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ÉconomieFrance

Entre les écologistes et les socialistes, des atomes pas toujours très crochus

Photo de Jean-Christophe Chanut

Jean-Christophe Chanut

Publié le 24 février 2014 à 13:34 - Mis à jour le 24 février 2014 à 16:29

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Encore une fois, les relations se sont soudainement tendues entre les socialistes et les écologistes à l'occasion des manifestions nantaises. Mais c'est a priori la future loi sur la transition énergétique qui décidera du sort de la participation d'Europe-Ecologie-Les Verts au gouvernement.

"Un ministre ça ferme sa gueule ou ça démissionne" aimait à dire Jean-Pierre Chevènement, l'ancien "multi-ministre" (alors encore PS) de François Mitterrand qui était passé des paroles aux actes… Ce qui n'est pas le cas, pour l'instant, ni de Cécile Duflot, la ministre écologiste du Logement ni de Pascal Canfin, ministre délégué au Développement et autre représentant d'Europe Ecologie- Les Verts (EE-LV). Et pourtant, les écologiste et les socialistes ont encore ajouté ce week-end un nouvel épisode au psychodrame récurrent qui rythme leurs relations depuis de longues années. Cette fois, ce sont les manifestations - émaillées de violences - à Nantes contre la construction de l'aéroport Notre-Dame-des-Landes qui ont déclenché les hostilités. Cécile Duflot a déclaré dans un entretien au quotidien Le Monde qu'elle soutenait "plutôt deux fois qu'une"  les manifestants. Des propos que n'a pas du tout apprécié le Premier ministre et ancien maire de Nantes, Jean-Marc Ayrault.

Des polémiques avant même l'élection de François Hollande

Mais dès ce lundi 24 février, l'heure était à l'apaisement. Le même Jean-Marc Ayrault déclarant "qu'on avait besoin de tout le monde", pour assurer le succès du "pacte de responsabilité", principal dossier du gouvernement qui donnera lieu au printemps à un vote de confiance au Parlement… On verra si les 16 députés EE-LV - Noël Mamère, député-maire de Bègles a officiellement quitté la parti et siège parmi les "non inscrits" - oseront voter contre. . .  En tout cas, chez les écologistes, on affichait aussi a même volonté de tourner la page, la députée et co-présidente du groupe EE-LV à l'Assemblée nationale Barbara Pompili estimant "qu'il n'y avait pas sujet à polémiquer".

De toute façon, avant même l'élection de François Hollande à l'Elysée en mai 2012, les relations PS/EE-LV étaient déjà compliquées. Fin 2011, les deux partis avaient eu le plus grand mal à conclure un "contrat de législature". Les litiges portés sur le sort de la filière Mox, l'avenir de l'EPR de Flamanville (Manche) et la fermeture de la centrale nucléaire alsacienne de Fessenheim. Un accord avait fini par être trouvé, grâce au talent de négociateur de… Michel Sapin, mais les différends avaient été alors caché sous le tapis.

Et une fois François Hollande élu président de la République, les contentieux ont continué très régulièrement : sur la dépénalisation du cannabis, sur les campements de Roms, sur le budget du ministère de l'Ecologie, qui avait entrainé la démission à l'été 2013 de Delphine Batho, sur la taxation du diésel et… sur le pacte de responsabilité qui ne plaît pas du tout aux écologistes.

Écologistes et socialistes ont besoin des uns des autres

Certes, les socialistes n'ont arithmétiquement pas besoin des écologistes pour conserver la majorité à l'Assemblée nationale. En associant les Radicaux de gauche, mais sans compter les 16 députés EE-LV, la majorité dispose en effet de 308 députés, alors que la majorité absolue se situe à 289. Il n'empêche, à court terme, une rupture avec les "écolos" à quelques semaines d'élections municipales déjà difficiles, ne serait pas du meilleur effet. Surtout si ce "clash" avait pour origine l'affaire de l'aéroport Notre-Dame-Des-Landes qui en agace beaucoup, y compris au sein du gouvernement.

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Une séparation entre EE-LV et les socialistes permettrait également à l'UMP de se gausser de ces socialistes qui font le vide autour d'eux. Du côté d'EE-LV aussi, pour l'instant, on préfère - en dehors de l'aile la plus radicale du parti - continuer de jouer la carte de l'union avec les socialistes. Non seulement pour se donner une crédibilité gouvernementale mais aussi par pragmatisme. C'est de fait l'alliance avec le PS qui a permis aux " écolos "d'obtenir pour la première fois un groupe à l'Assemblée nationale. La rupture pourrait donc entraîner à moyen terme une perte drastique du nombre d'élus. Le PS se montrerait de fait moins conciliant…Bref, les deux partis jouent à " je te tiens, tu me tiens".

Tout se jouera sur le projet de loi sur la transition énergétique

Mais l'heure de vérité semble tout de même approcher. Pour plusieurs responsables d'EE-LV, la future loi sur la transition énergétique fera office de juge de paix. Maintes fois annoncé, ce projet de loi devait être déposé à l'automne 2013, il est maintenant prévu pour la fin du printemps 2014… A voir. Les écologistes tiennent absolument à ce que le texte reprenne l'engagement de campagne de François Hollande de faire baisser la part du nucléaire dans la production d'électricité de 75 à 50%. Tout comme EE-LV tient à ce que soit acté la fermeture "définitive" - et non le simple arrêt - puis le démantèlement de Fessenheim, la doyenne des centrales nucléaires françaises. François Hollande avait évoqué cette fermeture pour la fin 2016… techniquement difficile. Sans parler du fait qu'EDF vient d'investir des millions d'euros dans Fessenheim pour assurer sa modernisation et sa prolongation. L'opérateur dispose d'ailleurs d'un allié de poids au sein du gouvernement en la personne d'Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, qui voit dans le nucléaire "une filière d'avenir".

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  • Le successeur de Delphine Batho ne lâche rien sur Fessenheim
  • Entre 5 et 8 milliards d'euros pour fermer Fessenheim?
  • Aéroport de Notre-Dame-des-Landes: les écologistes ne baissent pas les bras
  • Transition énergétique: un casse-tête financier ? Pas tant que cela !

C'est sur ce texte, donc, que les écologistes tomberont au champ d'honneur s'ils n'obtiennent pas satisfaction. Sauf, bien entendu, si auparavant, les députés d'EE-LV ne votent pas la confiance au gouvernement sur le pacte de responsabilité. Dans ce cas, la messe sera dite avant l'heure. A moins que, lassé des "coups de gueule" des ministres EE-LV, François Hollande anticipe une rupture jugée inévitable, en ne renommant pas de ministres "ecolos" - en tout cas étiquetés EE-LV - dans le futur gouvernement qui émergera à la suite du très probable remaniement qui interviendra à l'issue du scrutin municipal.

Jean-Christophe Chanut

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