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ÉconomieFrance

Que disent certains patrons de l'action du gouvernement et du... Medef?

Photo de Jean-Christophe Chanut

Jean-Christophe Chanut

Publié le 04 mars 2014 à 14:21 - Mis à jour le 05 mars 2014 à 15:23

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Crédit d'impôt compétitivité emploi, pacte de responsabilité attractivité, contrat de génération... A l'initiative du Medef Ile-de-France, une dizaine de chefs d'entreprise ont livré leurs impressions sur la conjoncture et la politique gouvernementale. Des propos pas très tendres.

Dans quel état d'esprit se trouvent les chefs d'entreprise ? Optimistes, inquiets désespérés, dans l'attente ? Un peu tout ça en fait, quand on les écoute. A l'initiative de sa toute nouvelle présidente Agnès Lo Jacomo - elle même patronne d'une entreprise de transports de personnes avec chauffeur -, le Medef Ile-de-France a organisé une rencontre entre une dizaine de patrons d'entreprises très diverses et quelques journalistes. Une discussion a bâtons rompus s'est engagée sur l'ensemble des sujets économiques et sociaux du moment. Morceaux choisis.

Le "pacte de responsabilité" et le crédit d'impôt compétitivité emploi

Sur le Crédit d'impôt compétitivité emploi (CICE), décidé fin 2012 et qui permet de réduire de l'impôt sur les sociétés jusqu'à 6% (en 2015) de la masse salariale comprise entre un et 2,5 Smic, les avis des chefs d'entreprise sont partagés, selon leur secteur d'activité et/ou la structuration de leur main d'œuvre. "Certes, cela nous a aidé à baisser le coût du travail, se félicite Agnès Lo Jacomo, mais c'est totalement insuffisant pour améliorer la compétitivité des entreprises. »

« Indéniablement, le CICE a eu un effet positif dans notre secteur,admet José Ramos, président de la Fédération régionale Ile-de-France des Travaux publics et lui-même responsable d'une entreprise de TP (Essonne TP, 85 salariés), car il emploie beaucoup de main d'œuvre. Mais son impact est tout de même réduit par le fait qu'en 2012, nos charges sociales ont augmenté de 5%. Et puis le gouvernement raisonne trop à court terme, au jour le jour. Que va devenir le CICE après 2015 ? Pour avoir confiance et donc recruter, les entreprises ont besoin d'une visibilité à au moins deux ans".

Jérôme Frantz, DG de la société Frantz Electrolyse et président de la Fédération des industries mécaniques, n'a pas du tout aimé la façon dont les choses se sont passées, du moins au début, avec le gouvernement. « Pierre Gattaz, il y a plusieurs mois, avait évoqué un pacte de confiance où l'on disait à l'exécutif: faites-nous confiance et l'on pourra créer des emplois. Le gouvernement a préféré attendre, puis nous lance un pacte de responsabilité. Cela nous a exaspéré car nous sommes le seul pays au monde où l'on parle de cadeaux accordés [les allègements de cotisations patronales] au patronat et en plus on nous demande immédiatement des contreparties. Gattaz s'est fait piéger avec son objectif de créer 1 million d'emplois, le gouvernement s'est emparé de ce cap en termes de contreparties à de futurs nouveaux allègements de cotisations sociales. »

Flavien Kulawik, vice-président du Medef de l'Est Parisien et président de KLB Group (une société de services aux entreprises qui emploie 500 salariés dans le monde), lui, reconnaît « que le CICE va dans le bons sens. Seulement, nous n'avons pas confiance dans la capacité de l'Etat à réduire les dépenses publiques. » A cet égard, François Carayol, PDG de La Brosse et Dupont, une ETI de 700 salariés spécialisée dans la distribution, estime « que sept ministres à Bercy, c'est beaucoup trop, il y aurait des économies à faire ». Flavien Kulawik renchérit en expliquant que « la politique des achats publics de l'Etat devrait être repensée. C'est un travail sur cinq ans qui pourrait conduire à terme à une économie de 15 à 20 milliards d'euros par an ».

Frédéric Arnaud, lui, DG délégué d'Emulsar, une grosse PME à la pointe de l'innovation technologique dans le domaine des émulsions pour les industries agroalimentaire, cosmétique et pharmaceutique, insiste sur le besoin de « stabilité juridique et fiscale » pour inciter les entreprises à recruter. Il regrette la disposition qui permettait aux particuliers d'échapper à l'ISF dès lors qu'ils investissaient dans des PME. En revanche, il applaudit l'existence d'un crédit d'impôt recherche qui est « une très bonne idée ».

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La conjoncture, l'attractivité de la France et les mesures gouvernementales

La plupart des chefs d'entreprise entrevoient une timide amélioration de la conjoncture. C'est notamment le cas de Jérôme Frantz qui estime que, dans les industries mécaniques, « on sort des années sombres, l'optique pourrait même connaître une croissance de 4% ». Frédéric Arnaud, lui aussi, constate que « les labos ont envie de redémarrer de nouveaux projets car il n'y a rien eu en 2013. Mais les entreprises ont encore du mal à se décider et à se projeter sur des investissements à deux ou trois ans ».

Flavien Kulawik confirme : « ça redémarre doucement, l'activité est en croissance. Il y a de 20 à 30% de projets supplémentaires en ce moment comparé au début de 2013 ».

A cet égard, Agnès Lo Jacomo a présenté des données contrastées s'agissant de l'Ile-de-de-France. Certes, avec un taux de chômage de 9,2%, la région et 1,3 point en dessous de la moyenne nationale mais le chômage des jeunes est en hausse de 0,4 point. S'agissant du climat des affaires, l'activité dans les transports baisserait cette année de 1,9%. En revanche, les entreprises franciliennes tournées vers l'export pourraient connaître une croissance de 3,7%.

Il n'en reste pas moins que l'attractivité du pays est toujours jugée insuffisante. Flavien Kulawik met notamment en cause le droit du travail français « qui fait peur et dissuade d'embaucher, notamment en raison des effets de seuils à 10 et 50 salariés". Quant à Jérôme Frantz, il juge « aberrantes les règles qui régissent les licenciements économiques, notamment celles relatives aux critères pour l'ordre des licenciements qui conduisent à garder les anciens alors que les jeunes doivent partir ».  Il regrette aussi que Pôle Emploi ne soit pas assez tourné vers la formation "mais davantage vers l'indemnisation".

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Sur le contrat de génération, les patrons se montrent également sévères. « ça ne peut pas s'appliquer dans toutes les entreprises. Il n'y a pas forcément un jeune à faire former par un senior. C'est même parfois l'inverse avec les nouvelles technologies », explique Benoît Sillard, PDG de CCM Benchmark Group, leader de la presse sur Internet. Et José Ramos d'insister : « C'est toujours le même constat : sans visibilité, les entreprises ne recrutent pas, même quand on leur propose des aides »…

Manifestement, il y a encore beaucoup de travail à effectuer pour parvenir à pacifier les relations entre le pouvoir politique et les entrepreneurs.

Jean-Christophe Chanut

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