En Allemagne, le SPD veut aussi ses primaires

La direction du parti social-démocrate voudrait organiser des élections primaires ouvertes à tous pour désigner les candidats du parti aux postes officiels, notamment à la chancellerie. Une tentative d'améliorer l'image du SPD face à la poussée des Verts.
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Les primaires sont décidément à la mode. Cette fois, c'est le centre-gauche allemand qui se laisserait bien tenter. La secrétaire générale du parti social-démocrate, le SPD, Andrea Nahles, a ainsi proposé dans une réunion interne mardi d'organiser des votes ouverts aux non-militants pour déterminer le candidat du parti aux postes officiels, dont celui de chancelier. Les membres du SPD n'auraient alors plus l'exclusivité de l'élection que des postes internes au parti. C'est, pour le moment, l'acmé de la réforme du SPD engagée depuis un et demi par son président Sigmar Gabriel après la déroute de septembre 2009 où les Sociaux-démocrates avaient enregistré leur pire score depuis la guerre avec 23 % des voix.

Avec cette proposition inédite en Allemagne, le SPD tente de se rapprocher de la société civile et de soigner son image de parti d'appareil. Avec cette proposition, qui s'associe à celle d'instaurer des quotas de personnes issues de l'immigration dans les instances du parti, il s'agit pour le SPD de faire face aux Verts, le parti qui a le vent en poupe en Allemagne et qui, bien qu'allié aux sociaux-démocrates, rognent sur l'électorat SPD.

Dans les sondages le SPD est donné à 21%

La situation du SPD reste en effet préoccupante. Certes, depuis deux ans, il a pu reprendre le contrôle de deux Länder, la Rhénanie du Nord Westphalie et Hambourg. Dimanche, son statut de premier parti du Land de Brême a été confirmé avec 38 % des voix, deux points de plus qu'en 2007. Mais ces succès cachent une forêt de difficultés : en mars, le parti a perdu dix points en Rhénanie-Palatinat, Land dont il avait seul le contrôle. Dans le Bade-Wurtemberg, il a enregistré avec 23 % des voix le pire résultat de son histoire locale et a dû céder la place de ministre-président aux Verts qui, pour la première fois, l'ont devancé.

A Berlin en Septembre, le SPD du maire actuel, Klaus Wowereit est également menacé par la poussée de la verte Renate Künast qui pourrait s'installer à sa place au "Rotes Rathaus", le nom donné par les Berlinois à l'édifice où officie le maire de la capitale. Enfin, au niveau fédéral, les sondages ne sont guère flatteurs : le dernier, réalisé par Forsa, ne lui accorde que 21 % des intentions de vote. Depuis la chute de l'Empire en 1918, les Sociaux-démocrates n'ont enregistré qu'une seule fois un score plus faible : en mars 1933, alors qu'Adolf Hitler était déjà chancelier.

Le SPD souffre d'une image vieillissante. Beaucoup le jugent trop académique, trop institutionnalisé et proche des milieux d'affaires. Les conséquences sur le parti des réformes de l'ère Schröder sont loin d'être effacées dans l'esprit des classes populaires. Les Verts, quoique très sages dans leur programme économique, disposent d'un potentiel de sympathie plus important auprès des jeunes et des plus pauvres. Ils peuvent s'appuyer sur une image d'ouverture sur la société et leur lutte contre l'énergie nucléaire leur a donné l'image d'un rempart contre les puissants.

Approbation prévue d'ici la fin 2011

La proposition d'Andrea Nahles, soutenue par Sigmar Gabriel, devra être approuvée d'ici à la fin de l'année. Le but est évidemment de désigner l'an prochain dans des primaires ouvertes à la française le candidat du SPD à la chancellerie avant les élections fédérales de 2013. Selon une enquête réalisée pour le magazine Stern, c'est l'ancien ministre des Finances Peer Steinbrück qui ferait, au sein du parti, meilleure figure face à Angela Merkel. 35 % des Allemands lui donneraient leur préférence contre 40 % à l'actuelle chancelière. Le candidat SPD de 2009, Frank-Walter Steinmeier obtiendrait 32 % des voix et Sigmar Gabriel seulement 22 %.

Cette idée de primaire demeure cependant controversée au sein même du parti. L'aile droite du SPD représentée par le député de Hambourg Johannes Kahrs l'a qualifié de "sottise". "Il ne s'agit que d'une modernisation imaginaire et d'une réelle américanisation", a-t-il dénoncé. Mais l'idée pourrait faire des émules. Déjà ce mercredi, un responsable libérale a déclaré à la Süddeutsche Zeitung que les primaires étaient un concept "attirant" pour le monde politique allemand.


 

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