du climat des affaires a reculé à 93 points, contre 95 en avril, alors que sa moyenne de long terme est de 100 points. "Toutes les composantes sont en baisse", relève Fabrice Montagne, analyste chez Barclays Capital, notant que l'industrie, la construction, la distribution ou les services sont dans le rouge.
Les chefs d'entreprise font le constat objectif d'une baisse de leurs carnets commande, comme en témoigne l'enquête de l'Insee dans l'industrie, et ils se montrent naturellement inquiets de la situation dans la zone euro. La perspective désormais envisagée d'une sortie de la Grèce, aux conséquences aussi importantes qu'incertaines, ne peut qu'accroître l'incertitude. Et donc faire chuter encore l'investissement, entraînant l'économie dans la récession.

Une baisse d'au moins 0,5% du PIB au deuxième trimestre
L'enquête Markit auprès des directeurs d'achat « est globalement conforme avec une baisse d'au moins 0,5% du produit intérieur brut (PIB) au deuxième trimestre », estime Chris Williamson, chef économiste pour Markit.
La France pourrait bien être en train de rentrer en récession, confirme Jean-Christophe Caffet, analyste chez Natixis. "Pour l'instant, elle a échappé in extremis à une contraction de l'activité, mais il n'est pas impossible que les chiffres soient négatifs au deuxième trimestre", affirme-t-il.
Et cela fait peser une "grosse incertitude" sur le niveau d'activité en France en 2013, poursuit-il. "Il n'est pas impossible que la croissance en 2013, qui est prévue à 1% par le consensus des analystes, soit finalement bien inférieure", indique l'économiste. Y parvenir "suppose un redémarrage de l'activité au deuxième semestre", ce qui n'est pas acquis, pointe-t-il.

L'Allemagne en mauvaise posture

L'Allemagne se trouve de son côté dans une situation peu ou prou similaire. L'activité dans le secteur manufacturier y a enregistré au mois de mai sa plus forte contraction en trois ans, relançant les inquiétudes sur un ralentissement de la première économie européenne. En outre, le principal indice de confiance des entrepreneurs allemands, l'Ifo, a connu en mai son premier recul en sept mois, selon des chiffres publiés ce jeudi. Les quelque 7.000 entreprises allemandes sondées par l'Ifo ont revu à la baisse aussi bien leur évaluation de la situation actuelle que leurs attentes pour les six prochains mois.

"L'avenir est jugé avec plus de pessimisme par les entreprises. L'économie allemande subit la montée des incertitudes qui pèsent sur la zone euro", commente le président de l'institut Ifo, Hans-Werner Sinn, dans un communiqué. Les autres économistes partagent cette analyse. Annalisa Piazza du courtier Newedge voit même dans cet indicateur des "signes de panique" des entrepreneurs allemands face aux incertitudes en Europe.

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"La reprise de la crise en zone euro, liée aux élections grecques, semble une nouvelle fois avoir atteint l'économie réelle allemande, mettant fin à une période de résistance" au premier trimestre, juge l'économiste Christian Schulz (banque privée Berenberg).
En début d'année la croissance allemande a été soutenue notamment par la vigueur des exportations, qui ont augmenté de 1,7% par rapport au trimestre précédent, grâce à la demande des pays émergents, les BRIC (Brésil, Russie, Inde et surtout Chine).

Mais, outre Rhin, les économistes admettent que l'Allemagne sera nécessairement affectée par les difficultés de ses partenaires européens, qui absorbent encore tout de même près de 60% de ses exportations.

Quelle évolution de la politique économique?

Toute la question est celle de l'impact sur la politique économique de tels indicateurs. Ils renforcent encore la position de François Hollande, dont la demande d'une politique de croissance a déjà été entendue. Mais quel peut être le soutien à la croissance ? Des grands travaux, évoqués à Bruxelles ? Le délai de mise en ?uvre est bien trop long, par rapport à l'urgence de la situation. Des réformes structurelles, préconisées par le gouvernement allemand ? Dans une note publiée ce jeudi, le directeur des études économiques de Natixis, Patrick Artus, juge qu'il serait inefficace de se contenter de « stimuler les dépenses publiques » dans les pays en crise (dont la France), alors que les entreprises y répondent mal à la demande.

Mais il ajoute immédiatement que « les pures réformes structurelles du côté de l'offre (flexibilité du marché du travail, concurrence accrue sur les marchés des biens et services) sont aussi insuffisantes » car elles ne permettent pas de sortir du « piège de la croissance très faible dans le court terme ».
A ce stade, le gouvernement allemand refuse de voir ce piège. Il ne veut pas entendre parler de mesures keynésiennes, de soutien à l'activité. Les indicateurs négatifs auxquels est confrontée, aussi, l'Allemagne vont-ils amener sa chancelière Angela Merkel à revoir ses vues sur la réduction des déficits ? Sur le rythme de retour à l'équilibre budgétaire ?

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Il ne fait pas de doute que les importantes hausses d'impôts programmées en France par François Hollande (29 milliards d'euros, soit 1,5 point de PIB, pour l'essentiel avec effet 2013), afin de ramener le déficit public à 3% du PIB en 2013, ne vont pas contribuer à soutenir l'économie. Bien au contraire. Mais, à ce stade, Berlin n'est pas prêt à entendre l'hypothèse d'un étalement de ces mesures... Il faudrait sans doute que l'économie allemande marque encore davantage le pas.

Ivan Best

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