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ÉconomieFrance

Mooc : un énorme business ... encore à inventer

Photo de Laurent Lequien

Odile Esposito

Publié le 28 octobre 2013 à 14:31 - Mis à jour le 29 octobre 2013 à 11:30

Le Quotidien Numérique

27 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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Alors que la France lance cette semaine son programme FUN, les Mooc, Massive Open Online Courses, pour « cours gratuits en ligne », ont déjà séduit des millions d'étudiants. Les start-up spécialisées fleurissent. Mais il leur reste à convaincre, à se financer et à trouver le moyen de gagner de l'argent, alors que l'université publique s'y met également.

Depuis quelques mois, le monde de l'enseignement supérieur n'a plus que cet acronyme à la bouche : Mooc, pour Massive Open Online Courses, autrement dit des cours sur Internet, gratuits et ouverts à tous. Initié dans les années 2000 dans quelques universités américaines, comme le MIT, l'acronyme Mooc est né en 2008 avant de faire florès.

Le premier vrai Mooc, une initiation à l'intelligence artificielle, a été proposé à la fin de 2011 aux États-Unis par l'université Stanford, et a rassemblé plus de 160 000 personnes.

« C'est le meilleur cours que j'ai jamais suivi depuis mon bac, raconte Laurent Boinot, l'un des pionniers, qui travaillait alors pour le géant du conseil PwC. Je suis tombé dessus par hasard. Le contenu, dispensé par deux professeurs, Peter Norvig et Sebastian Thrun, était de très grande qualité et j'ai eu le sentiment d'avoir un cours particulier, avec également des possibilités d'échange entre participants. » « Le plus étonnant, c'est que les 250 étudiants les mieux notés à l'issue de ce Mooc n'étaient pas élèves de Stanford, ajoute Jean-Marc Tassetto, qui dirigeait alors Google France. Cela m'a fait prendre conscience de la puissance des plates-formes sur Internet, qui avaient déjà révolutionné la musique ou la presse, et qui atteignaient ainsi l'éducation. »

Depuis, la folie des Mooc a pris de l'ampleur. En Europe, c'est l'École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) qui a pris de l'avance sur le sujet. Et en France, Centrale Lille a ouvert le bal l'an dernier avec un cours sur la gestion de projets, validé par un certificat. La plupart des grandes écoles s'y mettent désormais.

Et Geneviève Fioraso, la ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, vient d'annoncer un plan baptisé France université numérique (FUN), avec l'ouverture d'une plate-forme de Mooc à la fin d'octobre. Face à cette effervescence, les entreprises françaises du numérique cherchent à se faire une place. Et des dizaines de start-up se créent pour tenter de profiter du mouvement. Avec, en ligne de mire, le succès de jeunes pousses américaines déjà bien installées. À l'exemple de la Khan Academy, un projet d'« école mondiale » gratuite lancée en 2008 par Salman Khan, un financier originaire d'Inde et du Bangladesh, et financé par Bill Gates...

Aussi doué soit le professeur, un cours en ligne susceptible de passionner des dizaines de milliers de participants ne s'improvise pas. La première brique indispensable pour ces Mooc, c'est une plate-forme acceptant vidéos et autres contenus nécessaires au cours et permettant une interactivité avec le professeur et entre étudiants. Dans ce domaine, plusieurs start-up américaines ont pris une grosse longueur d'avance, comme Udacity, fondée par Sebastian Thrun, le professeur d'intelligence artificielle de Stanford, également responsable d'un laboratoire d'innovation chez Google.

Et surtout Coursera, qui « a essayé de prendre Udacity de vitesse en multipliant les accords avec les universités et les écoles prestigieuses à travers le monde », explique Laurent Boinot. En France, Polytechnique, HEC et Centrale Paris proposent ainsi des cours sur Coursera.

edX, un "YouTube" pour Mooc

Face à ces deux start-up, Harvard et le MIT ont riposté en proposant une plate-forme open source (« libre »), edX. Laquelle s'est alliée, le mois dernier, à Google pour créer un vrai « Youtube pour Mooc ». Les géants du Web tels Google, Apple, ou Microsoft ont tous développé, en effet, des outils de formation en ligne puissants, notamment pour leur usage interne.

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« Coursera n'a réalisé que 1 million de dollars de chiffre d'affaires au premier semestre 2013, mais elle a déjà réussi à lever 65 millions de dollars », soupire Mathieu Nebra, cofondateur d'OpenClassrooms (ex-le Site du Zéro), une PME française de cours gratuits sur Internet, créée en 2007 et employant une vingtaine de salariés pour 2 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2013.« En fait, nous faisons déjà des cours en ligne ouverts et massifs. Notre site communautaire attire 2,5 millions de visiteurs par mois. Nous proposons ces cours sur notre propre outil technique, que nous avons déjà fait évoluer plusieurs fois. Et, depuis un an et demi, nous travaillons avec deux centres de recherche, l'Inria de Grenoble et le Liris de Lyon, sur un projet de plate-forme collaborative cofinancée dans le cadre des investissements d'avenir. »

Une autre start-up française, Edunao, a décidé elle aussi de lancer sa propre plate-forme. Mais, comment faire du business en proposant ainsi des cours gratuits ? Comme dans la presse, la première source de revenus possible est la publicité.

« Elle nous apporte la moitié de nos revenus, grâce notamment à l'organisation de concours avec des partenaires tels que Microsoft, par exemple, indique Mathieu Nebra. Le reste vient de la vente d'e-books d'accompagnement des cours. Mais nous sommes en train de faire évoluer notre modèle pour proposer des services supplémentaires à des membres Premium, comme la possibilité de télécharger des cours pour une utilisation hors ligne. »

Aux États-Unis, Coursera et Udacity misent, eux, sur d'autres sources de revenus : les accords payants passés avec les universités, la vente de certificats aux étudiants, mais aussi la cession de fichiers aux entreprises en quête d'experts sur un sujet donné.

