Avec des aides futées, une entreprise en grande difficulté peut s’en sortir

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Vincent Harang montre à Jean Paul Huchon que le désossement est toujours manule
Vincent Harang montre à Jean Paul Huchon que le désossement est toujours manule (Crédits : DR)
Si, une industrie de main d’œuvre, dans un secteur terriblement concurrentiel, peut s’en sortir. Après des années de "galères", le seul abattoir de porc d’Ile-de-France va, grâce au CICE, à la BPI et à des aides futées du Conseil Régional, dégager un premier résultat positif et conquérir des parts à l’exportation en Asie.

Vincent Harang épluche la presse économique tous les jours. Il est Pdg du dernier grand abattoir de porc français en dehors de la Bretagne. Et, depuis son dépôt de bilan en 2004, il est sous surveillance. Ses comptes, chaque mois, il les « fait au millième d'euro » et il « fait attention à la minute où l'on éteint la lumière ». Du coup, lorsqu'en 2012, il découvre le principe du CICE dans son journal économique préféré, il se dit qu'il va peut-être s'en tirer.

Un abattoir c'est de la main d'œuvre (50% des dépenses) et de la trésorerie (250.000 euros en moyenne par semaine pour 2.500 porcs abattus). La main d'œuvre n'est pas forcément très chère (90% des salariés de l'abattoir Harang sont éligibles au CICE), mais la trésorerie est lourde car Vincent Harang paie quasiment tout son cochon immédiatement tandis que, lui, n'est payé qu'à 21 jours.

Des prix fluctuants, des marges proches de zéro...

Et il faut beaucoup de trésorerie car le cochon est versatile. Son prix est fixé au cadran à Saint-Brieuc les lundis et vendredis et il faut répercuter chaque variation dans la minute, tout en livrant une guerre féroce, à l'autre bout de la chaîne, à la grande distribution.

Dans l'abattage, personne n'est maître de son marché ni de ses marges. Ces dernières sont souvent proches de zéro, voire assez fréquemment négatives. A tel point que cet abattoir d'Houdan, dans les Yvelines, n'a même pas forcément de quoi s'acheter un nouveau camion pour livrer Paris. Un cercle vicieux : depuis 2004, la seule stratégie possible pour s'en sortir et rembourser ses dettes (1,4 million d'euros) a été de diviser le chiffre d'affaires par deux pour limiter drastiquement ses besoins de trésorerie.

Des coûts salariaux deux fois moindres en Allemagne

Mais, en 2012, Vincent Harang "comprend le CICE tout seul" et débarque immédiatement à la BPI. Il avait anticipé qu'aucune banque privée ne lui ferait jamais l'avance de trésorerie sur son CICE. La BPI lui avance 60.000 euros de trésorerie en 2013. Elle passe à 100.000 euros en 2014.

Dans son abattoir, l'heure de travail chargée est entre 15 et 17 euros, quand, dans les abattoirs allemands, elle se situe souvent à 8 euros. Face à un concurrent allemand qui a le même nombre de salariés et le même chiffre d'affaires, il est plus cher d'un million d'euros par an.

Le CICE (1.000 euros par salarié pour Harang qui emploie 85 personnes) et l'avance lui envoient donc une première bouffée d'oxygène. Mais, surtout, la BPI lui fait découvrir le monde merveilleux des aides du Conseil régional. Il en existe quatre en Ile-de-France pour sécuriser les entreprises menacées, et il décroche 251.000 euros d'une aide appelée "Rebond prévention", qui conforte sa trésorerie. Une aide destinée aux entreprises cotée 5 ou 5+ par la Banque de France car leur capacité de remboursement est supposée "assez faible". Aucune chance pour elles de croiser un regard compatissant dans une banque privée...

Quand "Le porc francilien" devient compétitif... en Asie

Mais avec le CICE (100.000 euros), la BPI (250.000 euros) et l'Ile-de-France (250.000 euros), "le banquier va se détendre", souligne en souriant Jean-Paul Huchon, le président du Conseil régional. Et il va bien falloir qu'il se détende car Vincent Harang investit dans une nouvelle marque, "Le porc francilien" - du porc "local", nourri avec 10% de graines de lin car "ça l'attendrit et lui donne de la saveur".

Du coup l'abattoir Harang sera peut être, en 2014, l'un des seuls à sortir du rouge ! Et il revient de loin: avec 25 millions de chiffre d'affaires, il n'a réussi à dégager son premier résultat positif (100.000 euros) que l'année dernière.

Mais cela risque d'être très rude. D'un côté, la grande distribution qui, elle aussi gère au millième d'euro, se lance dans les abattoirs intégrés (Leclerc et Intermarché). De l'autre, les Allemands sont toujours aussi peu chers. Alors, Vincent Harang voit une double stratégie: une meilleure qualité sur le marché intérieur, et les opportunités de plus en plus importantes avec l'Asie. Le prix du porc baisse, celui des céréales aussi, et un abattoir des Yvelines peut devenir concurrentiel en Thaïlande. En tout cas, la viande en partance pour l'Asie remplit les frigos de Vincent Harang.

