La Tunisie juge Ben Ali, Mohammed VI lâche du lest au Maroc

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Un vent de démocratie, conséquence du printemps arabe, souffle sur la Tunisie et le Maroc. Alors que les Tunisiens jugent à partir de ce lundi leur ex-président Ben Ali et son épouse pour détournement de fonds, détention d'armes et de stupéfiants, le roi du Maroc Mohammed VI lance la campagne pour le référendum sur une révision de la Constitution, qui augmente les prérogatives du Premier ministre. Mais ces progrès démocratiques indéniables masquent des difficultés : Ben Ali, exilé en Arabie Saoudite, ne sera pas présent à son procès, et les concessions démocratiques de Mohammed VI paraissent insuffisantes au mouvement protestataire du "20 Février".

Pas à pas, la vague démocratique progresse au Maghreb, dont le paysage politique a été profondément bouleversé par les révolutions arabes. Cinq mois après la chute de Ben Ali, le 14 janvier dernier, la Tunisie s'apprête à lancer ce lundi un évènement que les journaux n'hésitent pas à qualifier d' "exceptionnel et historique" : le procès par contumace de l'ex-président Zine El Albidine Ben Ali, et de son épouse Leila Trabelsi.

L'ex-couple présidentiel est poursuivi pour détournement de fonds, détention d'armes et de stupéfiants, après la découverte de grosses sommes en argent, de drogues et d'armes, découverts dans deux palais. Il s'agit de la première d'une longue série d'actions en justice intentées contre l'ancien homme d'Etat. Le journal Tunis hebdo, qui qualifie Ben Ali de "tyran", se réjouit  : "pour la première fois de notre longue histoire, un président mû en dictateur prédateur et sanguinaire sera jugé pour une série d'affaires, entre autres, la haute trahison".

Au Maroc, l'influence de la révolution tunisienne continue à se faire sentir. Si Mohammed VI refuse toujours de lâcher son trône, il s'engage à accompagner la transition démocratique de son pays, devenue inévitable de l'aveu même du pouvoir. L'exécutif marocain reste sous la pression du mouvement du "20 Février", qui, tout en perdant de l'ampleur, incarne la volonté de changement inspirée par les révolutions arabes.

Vendredi dernier, le régime a ainsi fait un pas significatif : dans un discours à la nation, Mohammed VI a présenté les grandes lignes d'une réforme constitutionnelle qu'il entend soumettre à référendum le 1er juillet. La loi fondamentale en vigueur depuis 1962 devrait être révisée pour permettre notamment d'augmenter les pouvoirs du Premier ministre et de séparer l'exécutif et le judiciaire. Le Premier ministre devient ainsi "le chef du gouvernement" et a le pouvoir de dissoudre la chambre basse du Parlement, ce qui était jusqu'à présent réservé au roi

Pour la première fois, la constitution prévoit l'égalité "civile et sociale" entre l'homme et la femme, alors que seule l'égalité "politique" était mentionnée par l'actuelle constitution. Le roi fait également un signe à destination des minorités avec la reconnaissance du berbère comme langue officielle, aux côtés de l'arabe.

Des concessions insuffisantes

Alors que la campagne pour le référendum du 1er juillet débute ce lundi, Mohammed VI semble avoir réussi son pari : l'ensemble des partis politiques marocains officiels et la communauté internationale saluent des réformes perçues comme un engagement clair en faveur de la démocratie. Catherine Ashton, la haute représentante de l'Union européenne (UE) aux Affaires étrangères, se réjouit de "réformes de grandes portées" qui vont "dans le sens de la démocratie et du respect des droits de l'homme".

Mais les manifestations de grande ampleur dans plusieurs grandes villes marocaines, ce dimanche, montrent que ces projets sont perçus comme insuffisants par une partie de la population. A Casablanca, 10.000 personnes, principalement des jeunes, ont défilé dans les rues à l'appel du "Mouvement du 20 février". Ils estiment que les concessions du roi en faveur du Premier ministre ne sont pas de réelles avancées démocratiques, en raison des prérogatives politiques et religieuses que le souverain se préserve.

