François Hollande : 13 mesures chocs pour rebondir (3/4)

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Le chef de l'État a affronté ce dimanche 5 mai la colère de la gauche qui l'a porté au pouvoir le 6 mai 2012. Un an après, le président voit son autorité contestée et sa capacité à sortir la France de la crise est mise en doute. François Hollande veut reprendre l'offensive pour relancer son quinquennat. Pour sortir du labyrinthe de la crise, La Tribune liste 13 mesures chocs qui pourraient donner un nouveau souffle à la croissance. Dans cette troisième partie, une réforme des 35 heures, de réels choix pour les dépenses publiques...

5./ Préparer la France de 2030
De nombreux outils ont été créés pour préparer l'industrie de demain : le grand emprunt, le crédit impôt recherche, le crédit impôt innovation, les pôles de compétitivité, le statut de jeune entreprise innovante... Mais leurs effets bénéfiques se font attendre. Comment stimuler encore davantage l'innovation dans un pays où l'effort de R&D privé reste en retrait par rapport à ses concurrents? D'abord, François Hollande doit assumer le fait que certaines industries du passé dis-paraissent ou se restructurent. Les dossiers Florange, PSA Aulnay ou encore Petroplus, ont trop monopolisé l'opinion et de mauvais messages ont été adressés aux investisseurs étrangers par Arnaud Montebourg. Le président de la République a pris le virage en créant... une commission, bap-tisée « Innovation 2030 ». Présidée par Anne Lauvergeon, elle doit dessiner les contours futurs de l'économie française en identifiant cinq à dix défis industriels dans le domaine de la santé, du vieillissement, du climat... Un premier rapport d'étape sera dévoilé le 14 juillet. Problème, cette commission s'ajoute aux nombreuses structures déjà existantes qu'il s'agit désormais de coordonner. Citons, sans être exhaustif, le conseil d'orientation de la Banque publique d'investissement, les comités de filières stratégiques, le commissariat général chargé des investissements d'avenir, les multiples think tank qui gravitent autour du gouvernement et le tout nouveau commissariat général à la Prospective...

6./ Une vraie démocratie sociale
Instituer une vraie démocratie sociale en France : la promesse électorale devrait bientôt prendre forme. Dans une tribune publiée le 15 juin 2011 dans Le Monde, François Hollande écrit : « l'État n'a rien à redouter de laisser une plus grande place aux partenaires sociaux dans la définition et l'élaboration des normes sociales (...) La Constitution devrait garantir à l'avenir une véritable autonomie normative aux partenaires sociaux ». Dans son programme présidentiel, il affirme au point 55 : « Tout texte de loi concernant les partenaires sociaux devra être précédé d'une concertation avec eux. Je ferai modifier la Constitution pour qu'elle recon-naisse et garantisse cette nouvelle forme de démocratie sociale ». Cela devrait être le cas à la fin de l'année. Le vote de la loi sur le marché du travail ne respecte toutefois pas totalement l'ambi-tion de la démocratie sociale, puisque le texte adopté au Parlement a pris quelques distances avec l'accord du 11 janvier signé par le Medef avec la CFDT, la CFTC et la CFE-CGC. Entre démocratie sociale et démocratie parlementaire, le conflit de légitimité risque de demeurer encore longtemps dans un pays qui a fait de la conflictualité sociale la règle. Pour rendre effective la démocratie sociale, il faudra aussi rendre celle-ci plus représentative et favoriser un plus fort taux de syndicalisation, qui à 8% environ est le plus faible de l'OCDE.

7./ Réformer les 35 heures
On le voit avec les accords compétitivité-emploi, comme avec celui signé par Renault, qui donne un sérieux coup de canif à la loi sur les 35 heures : le manque de souplesse dans la durée du travail est un des freins à la compétitivité de la France.
Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, avait ouvert le débat à l'automne dernier, en laissant entendre que les 35 heures n'étaient pas un tabou, mais il s'était rétracté très vite. Le rapport Gallois n'en a pas parlé, parce que cela n'entrait pas dans sa mission, mais le sujet remonte dans les priorités des patrons, même si ce n'est pas la revendication centrale de la campagne de succession au Medef. Pour François Hollande, mettre fin au dogme des 35 heures ne sera pas facile. Pourtant, paradoxalement, oser aborder ce sujet pourrait offrir au chef de l'État une occasion de mettre fin à une hypocrisie. Car, si les grandes entreprises se gardent bien d'une telle revendication, sinon pour leurs cadres, c'est parce qu'elles ne veulent à aucun prix recommencer la vaste négociation qui avait eu lieu lors de leur mise en place.
Dans l'immense armée des PME, en revanche, elles sont de plus en plus nombreuses à réclamer la fin de toute référence à une durée légale du travail. Quitte à lâcher un peu de lest sur les salaires, pour racheter les jours de RTT? « Tout le monde ne chausse pas du 35! » : le slogan du Medef revient en force en cette période de crise.

