Sur le front de l'emploi, l'Allemagne fait bien mieux que la France

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Le taux de chômage au sens du BIT s'est inscrit à 6,3% en Allemagne au premier trimestre contre 9,2% en France. Outre-Rhin, les entreprises ont des difficultés pour recruter tandis qu'en France, le nombre de demandeurs d'emploi ne diminue pas assez pour renverser les rapports de force avec les employeurs.

Mardi, l'office fédéral du travail en Allemagne a annoncé une nouvelle baisse du taux de chômage, de 7,3% en avril à 7% en mai. Au sens du BIT, le taux de chômage allemand s'établit désormais à 6,3% à la fin du premier trimestre. En France, selon les informations publiées par l'Insee ce mercredi, on est encore à 9,2% de la population active. Soit presque 50% de plus.

Cet écart s'explique en premier lieu par les niveaux d'activité. "L'emploi allemand est tiré par le rebond de l'économie depuis plusieurs trimestres", souligne Catherine Stephan, économiste à BNP Paribas. Le PIB allemand a progressé de 3,5% en 2010 et progressera à un niveau équivalent en 2011, avec une croissance de 2,7% déjà acquise à la mi-2011. La croissance française s'inscrit à des niveaux moindres : elle a progressé de 1,5% l'année dernière et présente un acquis de 1,6% à la mi-2011, selon les estimations révisées par l'Insee après les bons résultats du premier trimestre (+1%).

L'impact de la démographie ?

Le facteur démographique joue-t-il également sur l'état du marché du travail dans les deux pays ? En France, la population active croît sous la pression d'une démographie dynamique. Les réformes des retraites, en repoussant les âges de départ, accentueront tôt ou tard cette tendance haussière. En revanche, la population allemande a diminué en 2010. Cette décrue a atteint 1,3% au quatrième trimestre, en glissement annuel. "Aujourd'hui, je ne vois pas de répercussion de cette évolution sur le marché du travail, même s'il s'agit d'une préoccupation forte pour l'avenir", estime néanmoins Romain Sarron, économiste à Coe-Rexecode.

Choix de la flexibilité et de la modération salariale

Pour l'économiste, "l'Allemagne récolte les fruits des réformes menées dès les années 2000, avec les lois Hartz. Un consensus s'est créé dans le pays autour de l'idée de maintenir un nombre maximal de personnes dans l'emploi, rappelle-t-il, quitte à ce qu'il s'agisse d'emplois précaires. Le choix de la flexibilité et de la modération salariale a permis à l'Allemagne de préserver l'emploi pendant la crise au prix d'une forte réduction de la durée du travail."

"Aujourd'hui, l'activité - plus soutenue que prévu - se traduit par un retour des tensions sur les recrutements. Il y a à nouveau beaucoup d'emplois vacants et il devient plus difficile de proposer des emplois précaires. L'emploi durable est par ailleurs de retour", avance Romain Sarron. Pour Catherine Stephan, les besoins de main d'?uvre activent des "tensions croissantes et annoncent de nouvelles baisses du taux de chômage".

Avec une incertitude toutefois, depuis le 1er mai, les travailleurs tchèques, polonais, slovaques, slovènes, hongrois, estoniens, lituaniens et lettons sont libres de chercher du travail en Allemagne et en Autriche. "Ces entrées devraient relâcher les tensions sur le marché du travail, même si l'on ne sait pas encore quels types d'emplois seront concernés ni quelle ampleur aura le phénomène", souligne Catherine Stephan.

L'emploi bien orienté en France

De son côté, la France a enregistré en avril une baisse du nombre de demandeurs d'emplois pour le quatrième mois consécutif. Les indicateurs semblent bien orientés : "L'emploi a de nouveau progressé en mai dans le secteur manufacturier français, portant ainsi la période actuelle d'expansion à sept mois", a souligné l'institut d'études économiques Markit mercredi.

Le chômage français reste toutefois un chômage de masse (9,2%). Les salaires sont pris au piège de ce chômage élevé, qui joue en faveur des employeurs, même si l'indexation du Smic sur les prix et les négociations salariales évitent leur stagnation complète.

