Qui pour succéder à DSK au FMI ?

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Alors que Dominique Strauss-Kahn devrait quitter le FMI, qui continue "à suivre l'évolution de la situation", les guerres de succession sont déjà ouvertes. L'Europe, sauf le Royaume-Uni, aimerait faire perdurer la tradition et que le poste revienne à quelqu'un issu de ses rangs. Les pays émergents, qui revendiquent une place plus importante au sein de l'institution, voudraient bien changer l'ordre des choses. Etat des lieux des candidats.

Qui va succéder à Dominique Strauss-Kahn après son départ à la tête du Fonds monétaire international (FMI) ? "C'est la première fois que la compétition est si ouverte et si internationale", estime l'économiste Nicolas Véron, du groupe de recherche économique bruxellois Bruegel, cité par Bloomberg. Les prétendants au titre de directeur général du Fonds monétaire international n'ont jamais été aussi nombreux. Du Brésil à Singapour, en passant par la Turquie, l'Afrique du Sud, l'Inde ou la Chine, les pays émergents ne comptent pas laisser passer leur chance. Ils réclament depuis des années une réforme de la gouvernance du FMI au profit des "petits" pays. Une revendication que DSK avait d'ailleurs appuyée au cours d'un voyage en Inde, censée parachever la réforme du Fonds adoptée fin 2010 pour accorder davantage de sièges aux pays émergents.

Mais l'Europe n'a pas dit son dernier mot. Depuis la création du FMI en 1945, une règle non écrite établit que le directeur de l'institution est forcément une personnalité européenne. En échange, les Etats-Unis obtiennent systématiquement la tête de la Banque mondiale.

Cette tradition, vigoureusement respectée, ne figure dans aucun texte, mais certains pays européens, comme l'Allemagne, ne voient "aucune raison" d'y mettre un terme. Dans un contexte de crise des pays périphériques de la zones euro, certains pays européens craignent qu'un directeur non-européen ait moins à c?ur de sauver les économies des pays touchés par la crise de la dette.

Les candidats : Trevor Manuel (Afrique du Sud)
L'inamovible ministre des Finances sud africain - il est resté en poste de 1996 à 2009 - paraît en bonne position sur la liste ces hypothétiques directeurs issus des pays émergents. Cet homme politique a également été président de la Commission nationale du Plan auprès de la présidence Zuma. Il y a près de trois mois, il a failli prendre la tête du Comité monétaire et financier international, organe de direction politique du FMI. Il a été battu par...

... Tharman Shanmugaratnam (Singapour)
Cet économiste formé à la London School of Economics est ministre des Finances de l'Etat de Singapour depuis 2007. Il a vécu la plus grande partie de sa carrière à la banque centrale de Singapour. Très respecté dans les cercles économiques, il fait partie du "Groupe des Trente" depuis juin 2008, groupe d'économistes dirigés par Paul Volcker. Mais la nomination de cet asiatique, en mars 2011, à la tête du Comité monétaire et financier international du FMI, pourrait inciter les pays asiatiques à se montrer conciliants envers une nouvelle candidature européenne. La Chine ne présenterait ainsi pas de candidat.

Montek Singh Ahluwalia (Inde)
L'Inde, en revanche, a l'embarras du choix. Deux économistes de premier plan s'affrontent pour les honneurs d'une candidature officielle de New Delhi. Montek Singh Ahluwalia est le mieux placé des deux. Cet économiste renommé et expérimenté - il a commencé sa carrière à la Banque mondiale, à Washington, en 1968 - connaît bien les rouages du FMI pour y avoir travaillé comme premier directeur du bureau indépendant d'évaluation. Ancien ministre des Finances en Inde, il est actuellement président de la commission au plan auprès du gouvernement indien.

Duvvuri Subbarao (Inde)
Le deuxième candidat indien est un docteur en économie extrêmement respecté, et le 22ème gouverneur de la banque centrale. Comme la plupart de ses concurrents, il a été ministre des Finances de son pays. Il a également été économiste à la Banque mondiale de 1994 à 2004.

Kemal Dervis (Turquie)
Comme Duvvuri Subbarao, Kemal Dervix a travaillé longtemps à la Banque mondiale, pendant 24 ans. Cet économiste de 62 ans gravite autour de Dominique Strauss-Kahn depuis longtemps et il a été ministre de l'Economie et des Finances en Turquie. Ce francophone proche de DSK a également été administrateur du Programme des Nations unies pour le développement de 2005 à 2009.

Christine Lagarde (France)
Une Française pour succéder à un Français ? Après le fiasco de la chute de DSK, la France a peu de chance d'obtenir le soutien des autres pays européens, surtout qu'elle détient aussi la présidence de l'OMC. Il semble peu probable qu'elle puisse obtenir le FMI juste après l'avoir perdu. Pourtant, la ministre française de l'Economie est un candidat idéal si on enlève sa nationalité. Réputée pour son pragmatisme, son intelligence et sa maîtrise des dossiers, elle séduit sur sa personnalité en Europe comme à l'international, et rassure les pays européens par sa position contre la restructuration de la dette grecque.

Axel Weber (Allemagne)
Et si la chancelière allemande Angela Merkel, qui a crédibilisé, par son soutien, la candidature de l'italien Mario Draghi à la tête de la BCE, obtenait par renvoi d'ascenseur un soutien pour la candidature d'Axel Weber à la tête du FMI ? Recalé dans la course à la présidence de la BCE, le président de la Deutsche Bundesbank est un "faucon" convaincu, très attaché à la rigueur et aux intérêts de l'euro, qu'il veut fort pour éviter la spéculation.

Stanley Fischer (Israël)
Le dernier candidat n'en est pas encore un, puisqu'il ne s'est pas encore déclaré. L'acteur directeur de la Banque centrale israélienne et ancien numéro deux du FMI présente l'avantage d'être crédible dans le poste. Brillant économiste, cet israélo-américain est le fondateur de la théorie des contrats croisés en macroéconomie. Mais il ne vient ni d'Europe, ni des pays émergents : pourra-t-il échapper aux logiques partisanes qui motivent les soutiens ?

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Commentaires
a écrit le 20/05/2011 à 8:36 :
En effet la Chine, l'Inde, Singapour.. veulent tenter de bloquer une candidature européenne, ils ne veulent plus d'un Européen à la tête du FMI comme c'est la tradition. En fait les nouvelles puissances économiques ne comprennent pas pourquoi le FMI participe au sauvetage de la Grèce, de l'Irlande et du Portugal. A leurs yeux ces trois pays sont des "nains" à l'échelle mondiale et ils ne comprennent pas qu'on mobilise autant de ressources pour eux ! Et surtout ils ne digèrent pas qu'on traite ces trois pays avec plus d'égards que les Européens ont traité les pays émergents. Donc clairement si c'est un chinois, indien ou autre qui est nommé, l'Europe a du souci à se faire..
a écrit le 19/05/2011 à 18:52 :
et puis Christine Lagarde sait drôlement parler anglais - elle est allée toute seule en Amérique après un bac à 17 ans , mais pourquoi Sarkosy veut la fourguer au FMI, à cause Nanard ... lire le Canard Enchaîné il dit tout ce qu'oublie La Tribune !
a écrit le 18/05/2011 à 16:02 :
TRICHET
a écrit le 17/05/2011 à 8:47 :
Que ce soit pour le FMI ou la Présidentielle, Dominique est
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