La perte du AAA anéantit les marges de manœuvre économiques d'Obama

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Actif de réserve, la dette fédérale devrait résister aux turbulences. Mais le coût économique de la dégradation pourrait être élevé, notamment pour les collectivités locales.

La décision est historique. Jamais, depuis la création de l'agence Standard & Poor's en 1941, les Etats-Unis n'avait perdu leur notation AAA, le précieux sésame qui assure à son détenteur les faveurs des investisseurs recherchant les placements les plus sûrs. Sans précédent, cette décision ne devrait pas provoquer dans l'immédiat de secousses sur les marchés obligataires américains, du moins sur celui de la dette publique fédérale. Mais la marge de man?uvre budgétaire dont disposent les Etats-Unis pour relancer la machine économique est quasi nulle. Une rechute aurait des conséquences dramatiques.

Un actif financier irremplaçable

La dégradation de AAA à AA+ n'est pas dramatique en soi pour la capacité de financement des États-Unis, même si la perspective "négative" qui y est associée par Standard & Poor's laisse entendre que de nouvelles dégradations sont possibles dans les deux prochaines années. En premier lieu, tant que les deux autres grandes agences de notation ? Moody's et Fitch ? n'auront pas abaissé leur notation AAA, la dette américaine restera considérée comme AAA dans toutes les opérations où elle est échangée ou sert de garantie. Contrairement au dollar, fragilisé à intervalles réguliers, les stratèges estiment en outre que le marché de la dette publique américaine est relativement à l'abri de fortes turbulences étant donné sa liquidité et sa profondeur, avec un encours de quelque 9.600 milliards de dollars de titres à la fin du premier trimestre 2011.

Par ailleurs, la structure de détention de cette dette devrait elle-même éviter tout mouvement exagéré. Les banques centrales conservent en effet près de 35% de l'encours comme actif de réserve, et la Fed détient à elle seule 1.340 milliards de dollars. La banque centrale chinoise dispose quant à elle de plus de 2.300 milliards de dollars de réserves, dont environ deux tiers en dette américaine selon les estimations. Même dégradée, les bons du Trésor américain continueront de jouer le rôle de valeur refuge et d'actif de réserve qui est le leur depuis plusieurs mois. La semaine dernière, le taux des obligations à 2 ans (qui varie en sens inverse des prix) a atteint un nouveau plus-bas historique de 0,25%.

Les Etats fédérés inquiètent

Ce sont les Etats et collectivités locales américains, déjà très fragilisés économiquement et budgétairement, qui pourraient payer le tribut le plus lourd à la suite de la décision de S&P. Le comté de Jefferson, dans l'Alabama, négocie toujours avec ses créditeurs pour éviter la faillite sur 3,1 milliards de dollars de dette, qui serait la plus grosse d'une collectivité locale dans l'histoire des Etats-Unis. Les cinquante Etats fédérés ont vu les contributions versées par Washington fondre et leurs déficits cumulés potentiels promettaient de s'élever à 86 milliards de dollars pour le nouvel exercice fiscal, entamé à la fin juin.

"Une de nos plus grandes craintes concerne l'impact d'une dégradation sur les "produits à primes" [ceux qui paient une prime par rapport au taux de l'Etat fédéral pour s'endetter, Ndlr], où la notation a son importance", écrivaient, peu avant la dégradation, les experts de Société Générale. "Ces derniers jours, nous avons constaté des sorties de capitaux sur la dette d'agences" [comme Freddie Mac et Fannie Mae, qui refinancent les prêts hypothécaires octroyés aux particuliers, Ndlr] et "le risque est qu'une dégradation conduise à des ventes forcées sur ces produits", soulignent-ils. Dans ces temps difficiles pour les collectivités, une envolée des taux d'intérêt concédés signifierait une faillite quasi assurée.

La Réserve fédérale devrait ?relancer la planche à billets

Confronté à un ralentissement inquiétant de l'économie et de la hausse des prix, le président de la Réserve fédérale (Fed), Ben Bernanke, avait décidé le 10 août 2010 de reprendre ses achats d'obligations d'Etat américaines pour lutter contre la déflation en faisant marcher la planche à billets. Après quelque 852 milliards de dollars d'achats d'obligations d'Etat, le programme a été finalisé fin juin, mais il pourrait ressurgir très vite pour calmer les investisseurs et tenter de faire repartir les marchés de l'immobilier et de l'emploi américains, toujours en grande difficulté. Contrairement à la fin de 2011, quand avait été adopté un nouveau plan de réductions d'impôts pour doper l'économie, les Etats-Unis sont désormais rattrapés par les craintes sur la solidité des dettes souveraines.