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Commentaires
a écrit le 16/11/2014 à 20:13 :
C'est logique. Une entreprise qui manque de trésorerie peut capoter alors que son produit, se commandes sont au top. Il faut de l'argent pour palier un gros client qui n'a pas réglé sa facture ou pour augmenter sa capacité de production ou pour ouvrir de nouveaux marchés etc... CICE et BPI remplacent les manquements des banques qui s'occupent surtout de faire fructifier leurs avoirs sur les marchés au lieu de soutenir l'économie. A quand une séparation des activités bancaires? Pour mémoire, cette séparation, le CICE et la BPI, sont des idées portées par le programme 2007 de Ségolène Royal. Que de temps perdu!!!!!la crise en aurait été atténuée et la mutation économique verte fonctionnerait à plein regime
Réponse de le 17/11/2014 à 10:59 :
La trésorerie est l'accumulation de résultat positif non distribue . Seulement dans la plupart des cas le résultat est distribué aux actionnaires et ne restent pas dans l entreprise . Le rôle de la banque est de financer des investissements solides et non pas de jouer les pompiers de service à cause des mauvais choix de l entreprise . L état le fait car il y a des emplois a la clé mais sans contrepartie c est bien ça le pb .
a écrit le 16/11/2014 à 3:03 :
Une entreprise qui marche avec des subventions n'est pas viable... Et devrait fermer ! Nos politiques bien-pensants doivent sans doute se congratuler de leurs distributions de fric avisée plutôt que de penser à réformer ce marché du travail agonisant.
Ce pays est vraiment foutu !
a écrit le 15/11/2014 à 18:51 :
1 qui travaille....5 qui regardent c ça la FRANCE
a écrit le 15/11/2014 à 18:48 :
a lire cet article .la grande distribution...saigne de nombreuses entreprises aux consommateur s de voir ....
a écrit le 15/11/2014 à 11:39 :
Les lois Hartz adoptées en Allemagne ont pour principe : on aide les gens qui font un effort.
En clair, si vous voulez toucher le RMI et l'APL, faut aller bosser, même si vous ne trouvez du boulot qu'à 4 ou 5€/heure. Si vous voulez que l'état vous aide, faut montrer que vous êtes utile à la société.
Evidemment, les gens qui sont payés à ce prix ne sont pas les plus compétitifs mais ils peuvent faire un travail simple. En tout cas, ça change les relations sociales et pour les entreprises comme les abattoirs, c'est une autre façon que la nôtre de rendre les entreprises compétitives, tout en réduisant le chômage.
Notre système transforme les personnes et les entreprises en mendiants... et cet article depuis son titre le montre bien ; tout le monde réclame des aides et les socialistes adorent ce jeu pervers qui consiste à taxer lourdement d'un main et à donner un peu d'aide de l'autre. Et surtout à faire de grands discours "vous avez vu combien on vous aide !".
Le socialisme décourage aussi bien l'entrepreneur que le salarié, qui se mettent à chercher comment payer le moins d'impôts et avoir un maximum d'aides. Et il mène à la faillite.
Nos fonctionnaires devraient se rendre compte que leurs salaires sont payés à crédit et que le jour où nous ne pourrons plus emprunter, il faudra faire comme les grecs ; diviser par 2 les salaires et les retraites des fonctionnaires les mieux payés. Mais quand on connait le niveau élevé de certains salaires de la fonction publique (les employés du Sénat ont un revenu moyen de 85.000€/an et leur jardiniers sont à 4.000€/mois) on voit qu'il y a moyen de taper dans le gras...
Réponse de le 15/11/2014 à 12:32 :
En Allemagne, les professions trop dispersées pour être défendues par les syndicats connaissent des salaires de 4 euros de l'heure pour un travail normal (les coiffeurs par exemple). C'est très exactement du dumping social, avalisé par les règles européennes en cours. Je ne sais pas si on peut y faire quelque chose, mais au moins appelons un chat un chat et le dumping dumping.
Réponse de le 15/11/2014 à 15:45 :
Ha aprce que'ne France les syndicats sont efficaces ? Et en Allemagne les syndicats y sont faibles ? Du grand n'importe quoi cette remarque. En Allemagne les syndicats sont adultes, acceptent des baisse de salaire quand les chose vnt mal mais bataillent pour de hausse quand la situation s'ameliore comme en ce moment. Bref ils sont conscient que l'economie est competition et que trop d'avantage tue l'entreprise. Ils sont combatifs ET constructifs a la fois a l'inverse des notres.
Le physicien devrait sortir de son labo et de couvrir la vraie vie.
a écrit le 15/11/2014 à 7:44 :
merci pour ce témoignage qui montre à quel point l'heure est grave, car bien évidemment l'entreprise va vivre sur les aides de l'Etat jusqu'au jour ou cette aides disparaitra !!!!! 100000 € de benefice pour 25 millions de chiffre d'affaire : aÏe, aïe !!!!!!!
a écrit le 14/11/2014 à 20:52 :
le cice est une vaste escroquerie . on vous pique le pognon en impotaxesociales et le gouvernement vous redistribue après moultes paperasses une obole .le système est pourri mais personne pour sauver le malade .
Réponse de le 15/11/2014 à 8:48 :
" mais personne pour sauver le malade ".... Tant que le coût horaire sera à 8€ contre 15€ en France.... que proposez-vous???? une diminution des salaires par deux en France???
a écrit le 14/11/2014 à 19:11 :
Le système D – une solution à la française ?

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