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Peter Mandelson : "une coalition entre conservateurs et libéraux-démocrates serait un désastre"

Propos recueillis par Eric Albert, à Londres

Publié le 03 mai 2010 à 05:59 - Mis à jour le 03 mai 2010 à 06:09

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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L'interview de Peter Mandelson, numéro deux du gouvernement britannique et stratège des élections pour le parti travailliste.

La Tribune : à quatre jours des élections de ce jeudi 6 mai, les parti travailliste semble très mal parti. Croyez-vous encore à un rebond ?

Peter Mandelson : il faut que nous concentrions les gens sur le choix auquel ils font face. Avec un gouvernement au pouvoir depuis treize ans, la position par défaut des gens est de penser qu'il est temps de changer. Pourtant, nous ne sommes pas à cours d'idées. La crise a été bien gérée et nous sommes bien avancés sur le chemin de la reprise : il ne faut pas s'en éloigner. L'alternative, ce sont des hommes politiques qui ont moins d'expérience, et qui ont d'autres valeurs. Nos opposants disent : les travaillistes veulent faire peur, ils n'ont plus d'énergie. Mais c'est normal qu'ils disent cela. C'est un choix relativement classique pour une élection, à une exception près : pour la première fois, nous avons eu des débats télévisés, et cela a créé une opportunité pour le troisième parti.

Ce sont désormais les travaillistes qui sont troisièmes dans les sondages...

Au début de cette campagne électorale, les conservateurs avaient dix points d'avance. Avec les débats télévisés, les gens se sont éloignés d'eux. Ils les ont regardé, et bien qu'ils souhaitent un changement de gouvernement, ils craignent que les conservateurs ne soient un changement négatif. Ils pensent que les conservateurs n'ont pas changé par rapport aux années 1990 : il reste encore une énorme méfiance. La stratégie de David Cameron (leader des conservateurs, ndlr) est de réinventer les conservateurs, comme nous avons réinventé les travaillistes dans les années 1990. Mais la différence est que nous avions vraiment changé. Les conservateurs n'ont pas changé leur attitude vis-à-vis de l'Europe, des problèmes sociaux, de l'économie... Les candidats conservateurs sont des gens qui doutent du changement climatique, sont anti-européens, peu sympathiques envers les droits des homosexuels... David Cameron affirme qu'il croit en ce qu'il appelle la "grande société" (Big Society), mais ce n'est qu'un déguisement qui cache le fait qu'il croit simplement en un gouvernement faible.
Nous disons aux électeurs : vous avez raison, les conservateurs n'ont pas changé. Cependant, faites attention aux libéraux-démocrates. Bien qu'ils aient de bonnes valeurs - ils croient en la justice sociale - leurs politiques sont complètement irréalistes, ou dangereuses, ou trop chères. Leurs politiques sont une blague.

Mettre les conservateurs et les libéraux-démocrates ensemble dans une coalition serait un désastre : ces deux partis sont en désaccord sur presque tout, et n'ont pas les mêmes valeurs, à l'exception de quelques points communs sur la fiscalité.

Donc, la seule alternative sérieuse, aujourd'hui encore, reste le parti travailliste. Nous sommes les seuls à offre une dureté économique combinée à des politiques enracinées dans la justice sociale. Dans les années à venir, quel que soit le gouvernement, il faudra se serrer la ceinture. Il faut se demander : sur qui pouvez-vous comptez pour faire les choix les plus justes ?

Les sondages indiquent que ces arguments ne semblent pas convaincre.

Il faut que nous concentrions les gens sur le vrai choix qu'ils ont, pour qu'ils dépassent leur instinct, qui consiste à vouloir changer. Il faut que nous leur disions que le changement serait dangereux. Mais c'est difficile de faire passer ce message. D'abord parce que nous sommes au pouvoir depuis longtemps. Ensuite parce que 75% de nos journaux nationaux sont proclamés anti-travaillistes. Murdoch s'est complètement rangé derrière les conservateurs, avec de bonnes raisons : c'est dans son intérêt commercial. Les conservateurs veulent écraser le régulateur des médias, l'Ofcom, réduire les ressources de la BBC, et garder la télévision payante aux mains de Sky (appartenant au groupe Murdoch, ndlr).

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The Economist, qui n'est pas du groupe Murdoch, et qui soutenait Tony Blair en 2005, vient aussi de se ranger derrière les conservateurs. Ils jugent en particulier que l'Etat est devenu trop grand sous les travaillistes.

Si l'Etat a grandi, ce n'est pas parce que le parti travailliste a décidé d'étendre l'Etat. Mais nous sommes passés par une crise qui a frappé les services financiers et le PIB de plein fouet. Alors, c'est vrai que nous avons dû emprunter d'énormes sommes d'argent, mais c'était justifié et c'est ce qui nous a sorti de la crise. Maintenant, pour reconstruire l'économie et l'emmener plus vers le XXIème siècle, je crois que l'Etat doit planifier un peu plus et être un peu plus stratégique pour soutenir les secteurs qui devraient, selon nous, apporter la croissance.

Pouvez-vous envisager un gouvernement travailliste qui ne soit pas dirigé par Gordon Brown ?

(Faisant semblant de ne pas comprendre) ... mais il est le Premier ministre et le leader du parti travailliste.

Mais les libéraux-démocrates pourraient demander sa démission en échange d'accepter de monter une coalition avec les travaillistes ?

Ce serait très étrange, sans précédent même, que le troisième parti demandent au parti qui a le plus grand nombre de sièges de changer son leader. Cela serait extrêmement arrogant. Et comment est-ce que cela fonctionnerait ? Il n'y aurait pas de gouvernement pendant deux mois le temps que le parti travailliste élise un nouveau leader ?

Et si les travaillistes arrivent troisièmes en pourcentage des voix, mais premiers en nombre de sièges ?

Si nous sommes troisième en nombre de voix, la probabilité que nous formions une coalition avec les libéraux-démocrates est vraiment lointaine.

Vous proposez une réforme électorale, pour introduire un système un peu plus proportionnel. Est-ce une façon de vouloir attirer les libéraux-démocrates dans une coalition ?

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Les gens pensent qu'il y a un besoin pour une nouvelle forme de politique. L'impact du scandale des notes de frais des députés est énorme et la confiance envers la classe politique a fortement diminué. Mais, avec le système électoral actuel, les libéraux-démocrates ne seront jamais assez forts pour diriger un gouvernement. Le seul parti de gouvernement qui peut réaliser la réforme électorale est donc le Labour. Les conservateurs mourront plutôt que de faire cette réforme, parce qu'ils pensent qu'il y a une majorité progressiste dans ce pays. Ils ont raison : si on ajoute les progressistes travaillistes et libéraux-démocrates, cela forme une majorité.

L'interview était accordé à quatre journaux européens : Handelsblatt, Il Sole, Het Financieele Dagblad et La Tribune.

Propos recueillis par Eric Albert, à Londres

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