Aide à la Grèce : Trichet et DSK pressent Berlin d'agir vite

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(Crédits : © 2010 Thomson Reuters)
Réunis à Berlin, Jean-Claude Trichet (BCE) et Dominique Strauss-Kahn (FMI) ont appelé l'Allemagne à agir vite pour aider la Grèce. Le président de l'UE, Herman Van Rompuy, a aussi annoncé la convocation d'un sommet extraordinaire des chefs d'Etat et de gouvernement des pays de la zone euro "autour du 10 mai". Au menu, bien sûr, la crise de la zone euro avec la Grèce et maintenant, aussi, le Portugal sous pression. Ce mercredi matin, les taux des obligations grecques à dix ans ont dépassé le seuil de 11%, une première pour un pays de la zone euro. Les taux à deux ans ont bondi tout près de 19%.

Mobilisation générale dans la zone euro. Le président de la Banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet , a estimé ce mercredi à Berlin qu'il y avait une "absolue necessité pour l'Allemagne de décider rapidement" d'une aide éventuelle à la Grèce.

Les négociations sur l'aide financière à la Grèce se poursuivent et devraient aboutir dans les tout prochains jours, a précisé Jean-Claude Trichet. Le directeur général du Fonds monétaire international (FMI), Dominique Strauss-Kahn, qui participait avec lui à une conférence de presse commune à Berlin et avec le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a précisé que le montant définitif du plan d'aide n'était pas encore déterminé. "L'hypothèse de travail, a dit Jean-Claude Trichet, est que nous parviendrons à la fin de ces négociations dans quelques jours." "Je fais l'hypothèse de travail que nous aboutirons à un très bon résultat à la fin de cette négociation. Cela dépend de nous et cela dépend du gouvernement grec. Je suis confiant", a-t-il ajouté.

"Il est évident que les négociations entre le gouvernement grec, la Commission européenne et le Fonds monétaire international doivent être accélérées", a de son côté déclaré un peu plus tard la chancelière Angela Merkel, qui s'exprimait au cours d'un autre point de presse avec Dominique Strauss-Kahn.

En déplacement à Tokyo, le président de l'Union européenne, Herman Van Rompuy, avait annoncé mercredi matin qu'il allait convoquer un sommet des chefs d'Etat et de gouvernement des pays de la zone euro (dit Eurgroupe) "autour du 10 mai" afin discuter de la crise de la zone euro avec la Grèce et maintenant aussi le Portugal sous pression. Soit juste après le 9 mai, date d'élections importantes en Allemagne dans le Land (Etat-région) de Rhénanie du Nord-Westphalie où la chancelière Angela Merkel joue gros face à une opinion publique majoritairement hostile à une aide à la Grèce.

"Sur la base d'un rapport qui sera finalisé dans les prochains jours, les chefs d'Etat et de gouvernement décideront de l'activation du versement de l'aide actuellement en discussions entre la Commission européenne, la BCE et le FMI, et bien sûr le gouvernement grec", a précisé Herman Van Rompuy. Mais selon lui, il n'est pas question de restructurer la dette grecque.

De son côté, le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a indiqué que l'Allemagne ne laisserait pas tomber la Grèce et que le gouvernement allemand faisait pression pour qu'une décision rapide soit prise sur une aide d'urgence en faveur d'Athènes. Dans un entretien au journal économique Handelsblatt, le ministre a estimé que "ce qui doit être fait maintenant (...) est d'envoyer un message clair montrant que nous ne laisserons pas tomber la Grèce".

Pour autant, les Allemands restent toujours sceptiques sur leur aide à Athènes. A la question de savoir s'il croyait au remboursement de l'aide financière à l'Allemagne, Hans-Werner Sinn, président du très respecté institut de recherche économique Ifo, a répondu sur la radio MDR: "à dire vrai, non". La Grèce "ne sera pas en mesure de mener la politique de rigueur qui est nécessaire" et, à la fin, en viendra "à demander une annulation de la dette à l'Allemagne", a-t-il prévenu, appelant Berlin à ne pas se laisser harceler par des pays de l'étranger "qui font partie eux-mêmes de la catégorie des pécheurs".

"Que les Italiens, les Espagnols, nous pressent pour que nous payions sans condition maintenant, c'est compréhensible, car c'est un précédent qui sera d'importance pour eux", a fait valoir Hans-Werner Sinn.

Par ailleurs, la Grèce aura besoin de 100 à 120 milliards d'aides d'ici fin 2012, ont affirmé encore ce mercredi des parlementaires allemands, à l'issue de rencontres à Berlin avec le président de la BCE et celui du FMI. Un tel montant signifierait une contribution de l'Allemagne d'au moins 25 milliards d'euros sur trois ans, a déclaré le député social-démocrate Thomas Oppermann à l'issue de ces réunions. "Les 45 milliards d'euros dont il était question jusqu'à présent ne sont que le début", a commenté un député vert, Jürgen Trittin.

Le président du FMI, Dominique Strauss-Kahn, dont Thomas Oppermann a affirmé qu'il n'avait "pas enjolivé les choses" dans ses discussions avec les parlementaires, a toutefois refusé de confirmer ces chiffres lors de son point de presse.

Après la chute de la Bourse grecque de 6% mardi et même de 9% des valeurs bancaires, l'autorité boursière nationale a annoncé ce mercredi l'interdiction des ventes à découvert à la Bourse d'Athènes jusqu'au 28 juin. "La règle prendra effet à partir du 28 avril et jusqu'au 28 juin" a précisé l'autorité de régulation dans un communiqué. A Paris aussi, qui a chuté de 3,82%, les valeurs bancaires ont souffert... alors que les ventes à découvert sur ces titres sont interdites depuis la crise en 2008.

