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ÉconomieUnion européenne

La zone euro va-t-elle vraiment profiter de la hausse des salaires allemands ?

Romaric Godin

Publié le 21 mai 2012 à 14:34 - Mis à jour le 21 mai 2012 à 14:53

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L'accord salarial dans la métallurgie en Allemagne prévoit une hausse des rémunérations de 4,3 % cette année. Certains y voient le premier pas de la rééquilibrage de la zone euro. Mais rien n'est moins sûr...

L?accord passé ce week-end entre le syndicat IG-Metall et la fédération des industries métallurgiques allemandes pourrait, si l?on en croit certains, annoncer la vraie relance de l?économie de la zone euro. La hausse de 4,3 % arrachée par le syndicat pour les 800.000 salariés de la branche est en effet le plus élevé depuis 1991. Il fait suite à un accord déjà très généreux dans la fonction publique où les syndicats avait obtenu une hausse de 6,3 % sur dix-huit mois. Y a-t-il là un changement de paradigme de l?économie allemande ? Après près de quinze ans de modération salariale, la première économie européenne s?engage-t-elle dans une stimulation de sa demande interne ?

Rééquilibrage

A terme, ce mouvement pourrait conduire à un rééquilibrage au sein de la zone euro. L?Allemagne accepterait de renoncer à une part de sa compétitivité quand, par les mesures d?austérité, les autres pays amélioreraient cette même compétitivité. Cette solution a été présentée par l?ancien ministre turc des Finances, Kemal Dervi? dans un texte où il estime que « les pays européens du nord pourraient accélérer le rattrapage de la compétitivité [des pays du sud] en encourageant une croissance plus raide de leurs salaires. Selon l?économiste turc, « si les salaires allemands progressaient de 4 % par an et si la croissance annuelle de la productivité s?accélérait pour atteindre 2% », il faudrait « cinq ans » pour « inverser le différentiel de coût unitaire du travail qui s?est constitué en Espagne par rapport à l?Allemagne depuis 2000 ». Ce serait, pour Kemal Dervi? une façon commode et peu douloureuse de mettre fin aux déséquilibres de la zone euro.

Stratégie allemande contre Hollande

En théorie, cette vision est imparable et c?est sans doute sur elle que repose en partie la stratégie du gouvernement allemand. A Berlin, on a en effet encouragé les employeurs à lâcher du lest. Wolfgang Schäuble a laissé entendre qu?une inflation de 3 % « ne serait pas un drame » et la Bundesbank elle-même, bastion de l?orthodoxie monétaire allemande, a convenu qu?on pouvait accepter une légère accélération de la hausse des prix outre-Rhin. Mais on se tromperait en pensant que cela signifie que Berlin va lâcher du lest sur l?austérité. Bien au contraire. Pour que cette stratégie fonctionne, il convient en effet que les gains de compétitivité au sud soient considérables et donc que les « politiques d?ajustement » soient menées à bien. Car les pertes de compétitivité de l?Allemagne resteront limitées. En d?autres termes : si les salaires allemands montent, il faut aussi que les salaires grecs, espagnols, français et italiens baissent. Voici donc qui ne donnera pas.

Conditions

Reste que la réalité pourrait bien diverger de la fiction. Le rééquilibrage promis repose sur deux présupposés. D?abord, que les hausses de salaires contribuent à alimenter la consommation allemande de produits de la zone euro, ce qui tirera la demande externe de ces pays. La croissance allemande deviendrait en quelque sorte contagieuse. Ensuite, que les produits allemands sont en concurrence avec les produits espagnols, grecs, français et italiens et que l?élément du coût de main d??uvre soit un élément déterminant pour les exportations de ces pays.