« Pour le cours sur l'intelligence artificielle, les meilleurs candidats, ceux classés dans le "Top 1 %, se sont vu proposer un entretien chez Google, indique Laurent Boinot. Certains groupes de haute technologie comme Microsoft, Google ou Nvidia créent désormais des cours avec Udacity, ce qui leur donne ensuite accès aux meilleurs des étudiants ayant suivi le cours. Cela leur revient bien moins cher qu'un recrutement classique et leur permet de bien cibler les profils recherchés. »

C'est ce modèle, à une échelle plus modeste, que Laurent Boinot veut essayer d'importer en France. Il a quitté PwC pour créer, avec Samuel Soubeyran, un passionné comme lui, une start-up baptisée Neodemia qui se présente comme la première plateforme de Mooc francophone.

Objectif : « Proposer des cours de qualité issus du monde académique ou de l'entreprise. »

Et, si possible, dans des domaines originaux. Neodemia vient de lancer, en partenariat avec l'éditeur Aux Forges de Vulcain, un Mooc en ligne d'écriture de fiction, qui durera huit semaines. Et il a trois autres projets dans ses cartons, tous en coopération avec des entreprises.

Contrôle des étudiants par webcam interposée

Unow, une autre jeune pousse créée en mai 2013 par Jérémie Sicsic et Yannick Petit, deux diplômés d'EM Lyon qui ont travaillé sur le premier Mooc de Centrale Lille, se positionne, elle, sur l'aide aux enseignants, avec des premiers clients dans ce monde de l'éducation.

Son rôle : « Accompagner les professeurs dans la transformation de leurs cours en Mooc, précise Jérémie Sicsic, avec la création de vidéos, de matériel pédagogique, de fils de discussion pertinents, etc. »Comment compte-elle monétiser ses services ? « Les Mooc restent gratuits, mais nous allons proposer des certificats payants pour les étudiants qui réussissent l'examen de validation proposé à l'issue du cours. Le problème, sur Internet, c'est de certifier que la personne qui passe l'examen est bien celle qui s'est inscrite et qu'il n'y a pas de fraude pendant l'épreuve. Nous utilisons pour cela les services d'une société américaine, ProctorU, qui a mis en place un système de contrôle très rigoureux par Webcam, avec possibilité de prendre le contrôle de l'ordinateur de l'étudiant. C'est un business qui se développe beaucoup aux États-Unis, car il n'y a pratiquement plus d'examens dans les amphis des universités. »

De fait, ProctorU, créée en 2008, a connu une forte croissance depuis deux ans, passant de 12 salariés en 2011 à 190 actuellement. Et l'engouement pour les Mooc lui promet un bel avenir.

Comme seconde source de revenus, Unow mise sur « la vente de Mooc à des professionnels, indique Jérémie Sicsic. Un Mooc est gratuit quand le cours est suivi par un particulier. Mais, pour un usage professionnel, il est légitime de faire payer une licence ».

Appliquer cette révolution digitale à la formation en entreprise, c'est sans doute le meilleur créneau pour gagner vraiment de l'argent. C'est celui choisi par Jean-Marc Tassetto, l'ancien patron de Google France, qui a créé le 1er juin dernier une start-up nommée CoorpAcademy, avec Arnauld Mitre, autre ancien de Google, et Frédérick Bénichou, déjà fondateur de Planète Interactive et de TeamInside. Logée sur le Parc scientifique de l'EPFL à Lausanne, CoorpAcademy propose déjà un cours sur le digital car « j'ai été frappé dans ma carrière par l'hétérogénéité des connaissances en entreprise dans ce domaine », indique le fondateur. Un Mooc payant conçu pour les entreprises peut-il encore se prévaloir du nom de Mooc ? JeanMarc Tassetto balaie la critique.

« Un Mooc est un cours d'accès massif, mais ce caractère massif peut se trouver à l'intérieur de l'entreprise, pour uniformiser les connaissances des salariés et des clients sur les produits vendus par l'entreprise, par exemple. Ce qui fait la différence, c'est la pédagogie. »

En élargissant ainsi le concept, la formation en entreprise apparaît alors bel et bien comme un marché très prometteur pour ces nouveaux outils d'enseignement.

La levée de fonds, une bataille difficile

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Une fois le modèle économique posé, il reste à ces start-up à trouver des financements. CoorpAcademy a démarré avec les 200 000 euros apportés par ses trois fondateurs et Jean-Marc Tassetto ne se montre pas inquiet sur la possibilité de lever des capitaux. Mais Mathieu Nebra, chez OpenClassrooms, regrette, lui, la frilosité française dans ce domaine.

« Nous avons réussi à lever 1,2 million d'euros il y a dix-huit mois auprès du fonds Alven Capital, explique-t-il. Mais les montants qu'on peut espérer en France sont dans un ratio de 1 à 10 par rapport à ce qui existe aux États-Unis. »

Un handicap face à des rivales américaines qui ont déjà installé massivement leurs marques dans ce petit monde des Mooc en pleine ébullition ?

Guy MamouMani, le président du Syntec Numérique, refuse de s'avouer vaincu : « Nos entreprises ont des atouts formidables dans ces secteurs du numérique et du logiciel, assure-t-il. Et je constate en ce moment un déferlement de créativité parmi nos start-up. Dans l'automobile, il faut un siècle pour rattraper des concurrents, mais pas dans le numérique. Ce n'est pas une industrie très capitalistique. Et dans un an ou deux, on peut très bien voir émerger un leader des Mooc qui soit français. »

Odile Esposito

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