Et si Laurence Parisot réussissait son coup au Medef ?

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Laurence Parisot pousse patiemment ses pions pour tenter de rester à la tête du Medef après le 1er juillet 2013, jour de la fin "normale" de son mandat. Le comité statutaire, qui doit examiner une réforme des statuts autorisant l'actuelle présidente à rester, prend son temps pour rendre son avis. Ce qui a pour conséquence de geler le processus électoral et d'empêcher les postulants à la succession de Laurence Parisot de réellement entrer dans l'arène.

Jouer la montre, prendre son temps. Laurence Parisot est une fine tacticienne. Dans sa tentative pour rester à la tête du Medef à l'issue «normale» de son mandat le 1er juillet prochain, elle est en train de marquer des points. Pas étonnant de la part de quelqu'un qui a déjà démontré son savoir-faire lors des précédentes échéances. En 2005, elle devint la première femme à prendre la tête de la très masculine organisation patronale, terrassant durant sa conquête des poids-lourds du monde patronal et industriel, tels Yvon Jacob, Francis Mer ou Guillaume Sarkozy. En 2010, une «blitzkrieg» lui a assuré une réélection dans un fauteuil pour un deuxième mandat de trois ans. Et maintenant, on le sait, la présidente a opportunément ouvert en janvier la question d'un changement des statuts du Medef pour lui donner la possibilité de rester après juillet, durant au moins encore deux ans, à la tête de l'organisation. Pour ce faire, le comité statutaire du Medef a été saisi de plusieurs questions, dont l'une sur la durée des mandats. Et nombreux pensent qu'il prend opportunément son temps pour remettre son avis. Le comité consulte, compulse les archives du Medef et de son ancêtre le CNPF, etc. Sachant aussi que ce comité est présidé par Georges Drouin, ancien président du Groupement des professions des services... et proche de Laurence Parisot. Mais quel serait l'intérêt de faire ainsi traîner les choses?

Des postulants coincés dans leurs starting-blocks

Il y a plusieurs hypothèses. D'abord, ce processus bloque dans leurs starting-blocks les candidats déjà déclarés à la succession de Laurence Parisot, tels Thibault Lanxade, PDG d'Aquoba, Pierre Gattaz, le président du groupe des fédérations industrielles (GFI) et fils d'Yvon Gattaz, ancien président du CNPF et Jean-Claude Volot, l'ex médiateur de la sous-traitance. Sans parler d'un futur et potentiel candidat, Geoffroy Roux de Bézieux, PDG de Virgin Mobile France qui guette l'avis du comité statutaire pour se déclarer. Quant à Frédéric Saint-Geours, président de l'UIMM (métallurgie), il faudra attendre le 6 mars et la convention de sa fédération pour connaître ses intentions. Mais pas sûr que celui qui est encore directeur des marques de PSA franchisse finalement le Rubicon... Du moins cette année. Tous ces postulants sont gênés aux entournures par la décision de Laurence Parisot qui a, de facto, gelé le processus électoral. Certes, officiellement, les statuts du Medef prévoient que la campagne électorale interne doit durer deux mois. Elle doit donc être lancée au plus tard le 1er mai si Laurence Parisot devait être remplacée le 1er juillet.

Laurence Parisot a besoin de temps pour convaincre

Mais, dans les faits, les précédents scrutins l'ont montré, notamment celui de 2005, les man?uvres débutent bien plus tôt que les deux mois officiels. Or, pour l'instant, rien ne bouge ou presque. De quoi faire les affaires de Laurence Parisot. Elle a besoin de temps pour rallier à elle un maximum de suffrages, d'où ces nombreux déplacements en régions. En effet, la réforme des statuts qui permettrait à l'actuelle présidente de rester à son poste doit être acceptée par l'assemblée générale du Medef (555 votants) avec une majorité des deux-tiers. Or, pour le moment, Laurence Parisot n'a pas cette majorité. Les grosses fédérations (métallurgie, bâtiment, etc.) et des Medef territoriaux importants (Paca, Languedoc, Rhône-Alpes) ont fait connaître leur opposition. Alors, pour les convaincre, Laurence Parisot dramatise une situation économique et politique déjà peu réjouissante, en expliquant que, dans ce contexte, ce n'est pas le moment de changer le capitaine et une équipe affutés sur les dossiers... Et ça peut marcher, comme l'explique un cadre du Medef: «Certes, les dirigeants d'entreprises n'apprécient pas trop ce qu'a fait Laurence Parisot. Mais ils aiment encore moins quand le Medef se déchire au vu et au su de tout le monde. La situation économique est déjà assez difficile comme ça. En fait, ils sont assez moutonniers, alors si l'actuelle présidente sait les rassurer, ils accepteront sa réforme pour éviter les crises.»
Bref, Laurence Parisot a des chances de parvenir à ses fins. Et on peut imaginer qu'après quelques semaines un peu virulentes en interne, le réflexe légitimiste jouera -surtout face à un gouvernement socialiste- et que les choses rentreront dans l'ordre.
 