Côté taux d'intérêt, cela ne s'arrange pas ce mercredi. Les taux des obligations grecques à 10 ans ont dépassé le seuil de 11%, contre 9,730% mardi soir, une première pour un pays de la zone euro. Et les taux à deux ans ont bondi tout près de 19%, contre 15% la veille au soir, ce qui traduit la crainte des investisseurs sur un défaut de paiement du pays à court terme.

L'euro tombé mardi à son plus bas niveau depuis un an sous 1,32 dollar (1,3184 dollar) alors qu'il valait encore près de 1,34 dollar lundi soir, a tenté de se redresser un peu ce mercredi, repassant au dessus de cette barre, après que le président de la Banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet a déclaré qu'un défaut de la Grèce était hors de question, comme pour tout autre pays de la zone euro . Les cambistes avaient très mal réagi à la nouvelle dégradation de la note de la dette de la Grèce et du Portugal par l'agence de notation financière Standard & Poor's.

Selon certains, l'absence de consensus au sein des dirigeants de la zone euro pourrait retarder la mise en place de l'aide conjointe avec le Fonds monétaire international (FMI), alors que la Grèce doit trouver 9 milliards d'euros avant le 19 mai pour honorer une partie de sa dette obligataire. Mais selon le Financial Times, le FMI - dont le directeur général, le français Dominique Strauss-Kahn, a accordé ce mercredi une interview exclusive à La Tribune - envisagerait désormais de prêter non plus 10 milliards d'euros (en plus des 35 milliards que doit apporter la zone euro) mais 25 milliards.

Standard & Poor's a rétrogradé de trois crans d'un coup - du jamais vu en zone euro - la note de la dette souveraine de la Grèce qui tombe ainsi en catégorie spéculative ("junk bonds"), à BB+, en raison de ses inquiétudes sur la capacité d'Athènes à mettre en œuvre les réformes nécessaires pour réduire la dette publique. La perspective de cette note reste négative, ce qui signifie que S&P pourrait encore l'abaisser.

Par ailleurs, S&P a abaissé de deux échelons la note d'émetteur souverain à long terme du Portugal, à A- contre A+, une décision justifiée par le niveau élevé de la dette publique et la faiblesse des perspectives économiques. L'agence de notation évoque dans un communiqué les "risques budgétaires accrus" auxquels sont confrontées les autorités portugaises.

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a écrit le 28/04/2010 à 14:24 :
Probable rééchelonnement de la dette grecque avec abandons de créances et mise sous tutelle du FMI. C'est semble-t-il la solution la plus réaliste pour éviter une sortie de la zone euro. Le compte à rebours est déclenché pour le Portugal, l'Espagne, la Grande Bretagne et la France. A mon humble avis ce n'est plus qu'une question de mois avec en prélude abaissement des notes par Fitch, S&P et autre Moody's
a écrit le 28/04/2010 à 14:07 :
Que les "PIGS" doivent faire les efforts nécessaire pour diminuer leurs dettes publiques c'est un fait.
Maisd'un autre côté, si des signaux négatifs sont envoyés dans les marchés financiers comment ces pays peuvent-ils relever la tête?
L'Allemagne doit faire encore une fois l'effort pour calmer les bourses et les spéculateurs sinon à quoi bon l'europe, la zone euro?
En contre-partie ces pays doivent être sous tuttelle, seule issue possible a mon sens pour qu'ils respectent leurs engagements et que l'Allemagne dit oui.
Sans ça c'est la fin de l'europe avec des pays en faillite limite "tiers- mondistes"
a écrit le 28/04/2010 à 13:08 :
Ces individus qui prétendent contraindre l'Allemagne à acheter des effets de cavalerie de l'Etat Grec pour 9 milliards, classé de plus "Junk" , (pour rembourser notamment les prêts des banques francaises à cet Etat Grec(50 milliards) commétent une forme d'escroquerie nommée "cavalerie" : LAllemagne ne reverrait jamais son argent.
De plus cette arnaque ne change rien au problème de fond : il manquera encore 40 milliards a l'Etat Grec pour "finir cette année"
La seule solution honnête et le réechelonnement de la dette Grecque avec sa mise sous tutelle du FMI
Après la Grèce il faudrait alors que l'Allemag,ne, l'Autriche et les Pays-Bas subventionnent, à fonds perdu, le Portugal et les autres PIGSF (5 000 milliards). Ces PIGSF eux aussi doivent arrêter de vivre à crédit et réduire leurs folles dépenses étatiques.
Mme Merkel tenez bon, n'acceptez pas que votre peuple soit victime de cette escroquerie.
(De plus hors des traités européens et contraire au Pacte de stabilité)
a écrit le 28/04/2010 à 13:00 :
A quel avenir pouvons-nous prétendre dans l'espace européen si l'on ne réagit pas pour faire cesser d'utiliser le terme "JUNK BONDS" en parlant des obligations émises par la Grèce? On devra peut-être bientôt dire merci aux insultes!
a écrit le 28/04/2010 à 12:54 :
Il est inconçevable que la France, déjà très endété, puisse préter à la Grèce.
La Françe n'ayant pas l'argent le trouvera sur les marchés faisant ainsi augmenter encore son taux d'endétement et l'approchant elle même d'une dégradation de sa note.
a écrit le 28/04/2010 à 12:49 :
Une seul solution pour la Gréce, elle doit quitter l'Euro et revenir à sa money d'origine.

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