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ÉconomieInternational

Un quart de siècle après la catastrophe, Tchernobyl reste un désert

Emmanuel Grynszpan, à Moscou, avec M.-C. L.

Publié le 25 avril 2011 à 16:29

Le Quotidien Numérique

04 juin 2026

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Ce mardi 26 avril, l'Ukraine fêtera un anniversaire dont elle se serait bien passée. Il y a tout juste 25 ans a eu lieu à Tchernobyl la plus terrible catastrophe nucléaire qu'ait connu l'Europe. Reportage dans cette région où l'homme ne pourra pas revivre sur place avant au moins 1.000 ans.

C'est un "parc naturel involontaire", un no man's land de béton et de forêt de 30 km de rayon autour de la centrale nucléaire, abandonné à la nature et aux radionucléides.  "Dans la zone d'exclusion de Tchernobyl, le niveau très important de contamination de l'environnement ne permet pas le retour de l'homme ni la production agricole 25 ans après l'accident, et certainement encore pendant plusieurs centaines d'années, voire un millier", affirme la chef du Service d'étude du comportement des radionucléides dans les écosystèmes à l'IRSN, Jacqueline Garnier-Laplace.

La nature a repris le dessus

Quelque 120.000 personnes vivaient dans ce périmètre jusqu'à la catastrophe du 26 avril 1986. Les 50.000 habitants de Pripiat, la ville jouxtant la centrale, ont été évacués par l'armée et dans la précipitation en 24 heures seulement après l'explosion du réacteur. Les autorités leur ayant promis qu'ils retourneraient "dans deux ou trois jours" chez eux, beaucoup d'habitants ont tout abandonné sur place. Aujourd'hui, leurs effets traînent encore partout dans les bâtiments de cette ville à la laideur soviétique et sinistre. Partout, des façades de béton nu, aux formes strictement fonctionnelles. Les rues sont colonisées par les mauvaises herbes et les arbres.

Tout autour, c'est la forêt et des villages, dont les habitants ont commencé à être évacués seulement une semaine après la catastrophe. Les humains ont été remplacés par des animaux indifférents aux panneaux jaunes indiquant les zones particulièrement contaminées, le plus souvent parce que des débris de la centrale détruite y ont été balancés à la va-vite par les 600.000 "liquidateurs" envoyés d'urgence par les autorités pour réduire les effets de la catastrophe. Vingt-cinq ans après, la faune du "parc involontaire" (terme inventé par l'écrivain Bruce Sterling) s'est développée de manière unique en Europe. On y croise des loups, des lynx (ailleurs presque totalement disparus) et même paraît-il des ours bruns, disparus de la région depuis plusieurs siècles.

Les hommes ne doivent pas rester sur place plus de 160 heures par mois

Cela dit, les hommes n'ont pas totalement déserté la zone, malgré la nocivité du rayonnement et les milliers de victimes de Tchernobyl. Environ 3.800 personnes travaillent sur le site de la catastrophe par équipes tournantes (160 heures maximum par mois et par personne). Ils doivent surveiller et entretenir le sarcophage bâti à la hâte autour du réacteur numéro 4, qui a explosé. Prévu pour durer dix ans, ce confinement précaire n'a toujours pas été remplacé vingt-cinq ans après. Une nouvelle protection - une arche géante en double peau - a été commandée à Vinci et Bouygues en 2007 mais ne devrait pas venir recouvrir le vieux sarcophage avant fin 2015. Le personnel sur place doit également démanteler une centrale, qui a continué à produire de l'électricité jusqu'en 2000. Tous ces employés logent dans la ville de Slavoutich, située à 45 km de la centrale, et où ont été relogés une grande partie des évacués.

La crainte d'avoir faim

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Mais ce n'est pas tout. 400 personnes vivent illégalement dans la zone d'exclusion, pour l'essentiel, des personnes âgées retournées vivre dans leurs maisons. « [les autorités] m'ont donné un appartement dans une autre région, mais j'ai refusé. Je veux vivre là où je suis née », explique Gana Zavorotnia, 78 ans, aux journalistes qui l'interrogent dans sa modeste maison en bois. « Quant aux radiations... moi, ce qui me fait vraiment peur, c'est la faim. Mais j'ai mes poules, mes cochons, mon potager. Je prie Dieu pour qu'il me permette de vivre sans médicaments. »

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Emmanuel Grynszpan, à Moscou, avec M.-C. L.

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