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Commentaires
a écrit le 21/02/2013 à 11:05 :
Pas un mot sur les propos du Titan?Michelin serait à la ramasse? Ou le salaire à 1? serait le modèle mondiale d'exploitation de l'homme par le libéralisme?
a écrit le 20/02/2013 à 11:51 :
ssgfn
a écrit le 20/02/2013 à 7:41 :
Un comportement de mafieux, un coup d'état digne des républiques bananières... mais bien sûr on se bat pour redorer l'image du patronat. Les coups de gueule qu'on balance du joir au lendemain vont évidemment dans le sens des intérêts patronaux, rien avoir avec un miroir aux alouettes. Bref, aujourd'hui le premier ennemi du patronat, c'est pas la crise, c'est pas le Gouvernement, c'est elle. Dégoûté.
a écrit le 20/02/2013 à 5:14 :
Une, deux, trois, quatre, ... infini fois président. Le rêve ?
a écrit le 19/02/2013 à 22:52 :
Personnellement, je pense qu'elle est incompétente, elle ne fait rien pour les entreprises françaises, d'ailleurs sa propre société est dans le rouge et vu comment elle essaye de s'accrocher au poste, vraiment triste.
a écrit le 19/02/2013 à 20:23 :
ces commentaires sont très durs pour une personne qui a fait beaucoup pour les salariés et pour redorer l'image des patrons et des entrepreneurs. et finalement, lorsqu'elle a été réélue à l'immense majorité des voix en 2010, il était bien injuste qu'elle ne le soit que pour 3 ans face à des candidats qui eux l'aurait été pour 5 ans. alors arrêtons les polémiques et faisons en sorte de sortir notre industrie et nos entreprises de l'impasse.
a écrit le 19/02/2013 à 18:30 :
Mais enfin, Parisot, c'est un pouvoir politique. Rien de plus, rien de moins. A ceux qui croyaient qu'elle agissait autrement qu'en militante, il serait temps de se déciller. Les symptômes sont toujours les mêmes: autocratie, autoritarisme, procéduralité à l'extrême et agenda caché. Que vous faut-il de plus? D'ailleurs si elle est en place c'est bien qu'elle a des soutiens de poids. Quant à son entreprise, qui sont ses clients, si ce n'est le glacis état-capitalisme de connivence?
a écrit le 19/02/2013 à 17:38 :
Au fond Laurence PARISOT mérite, et nous leur accordons bien volontiers, avec Ghosn les Peugeot Varin Tavarez Tchuruck Schweitzer ... et les patrons des Banques françaises, le médaille du repoussoir pour service rendu au déclin industriel de la Nation Française. Grâce à tous les précités et à leurs subalternes ou soumis de le CGPME et de l'UIMM, c'est tout le patronat français, les vrais dirigeants qui se voit mal aimés et entachés par cette officine du MEDEF sous loge directe de l'UMP ...
Réponse de le 20/02/2013 à 7:50 :
Excellent et remarquablement juste et lucide commentaire. Les entreprises françaises crèvent de l'incompétence de leurs dirigeants.
Réponse de le 20/02/2013 à 13:22 :
Copé s'est bien accaparé la tête de l'UMP, y'a pas de raison qu'elle n'essaie pas de faire pareil !
a écrit le 19/02/2013 à 17:10 :
On ne va plus l'appeler Laurence Parisot mais Laurence Poutine. Et elle pourra demander la nationalité russe.
a écrit le 19/02/2013 à 16:58 :
les femmes sont pires que les hommes scandaleux cette affaire
a écrit le 19/02/2013 à 16:15 :
Encore un exemple de la dérive antidémocratique de la société française. J étais content quand on le medef avait choisit une femme , pensant a un renouveau, finalement elle est pire car tripote les statuts suivants son bon vouloir ! Les seuls a être irremplaçable sont les dictateurs.
a écrit le 19/02/2013 à 16:06 :
Parisot qui ne veut pas décrocher on s'en fout c'est pas nos oignons
a écrit le 19/02/2013 à 15:59 :
elle a vu que ça a marché au Mali, les coups d'état. Peut-être même que Hollande viendra à son secours si des terroristes essaient de la déloger. Il faut savoir prendre des leçons partout.
a écrit le 19/02/2013 à 15:57 :
Si elle réussissait son coup et qu'elle serait réélue, cela serait négatif pour le Medef. Déjà que le Medef se transforme peu à peu en parti au lieu d'être force de représentativité et de propositions. Ajouté au fait que le Medef est déconnecté de sa base. Si à cela s'ajoute l'image d'une organisation manipulée et manipulable; le résultat serait désastreux et le Medef perdrait de sa crédibilité et de son "statut". Bref, il faut que le Medef regarde en avant, soit constructif, réaliste et remplisse ses fonctions avec une personne connectée aux réalités du terrain.
a écrit le 19/02/2013 à 15:55 :
Le MEDEF pourrait finalement se tourner vers une dictature salutaire? Je croyais que les patrons français avaient l'esprit d'initiative et une grande notion du courage. Le maintien de Mme. PARISOT à la tête du MEDEF serait au contraire l'aveu d'une faiblesse et d'un déficit d'ambition du patronat français. Les investisseurs de tout poil n'y verront certainement pas un bon signe économique!
a écrit le 19/02/2013 à 15:41 :
Nos dirigeants et leurs prébendes ... Le terme démocratie, respect des lois et des institutions ne s'appliquent pas à leurs modestes personnes mais au bas peuple qu'il faut saigner tant qu'il lui reste un euro.

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