De plus, la situation française se distingue par un phénomène particulier, mis en lumière par l'Insee dès sa note de conjoncture de décembre : l'emploi s'est peu ajusté à la baisse de l'activité pendant la crise et a redémarré vite et tôt, dès 2010. "Soit il s'agit d'un effet structurel de tendance de production, qui posera à terme un problème de compétitivité, estime Mathieu Plane, économiste à l'OFCE, soit l'ajustement de l'emploi n'est pas encore terminé". En d'autres termes, les entreprises pourraient éventuellement être tentées de limiter les embauches pour regagner en productivité, d'autant que la hausse actuelle des prix de production rogne leurs marges.

 

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a écrit le 05/06/2011 à 15:49 :
Avec une population en décroissance, l'Allemagne a une baisse du chômage, c'est normal. La France avec une croissance exponentielle de la population de 500 000 nouveaux arrivants par an, ne peut espérer une baisse du chômage mais une aggravation comme les pays du printemps arabe avec probablement des troubles sociaux dans les banlieues et devra faire intervenir l'armée pour rétablir l'ordre, comme demandé par le maire de Sevran.
a écrit le 03/06/2011 à 13:05 :
Le chômage est une idéologie. Convenu à l'origine à 2 ou 3 % comme "frictionnel" ce taux a été porté par on ne sait quel mauvais miracle à 4 ou 5 % tout en considérant que 6 ou 7 % serait un "pic". Le pic est devenu une constante pour la France qui acceptait à nouveau un pic supérieur à 10 % devenu à son tour régulier. Dans d'autres pays des mesures sont prises pour financer les chômeurs comme victimes de la politique gouvernementale du pays afin de maintenir un frictionnel à 4 %, soit un partage de la charge en roulement sur tous les actifs. C'est un pis-aller qui n'a tout de même pas été adopté dans notre pays. On y fait peser les transformation nécessaires sur la variable d'ajustement qu'est devenu le travail de la pire manière. Pour augmenter la masse monétaire et la croissance factice, on livre au surplus sans vergogne le pays et ses travailleurs à une immigration sans limite, officielle ou pas. Le modèle économique de "la fin du chômage" largement possible doit être engagé sans tarder.
a écrit le 03/06/2011 à 5:21 :
Mais arrêtez donc de ne parler que de la France et l'Allemagne, c'est la zone euro qui compte. On s'en fout de la France et de l'Allemagne. Il y a 17 pays dans la zone euro, qu'on se le dise.
a écrit le 02/06/2011 à 17:27 :
Bien mieux que la France ? Comme dans la plupart des domaines. Autre exemple : le nucléaire.
Réponse de le 03/06/2011 à 13:07 :
L'Allemagne ne fait pas mieux que la France dans le PIB par habitant, ce qui est la mesure globale essentielle, dans ce domaine elle est derrière, même avec sa population en baisse rapide.
Réponse de le 03/06/2011 à 15:13 :
Mr Kipo , chiche pour appliquer lmes reformat dites Hartz en france. juste des semaines de greve , des manifs etc etc.. en france avoir un emploi precaire est considéré par les syndicats comme pire que le chomage, alors qu'en allemagne c'est un tremplin , une opportunité.
a écrit le 02/06/2011 à 15:29 :
Avec 22% d?emploi public, la France consacre aux fonctionnaires 12% de sa richesse (contre 7% du PIB en Allemagne). Premier handicap pour les français !
Il faut alléger les charges sociales (2ème handicap) qui pèsent sur les entreprises françaises (tous les produits importés ne supportent pas les charges ; Les entreprises étrangères sont donc privilégiées !). Si on additionne la fiscalité et les charges sociales, cela représente 17 % du PIB. Un record mondial puisque le taux français est de 6 à 7 % plus élevé que dans les pays comparables. Alors il est temps que les partis d?opposition redescendent sur terre.
Réponse de le 03/06/2011 à 13:11 :
Mauvais calcul. Les "charges sociales" ne sont que la participation des entreprises fortement sous évaluée au système de retraite par exemple. D'autres pays laissent cette ligne directement aux entreprises.... ce qui ne veut pas dire qu'elle n'existe pas!
Réponse de le 03/06/2011 à 14:42 :
Moi ma proposition c'est supprimer tous les fonctionnaires !! ces gens fainéants qui profitent des vacances et des RTT . alors que nous les contribuables , on leur paie