Le facteur coût

Sur le deuxième point, il est clair qu?il n?en va pas ainsi. Les produits grecs font rarement face à leurs équivalents allemands. Il y a longtemps que l?industrie grecque a disparu sur les marchés où dominent les Allemands, notamment dans les biens d?équipement. Du reste, on voit que dans plusieurs pays comme l?Espagne, le Portugal ou la Grèce, l?industrie est si peu importante que même l?amélioration en cours de la compétitivité et des exportations n?est pas capable de vraiment doper la croissance. Le processus de rééquilibrage de la zone euro devra donc s?accompagner d?un rééquilibrage des économies du sud en faveur de l?industrie, ce qui sera très difficile compte tenu de la mondialisation.

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Pour être compétitif face aux pays asiatiques, le sud de l?Europe devra réduire drastiquement ses salaires puisque l?argent public et manquera longtemps pour investir dans la recherche et développement, qui, seule, peu servir de facteur différenciant sur le marché mondial. Sans compter que les Allemands, eux, peuvent toujours compter sur cette capacité d?innovation. En d?autres termes : la réduction du différentiel de compétitivité avec l?Allemagne n?est pas la garantie d?une reprise de la croissance à moyen terme. Au contraire, ce pourrait être une stratégie « perdant-perdant » où l?Allemagne se retrouvera obligée de réduire ses investissements dans l?innovation et perdra ainsi du terrain face à la Chine sans véritablement aider les pays du « sud ». Et pour les pays qui, comme la France ou l?Autriche, livrent des biens d?équipements à l?Allemagne, la baisse de la compétitivité allemande n?est pas non plus une bonne nouvelle.

De la hausse des salaires à la hausse de la consommation?

A plus court terme, la hausse des salaires outre-Rhin est-elle capable de doper la croissance du reste de la zone euro ? Là encore, ce n?est pas certain. La question est de savoir si la hausse de la consommation allemande conduira à une hausse notable des importations de produits européens. Il convient d?abord de souligner que l?ensemble des hausses de salaires ne se traduit pas directement en consommation. Une part est absorbée par l?inflation (attendue cette année outre-Rhin aux alentours de 2,5 %), une autre va à l?épargne. Et la crise de la zone euro va sans doute inciter plus d?un Allemand à l?épargne. L?institut GfK prévoyait ainsi en février une hausse nominale de 1 % de la consommation des ménages en 2012, contre 1,5 % en 2011. Même si la hausse des salaires négociés (qui ne représentent qu?une part des salaires globaux outre-Rhin) peut gonfler légèrement ce chiffre, on voit qu?on ne peut parler d?impulsion venant de la consommation.

La Chine gagnante ?

Reste enfin le problème de la destination de la consommation. Dans le cas de la France, on constate que les biens de consommation représentent une part réduite des importations de produits français en Allemagne. Les importations de matériels d?aviations et d?espace, autrement dit les livraisons liées à EADS et à ses fournisseurs, comptaient ainsi en 2011 pour pas moins de 11,7 milliards d?euros, soit 17 % de l?ensemble des importations. Et en réalité, les biens de consommation représentent une part assez faible de nos exportations vers l?Allemagne. La principale part étant représentée par l?automobile et la pharmacie avec respectivement 6 et 2 milliards d?euros.

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Mais il n?est pas certain que les métallos allemands utilisent leurs hausses de salaires pour acheter des Renault et des Peugeot et la consommation de médicaments ne dépend pas, dans un pays comme l?Allemagne du niveau des salaires. A l?inverse, l?Etat fédéral essaie depuis plusieurs années d?obtenir une baisse des prix des laboratoires. Bref, le gain pourrait être mineur pour l?économie française, alors que la Chine, elle, pourrait en profiter pleinement. La Chine exporte en effet vers l?Allemagne 21,4 milliards d?euros de produits électroniques finis et 11 milliards d?euros de produits d?habillement. Autrement dit, l?Empire du Milieu pourrait gagner la part du lion de ces hausses de salaires. Et le rêve de rééquilibrage pourrait attendre.

Romaric Godin

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