Comment la propagande chinoise contrôle Internet

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Avec près d'un demi-milliard d'internautes dont 300.000 blogueurs pour plus de 1,3 milliard d'habitants, la propagande des autorités chinoises peut-elle survivre à l'ère du Web ? Pour continuer à répandre la bonne parole rouge, le ministère de la Sécurité publique, organe de propagande du Parti, ne ménage pas ses efforts.

Peut-on museler les dissidents, orienter les opinions, empêcher la critique et la circulation des informations indésirables lorsqu'on vit à l'ère d'Internet ? Le Parti communiste chinois (PCC) est confronté à un défi de taille : développer sa propagande alors qu'il doit composer avec une population de 1,34 milliard de personnes, dont 500 millions d'internautes et 300 000 blogeurs.

Une police du Web, composée d'environ 40.000 personnes, contrôle en permanence les sites, médias ou blogs qui diffusent des informations jugées "néfastes", ou qui critiquent le gouvernement, et n'hésitent pas à les bloquer si besoin. Ainsi, plusieurs sites occidentaux au succès planétaires sont inaccessibles en Chine, comme Facebook, Youtube ou Twitter. "Les autorités chinoises ont une peur bleue d'Internet, car c'est un outil difficilement contrôlable. Du coup, plusieurs médias étrangers, comme RFI en France, la BBC ou des médias coréens, sont inaccessibles. Des sites d'ONG comme Reporters sans frontières ou des sites ou blogs d'indépendantistes tibétains sont carrément bloqués", explique Anne Soëtemondt, journaliste et auteur du livre "J'ai travaillé pour la propagande chinoise" (Editions du Moment, 2011).

Contrôle des réseaux sociaux

Si Facebook et Twitter sont inaccessibles, pas question de priver les Chinois de ces réseaux sociaux. A la place, les internautes se connectent à Renren et Weibo (les alternatives chinoises à Facebook et Twitter), qui ressemblent à s'y méprendre à leurs homologues occidentaux. Autre site de microbloging très populaire : Red Microblog. Tous sont activement contrôlés par le Parti.

Restent les forums de discussion. Depuis 2004, le PCC a embauché des milliers de "honkers", c'est-à-dire des internautes professionnels, payés 5 maos (50 centimes) par commentaire, dont la mission est de défendre et relayer le point de vue officiel. Ces "honkers" sont, pour la plupart, des étudiants rompus aux techniques du web, et membres du PCC.

Vocabulaire spécifique pour contourner la censure

Néanmoins, des parades existent. Beaucoup de Chinois, notamment des jeunes, trouvent des moyens pour avoir accès aux sites interdits. "Pour contourner les pare-feux instaurés par le régime, ceux qui savent utiliser l'informatique adoptent des logiciels pour comme Little Dragon pour accéder aux sites et blogs non autorisés. Jusqu'à ce que les autorités les repèrent, et il faut en changer", explique Anne Soëtemondt.

Le principe de la "vigilance tournante" (weiguan) tend aussi à se répandre. Le principe : tweeter un cas de violation des lois ou une information interdite en le transmettant immédiatement sur Weibo. Les "followers" font suivre le message comme une traînée de poudre.

Les internautes chinois ont également mis au point un vocabulaire spécifique pour contourner le système de censure par mots-clés : dès que certains mots apparaissent, par exemple des insultes, ils sont effacés par les autorités chinoises. Les jeunes ont donc développé un langage propre à Internet, souvent incompréhensible par leurs parents, pour partager leurs points de vue et opinions sur des sujets sensibles, comme la politique chinoise.

Concrètement, les internautes utilisent des mots en Anglais ou des homonymes en chinois pour remplacer les mots interdits. Par exemple, le mot "He Xie", qui signifie "harmonie", est censuré sur Internet, même sur les réseaux sociaux comme Renren (le facebook chinois), car ce mot fait référence à la politique du président chinois Hu Jin Tao, celle d'une "société harmonieuse" ("hexie shehui"). Ne pouvant plus utiliser les idéogrammes du mot "harmonie", les internautes utilisent alors un homonyme : le mot "crabe de rivière", qui se prononce également He Xie. Autre exemple, l'injure "cao ni ma" ("nique ta mère") est remplacée par le "cheval de l'herbe et de la boue" qui se prononce de la même manière. Ainsi, les forums chinois sont truffés d'animaux étranges ou autres termes hors contexte, ce qui peut dérouter l'utilisateur non averti.

Symboles de résistance

Dix de ces animaux ont été répertoriés par le moteur de recherche Baidu comme "les dix créatures mythiques de Baidu" en 2009. Au début, il s'agissait simplement d'un canular informatique apparu en réaction à la censure de plus en plus forte. En peu de temps, ils sont devenus de véritables symboles de résistance à la censure chinoise.

"Si quelqu'un veut vraiment s'informer et sait aller à la source de l'information, il la trouvera, même si c'est difficile", explique une étudiante française qui a vécu quatre ans en Chine. La censure est également plus facile à contourner pour ceux qui maîtrisent les langues étrangères comme l'anglais ou le français, et qui ont donc accès à des pages très difficiles à contrôler pour les autorités débordées. Les jeunes et la population la plus éduquée sont donc ceux pour lesquels le gouvernement a le plus de mal à limiter l'accès à l'information. Mais pour l'immense majorité des Chinois, Internet est, comme la presse, muselé.

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Commentaires
a écrit le 02/07/2011 à 7:34 :
Comme vous le dites, si on le veut on a acces a tout en Chine, et les antennes satellites, interdites qui ornent toutes les facades, permettent de tout capter, BBC y compris. Ceci etant dit, quand allez vous faire la meme analyse de la propagande americaine qui nous a modeles depuis 66 ans ??? Et croyez vous que le gouvernement francais ne controle pas le Web. Essayez d'y faire un pas de travers et vous verrez...
a écrit le 01/07/2011 à 18:31 :
Bien de nous expliquer comment le gouvernement chinois contrôle les médias. Pourrait-on avoir un rapport similaire sur le gouvernement français ???
Réponse de le 01/07/2011 à 19:36 :
Biensur que non, le gouvernement chinois lui-même donne ces informations, le notre par contre n'en donne aucune quant aux process de la DGSE
Réponse de le 02/07/2011 à 9:28 :
Vive le communisme!
Réponse de le 02/07/2011 à 12:47 :
@jean: mon commentaire ne vise pas à prôner l'un ou l'autre régime, mais à réveiller les gens qu'on enfume et manipule en leur disant que c'est mieux chez nous, alors qu'en fait c'est pareil !!!
Réponse de le 03/07/2011 à 5:59 :
@Patrickb,disons que chez nous, système hypocrite,mais je pense que chez eux ils ne se cache pas! ils affichent clairement la couleur! en ce qui me concerne ,si j'ai la choix entre certain pays ( les rouges) merci pour pour moi, je préfère U.S.A même si le système n'est pas parfait!!!!!!!!!!!!! mon choix!!!
Réponse de le 04/04/2013 à 15:43 :
Bien sûr qu'en France internet est contrôlé, mais il me semble que je ne risque pas la prison ou la mort si je tape démocratie, stress, bonheur, avenir ... Il ne faut pas exagérer nous sommes quand même bien plus en sécurité en France.

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