8./ Offrir de véritables emplois aux jeunes
Pourquoi continuer de parquer les jeunes dans des emplois d'attente, dans les collectivités locales? Ce sera à nouveau le cas avec les emplois d'avenir, qui montent actuellement en puissance. Pour l'économiste Pierre Cahuc, spécialiste du marché du travail, il faut offrir aux jeunes chômeurs de vraies possibilités d'insertion dans le privé.
Son idée? Des jobs à mi-temps, aidés par l'État à hauteur de 50%, le deuxième mi-temps étant consacré à une « formation exigeante ». Il s'agit de s'inspirer du modèle allemand de formation en alternance. Qui est aussi celui des Pays-Bas, du Danemark, de la Suisse, de... l'Australie, autant de pays où de nombreux jeunes cumulent formation et emploi. La France est l'un des pays où le cumul est le moins fréquent, ce qui n'est pas pour rien, selon Pierre Cahuc, dans le niveau élevé du taux de chômage des jeunes. Par ailleurs, pour ceux qui ont totalement décroché du système scolaire, il faudrait développer les programmes de deuxième chance, dont il faudrait améliorer l'encadrement, en ayant recours, au besoin, à des prestataires extérieurs. Le tout pourrait être financé par la suppression des emplois d'avenir, que Pierre Cahuc juge inutiles.

9./ Dépenses publiques : de réels choix
« Comme ses prédécesseurs, le gouvernement peut continuer à raboter toutes les dépenses, mais ce n'est pas le plus efficace, pour réduire le poids des crédits publics ». Ce jugement d'un haut fonctionnaire de la Cour des comptes est largement partagé au sein de l'administration.
Pour cet expert, « il faut faire des choix, c'est-à-dire oser abandonner certaines missions, puisque l'État ne peut plus tout faire ». Exemple : le livre blanc sur l'avenir de la politique de Défense, remis lundi 29avril, suggère des scénarios drastiques, dans lesquels seraient abandonnés certains pans de notre dissuasion. Avec de vraies économies à la clé...Une voie que Hollande n'empruntera pas, refusant sans doute de... choisir. Faire des choix, ce serait aussi décider de vraiment réformer les hôpitaux publics, où les conservatismes sont légion. Entre celui des médecins et celui des agents hospitaliers, les gains de productivité possibles immenses : sait-on par exemple, que, dans nombre d'hôpitaux en France, on n'opère pas l'après-midi, par principe? D'où la sous-utilisation des plateaux techniques. Alors que la chirurgie ambulatoire - sans séjour de nuit à l'hôpital - pourrait être développée grâce aux techniques modernes, le conservatisme des mandarins freine ces progrès... Sans parler des gaspillages liés aux examens inutiles.

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>> La suite de l'article : Hollande, 13 mesures chocs pour rebondir (4/4)

>> Lire aussi : Hollande, 13 mesures chocs pour rebondir (1/4)

>> Lire aussi : Hollande, 13 mesures chocs pour rebondir (2/4)

 

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Commentaires
a écrit le 11/05/2013 à 15:24 :
Il y a une 14eme mesure qu'il a oublié de lister: Hollande prend la porte!
a écrit le 07/05/2013 à 13:26 :
quel honte de s'attaquer aux hôpitaux ! Parc ontre oui il faut supprimer chez les policiers et autres profs
a écrit le 06/05/2013 à 21:16 :
c'est pas avec un catalogue de "projets d'intentions " que l'affaire va avancer . il faut du neuf avec la volonté de tailler à la hache dans le gras si c'est le préalable à un mieux économique et sociétal .
Un exemple simple , le nombre d'emplois de fonctionnaires rapporté à la population française et à la capacité de les payer sans mettre en péril l' économie du pays et le consensus social ciment de l'unité du pays . Est-on toujours dans la bonne voie ?

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