Le roi continue de présider le conseil des ministres, demeure le chef des armées et préside un "Conseil supérieur de sécurité". Il nomme également, sur proposition du Premier ministre, les grands fonctionnaires d'Etat tel que le directeur de la Banque centrale, les ambassadeurs et les gouverneurs provinciaux. De plus, le souverain reste l'autorité religieuse du pays en gardant son titre de Commandeur des croyants. Seule concession : sa personne n'est plus "sacrée" mais "inviolable" et "respectée"... Une nuance qui, pour les protestataires, ne change pas grand-chose.

Ben Ali absent de son procès

En Tunisie aussi, le chemin de la démocratie est parsemé d'embûches. Les élections d'une assemblée constituante, censées de dérouler le 24 juillet prochain, ont été repoussées au 23 octobre suite aux difficultés pour organiser le scrutin. Mais le consensus des partis politiques sur leur tenue le 23 octobre et le début du recrutement, par la commission électorale, du personnel chargé de la bonne tenue des élections, se présentent comme des signes positifs.

Plus dommageable est l'absence de Ben Ali à son procès. Exilé en Arabie Saoudite depuis sa chute le 14 janvier, l'ex-président nie les faits qui lui sont reprochés et entend défendre vigoureusement ses 23 années à la tête du pays. Dans un message publié par un de ses avocats, l'ex-président accuse les nouvelles autorités de le juger pour "détourner l'attention des difficultés actuelles" du pays.

Selon le ministère de la Justice, les peines encourues vont de cinq à vingt ans d'emprisonnement. Mais en l'absence de Ben Ali, une éventuelle condamnation serait surtout symbolique. Insuffisant, pour certains. Ce lundi matin, devant le tribunal, une cinquantaine de personnes scandait des slogans dénonçant une "mascarade" ou une "parodie de justice".

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Commentaires
a écrit le 21/06/2011 à 7:33 :
"refuse toujours de lâcher son trône" !!!!
qu'est ce que vous dites ??? il n a jamais été question que Mohamed 6 lâche son trône !!!!!
a écrit le 20/06/2011 à 18:10 :
si vous dite que ce mouvement fait l impression sur les marocain, je crois que vous n êtes pas marocain pour juger ça, et ce mouvement na rien avoir avec tous les marocains. et c est notre roi a fait se changement; car c est ça volonté et la volonté de tous les marocains. et nous, nous aimons notre roi et jamais il ne va lâché son trône car le peuple l aime et c est lui qui préserve notre patrie et si vous croyez que les partie politique vont faire du changement la vous avez tout tord par ce que le roi qui travail tout et eux ne veulent q une constitution qui leur facilite la tache pour bien encaisser l argent du peuple ok .la prochaine fois si vous juger une personne réfléchie deux fois avant d agir et croyez moi la liberté c est pas dire n importe quoi mais être discipline sans laisser les autres faire ça a votre place.merci et moi j aime mon roi et mon et le maroc
Réponse de le 21/06/2011 à 19:37 :
M6 CE MOQUE DES MAROCAINS AUX MAROC IL NY AURA PAS DE CHANGEMENT
Réponse de le 24/06/2011 à 12:33 :
IL FAUT SAVOIR LIRE ENTRE LES LIGNES MES CAMARADES !!!

Se manifester est juste, ne pas se manifester est aussi juste, ce sont deux pensées justes, c-a-d ?OUI? ou ?NON? pour un projet de changement (la constitution)
Le référendum est fait pour trancher à l?échelle d?un pays et relaxer un peuple, je dis bien dans UN PAYS avec tous SES REPRESENTANTS.

Ma question1 : Avez-vous calculé les risques, êtes-vous réalistes, êtes-vous conscients de choisir une autre position ??
Ma question2 : N?est-il pas juste d?entamer un changement partiel et avancer pas à pas, que de se lancer dans une aventure adolescente ?

N.B. rappelez-vous se qui s?était passé en Algérie, lorsqu?on a voulu brûler les étapes?une guerre pas encore finie !!!!

Please slowly and surly!!!

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