Inférieurs aux 4.000 milliards d'économies sur dix ans que Standard & Poor's préconisait, les 2.400 milliards d'économies prévus par le compromis budgétaire voté en début de semaine suppriment en effet quasiment toute marge de man?uvre budgétaire à Barack Obama. "Le seul levier actionnable par les Etats-Unis est de continuer le rachat d'emprunts d'Etat pour maintenir les taux à un bas niveau", résume Alexandre Baradez, analyste marchés chez Saxo Banque. Dans le contexte actuel, la Fed ne peut pas se permettre de ne rien faire, mais la relance de ses achats d'actifs ne l'enchante guère. Très critiquée l'an dernier, la décision de la Fed faisait craindre une chute du dollar et un bond de l'inflation. Surtout, son efficacité a posteriori est sujette à caution. "Un "QE3" aura peu d'impact sur l'économie réelle et les marchés financiers", souligne ainsi Christian Parisot, responsable de la recherche économique chez Aurel BGC. "Mais la Fed peut-elle rester insensible à un "krach" du Dow Jones ?"

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a écrit le 09/08/2011 à 11:57 :
l'amérique méritait cette claque et encore une gentille petite claque attendons la prochaine baisse il ne sera plus aussi arrogante
a écrit le 09/08/2011 à 11:16 :
L?aigle américain a du plomb dans l?aile. L?arrogance d?Obama et de l?Administration américaine est remise en place par une agence de notation américaine et par la Chine. Il n?y a pas de raison parce que c?est l?Amérique que le triple A soit maintenu car sa baisse est bien le reflet de la réalité de l?économie américaine à commencer par le chômage dont les chiffres sont trafiqués. Non seulement ce continent veut mettre les pays du monde à genou et par-dessus le marché on veut l?encenser comme Baroin le fait actuellement en clamant sa foi dans l?économie américaine. C?est du masochisme et de l?hypocrisie. Si l?Europe doit faire des efforts alors l?Amérique doit aussi montrer l?exemple. La décision de l?agence de notation quoiqu?on puisse penser de cette officine met juste les pendules à l?heure. C?est un juste retour de bâton mérité.
a écrit le 08/08/2011 à 5:16 :
Moi je vous dits ce sont ces fameuses agences de noations qu'il faut chasser et supprimer . Vous imaginez et j'en suis sur que c'est le cas si d'autre grande institution ou grande banque font des combines avec eux et se positionnent à l'avance avant l'ouverture du marché et la diffusion de la nouvelle pour avoir bcp de gains !! on vit dans un monde bizarre qui ne suit plus la réalité
Réponse de le 08/08/2011 à 10:05 :
Oui! cassez les thermomètres pour ne pas voir le réchauffement climatique!
a écrit le 07/08/2011 à 20:50 :
Il faut se souvenir que les agences de notation américaines dont Standard & Poor's notaient de leur fameux triple AAA les produits financiers structurés dits Subprimes (emprunts plus risqués pour le prêteur) autrement dits des produits financiers qui n?étaient qu?un tas de merde. Les investisseurs internationaux comme de moutons, animal à l?intelligence très limité, achetaient à tours de bras sans se poser aucune question quant à savoir de la qualité des emprunteurs et de leur solvabilité, c?était noté triple AAA et cela suffisait. Leur analyse n?est en général qu?un constant reposant sur de multitudes d?hypothèses souvent subjectives avec beaucoup de si et de si ? Leur analyse n?intègre jamais une quelconque anticipation, peut-être ont-ils une boule de Crystal pour deviner l?avenir. Et ils prétendent être des financiers compétents ! Ils pensent gommer leur nullité et leurs erreurs passées en se vengeant sur les notes des états comme des enfants de maternel !! Ont-ils dégradé la note de la Grèce avant qu?elles n?empruntent près de 350 milliards d?euros ?
Réponse de le 08/08/2011 à 12:10 :
Je vous cite texto :
"Ont-ils dégradé la note de la Grèce avant qu?elles n?empruntent près de 350 milliards d?euros ?" Tout d'abord la Grêce a reçu une aide supplémentaire du FESF (fond Europeen de Stabilité Financière) de 110 milliards d'euros qui succèdent au 1er plan de sauvetage du printemps 2010 (plan d?urgence de 110 milliards d?euros)
Entre ces 2 plans et même avant le 1er plan de sauvetage la Grèce à vu sa notation dégradée à de multiples reprises par les agences de notation.
Ainsi lorsque la Grèce a été dégradé à ?CCC? le rendement de ses obligations à 10 ans approchait les 20%, car une autre dégradation en l'absence d'un plan de sauvetage plus viable était dans le pipeline.
Petite rappel qui a son importance : n?oubliez pas que le cours d?une obligation varie en sens inverse de l'évolution de son rendement (intêrets à verser au créancier) c'est même ce ce dernier qui fait évoluer le cour d'une obligation (publique ou privée).

Lorsque Moody?s a dégradé tout dernièrement la note de la Grèce à ?Ca?, ce qui constitue le dernier cran avant le défaut de paiement?
Bref renseignez vous à minima avant de balancer des contre vérités flagrantes.
Pour ultime rappel, c'est grâce à certains autres montages financiers (avec l?appui de banques conseils telles que Goldman Sachs), que la Grèce a depuis le début des années 2000 tromper ses partenaires européens en ne respectant pas le pacte de stabilité et en mentant effrontément aux prêteurs qui achetaient de la dette grecque qui bénéficiait à l'époque d'une notation bien plus enviée.

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