Primaires socialistes : place au (vrai) débat

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DSK hors jeu, les primaires organisées par le Parti socialiste auront vraiment un rôle de sélection d'un candidat à l'élection présidentielle. Elles pourraient donner lieu à un véritable débat entre première et deuxième gauche, à travers l'affrontement envisageable, Aubry versus Hollande. Une première, au PS.

Le débat sur la nature des primaires, au Parti socialiste, est clos. Avec un Dominique Strauss-Kahn hors jeu, plus question de primaires de confirmation, destinées simplement à lancer un candidat incontestable, déjà adoubé par les sympathisants et les sondages. Elles joueront pleinement leur jeu, tant celui-ci est ouvert. L'appareil socialiste pousse Martine Aubry à se présenter, comme le montrent les déclarations en ce sens du fabiusien Claude Bartolone. Et François Hollande va se montrer plus que jamais candidat, tandis que de multiples outsiders pourraient tenter leurs chances (Manuel Valls, Pierre Moscovici, Bertrand Delanoë... sans parler de Ségolène Royal).

Un autre débat pourrait s'ouvrir : celui entre une ligne classiquement à gauche, probablement incarnée par Martine Aubry, et un réformisme à tendance sociale-démocrate, que devrait défendre François Hollande. PS classique contre sociaux-démocrates, première gauche contre deuxième gauche, à l'image de Mitterrand-Rocard, en quelque sorte. « Ce serait là une première au Parti socialiste qu'un tel débat soit organisé aussi clairement », souligne l'historien du PS, Gérard Grunberg.

À moins que le président du conseil général de Corrèze ne préfère « gauchir » sa petite musique, afin de plaire aux militants. Mais ce serait au risque de perdre en crédibilité, de passer pour une véritable girouette. François Hollande se doit aujourd'hui d'occuper l'espace auparavant pris par Dominique Strauss-Kahn, celui de la « droite de la gauche », comme avait pu titrer un hebdomadaire à propos de DSK. Les partisans de Strauss-Kahn devraient du reste le rejoindre. Un combat droite-gauche, interne au PS, se dessine donc. Qui aurait le plus de chances de l'emporter, d'abord lors de ces primaires dont le calendrier a été confirmé hier par la première secrétaire du PS ?

Au-delà du positionnement politico-programmatique, deux postures vont s'affronter. François Hollande, à l'écart de l'appareil socialiste - il était d'ailleurs absent, hier mardi, de la réunion du bureau politique -, honni par de nombreux apparatchiks, va s'adresser au pays, passant outre la rue de Solferino. C'est ce qu'il a commencé à faire, depuis le début de sa campagne. Martine Aubry, elle, se tourne d'abord vers les militants socialistes, éventuellement vers l'ensemble des sympathisants.

S'agissant de la primaire, et quels que soient les récents sondages donnant une avance à François Hollande, ce positionnement à gauche de la maire de Lille l'avantagera. Car « les militants socialistes sont beaucoup plus à gauche que la moyenne des électeurs du PS », souligne Gaël Sliman, directeur de BVA Opinion. « Et les sympathisants qui se déplaceront pour cette primaire le sont encore plus, en moyenne, puisqu'on trouve parmi eux l'ensemble des soutiens des partis à gauche du PS. » En outre, Martine Aubry peut afficher un bon bilan à la tête du PS, contrairement à son prédécesseur, souvent accusé d'avoir laissé filer les choses, et que la direction du PS ne tient guère en estime. La première secrétaire du PS a su, elle, rassembler les barons du parti derrière elle, et tenir l'appareil, qui lui apporte un soutien sans faille.

À l'écart de l'appareil socialiste, François Hollande risque d'apparaître comme moins légitime, aux yeux du « peuple de gauche », chargé de désigner le candidat PS. Même si ces électeurs ne seront pas insensibles à son aura médiatique, à sa capacité à jouer sa propre carte sans offenser le PS. En fait, les primaires seront peut-être, pour lui, encore plus difficiles à gérer que la suite, l'élection présidentielle proprement dite - s'il parvient à être désigné candidat. Évidemment, on ne peut sous-estimer la violence du combat contre ses adversaires de droite, la difficulté à gérer la concurrence à gauche.

Mais l'ex-premier secrétaire du PS pourrait alors assumer pleinement son positionnement au centre gauche... Et il saurait sans aucun doute associer l'ensemble des leaders à sa campagne, contrairement à ce qu'avait fait son ex-compagne, Ségolène Royal, en 2007. Que Martine Aubry ou François Hollande soit désigné pour représenter le PS en 2012, aucun des deux n'échappera au débat lancé par Terra Nova, sur les cibles électorales que doit viser le PS. Faut-il infléchir le discours socialiste en choisissant de viser, surtout, les classes moyennes, nombre d'électeurs modestes (ouvriers) ayant de fait opté pour l'extrême droite ? Accusé de proposer l'abandon des classes populaires, Terra Nova s'en défend, affirmant préconiser une stratégie électorale fondée non pas sur des catégories professionnelles traditionnelles, le vote de classe ayant disparu, mais sur des valeurs telles que la justice sociale. Une stratégie à l'opposé du populisme du Front national.

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