Réponse de le 04/06/2011 à 14:56 :
Difficile de faire plus simpliste, ludo31. Au moins, le relativisme ne doit pas trop t'encombrer l'esprit...
Réponse de le 05/06/2011 à 18:43 :
BEN AU MOINS LES ALLEMANDS ONT REDUIT LEUR FONCTIONNAIRE NON !
CE N'EST PAS TOUJOURS 0 LA CLASSE MOYENNE DE FAIRE TOUJOURS L'EFFORT
a écrit le 02/06/2011 à 11:51 :
Eux, au moins, ils travaillent pour le patriotisme et leur drapeau!!!!!
Leurs dirigeants passent leur temps au service de l'état!!!!!
Réponse de le 03/06/2011 à 13:14 :
Ah bon ? Le sytème français a bien des travers mais je préfère de loin nos dirigeants et leurs entreprises autrement plus performantes que les Allemandes.
a écrit le 02/06/2011 à 7:47 :
Le code du travail français révulse les employeurs. Quant à la CGT, elle participe à la casse de l'industrie et des transports (rail, ports).
a écrit le 02/06/2011 à 7:22 :
En fait l'article nous rappelle juste que : 1) en 2000 les fourmis allemandes se serraient déjà la ceinture quand les cigales françaises s'adonnaient à l'oisiveté grâce aux 35H. 2) Outre Rhin ils ont des syndicats qui font leur boulot pour s'accorder sur un consensus quand ici nos soit-disant défenseurs des travailleurs ne sont en fait que des marxistes réfractaires hostiles à tout progrès.
a écrit le 02/06/2011 à 7:02 :
Merci aux journalistes d'indiquer qu'il n'existe pas de salaire minimum en Allemagne, donc il est plus facile pour les entreprises allemandes d'embaucher car pour certains emplois à plein temps, les salaires sont dignes de la Roumanie ou Bulgarie. On voit ainsi ici beaucoup d'offres à 3.60 euros de l'heure, et c'est légal. Merci aux "journalistes" de comparer ce qui est comparable ou au moins d'indiquer les variables de différence.
Réponse de le 02/06/2011 à 8:29 :
Oui mais il vaut mieux des travailleurs payés 600 ?/mois, quitte à leur faire bénéficier de quelques allocations en complément, voire d'un logement social, plutôt que des Rmistes payés 400 ? à ne rien faire. 1- Le salarié à plus de chance de se réinsérer dans le monde du travail et pourra éventuellement obtenir à terme un meilleur poste avec un meilleur salaire. 2- Il participe à la croissance économique de son pays et ne peut en aucun cas être considéré comme un poids pour la société. L'assistanat à la française est une saloperie qui non seulement plombe l'économie du pays mais plonge aussi les personnes qui en bénéficient dans des situations inextricables. Franchement, comment peut-on imaginer qu'un patron d'entreprise puisse accorder de l'intérêt au cv d'une personne qui s'est retrouvé plusieurs années sans aucune activité ? Combien de temps faudra t-il encore aux français pour comprendre cela ? Le système social français tel qu'il est pensé est une machine à isoler les personnes en difficulté avec quasi aucun espoir de retour. C'est une honte !
Réponse de le 02/06/2011 à 9:06 :
Et les zones franches off shores créées il y a 5 ans en Tunisie avec les fonds européens publics, pour favoriser la delocalisation industrielle d'entreprises europeennes en Tunisie comme Lejaby, Arena ... Ces entreprises produisent maintenant en Tunisie (sans taxe) et réexportent leur production vers l'Europe. Merci à l'UE et aux technocrates d'organiser le démantelement industriel de l'Europe !
Réponse de le 02/06/2011 à 14:35 :
Idem avec la Chine...
Réponse de le 02/06/2011 à 18:00 :
@ Salaire minimum : C'est précisément parce qu'il n'y a pas de salaire minimum qu'il y a moins de chômage en Allemagne. Il y a des travaux qui, quoique fort utiles, ne produisent pas la contrepartie du salaire minimum français avec ses environ 40% de charges (agriculture, restauration, bâtiment, entretien de l'espace...) En Allemagne, on peut pourvoir le poste en le payant ce qu'il vaut. En France on en est réduit soit à employer au noir soit à ne pas employer, ce qui crée alors autant d'assistés aux frais des contribuables. C'est pourquoi le système français est si inefficace et crée aussi peu d'emplois. Il est ahurissant de voir l'ignorance des réalités de ceux qui vantent l'idée d'un salaire minimum le plus élevé possible.

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