Les États européens cherchent une sortie au nucléaire

Après l'Allemagne, la Suisse et l'Italie, le projet belge d'arrêt de ses réacteurs relance le débat sur l'avenir de l'atome. Les producteurs, GDF Suez en tête, se préparent au bras de fer. Mais les alternatives à court terme restent à trouver.
La Tribune Infographie
La Tribune Infographie

L'onde de choc de la catastrophe nucléaire de Fukushima, en mars dernier, n'en finit pas de se propager. Après l'Allemagne, la Belgique annonce une sortie du nucléaire. Le calendrier précis de fermeture des deux centrales du pays, l'une en Flandre, l'autre en Wallonie, n'est pas encore fixé. Mais le pays projette d'arrêter trois de ses sept réacteurs d'ici à 2015, et les autres d'ici à 2025. Un horizon bien plus proche que ceux envisagés au printemps dernier par la Suisse (2034) ou même l'Allemagne, en 2022. Les Italiens avaient, eux, exclu un retour au nucléaire par référendum à la mi-juin.

La réaction d'Electrabel, filiale belge de GDF Suez et seul opérateur nucléaire du pays, ne s'est pas faite attendre. Les dirigeants ont indiqué « préparer la mise à l'arrêt dès 2015 des unités concernées ». Mais ont agité le spectre d'une « augmentation des importations d'électricité (...) et donc une dépendance accrue vis-à-vis des pays voisins, un impact négatif sur le bilan CO2 du pays, puisque les unités nucléaires mises à l'arrêt seront remplacées par des centrales thermiques et une hausse plus que probable des prix de l'électricité ». Ils ne se sont pas privés non plus de rappeler qu'après avoir investi 500 millions d'euros dans les trois réacteurs les plus anciens au cours des cinq dernières années, il leur appartenait encore de décider d'y affecter ou non 1 milliard d'euros supplémentaire...

Au-delà du ton volontairement menaçant de ces propos, l'annonce belge pose la question des conditions de sortie du nucléaire. La décision de Bruxelles a été prise le week-end dernier dans un contexte particulier : celui de la formation d'un nouveau gouvernement, sous la houlette du Premier ministre socialiste Elio Di Rupo, le premier depuis la chute du précédent en... avril 2010. Surtout, l'enjeu va consister à trouver des alternatives crédibles à l'atome, dans un pays qui est le deuxième plus gros consommateur d'énergie nucléaire par rapport à son mix énergétique (55 %) en Europe de l'Ouest. Loin devant l'Allemagne et ses quelque 25 % d'électricité issus du nucléaire...

Or, tout reste à faire. Une fois entré en fonction, le nouveau gouvernement aura six mois pour proposer un plan de remplacement des centrales par de nouvelles énergies, notamment l'éolien. Ce n'est qu'ensuite que sera fixée la date effective de fermeture des premiers réacteurs. Comparées aux 5,7 gigawatts (GW) des centrales en fonctionnement, les centrales belges au gaz et au charbon ont une puissance de 5 GW, et l'éolien représentait une capacité de production de 911 mégawatts en 2010. L'objectif affiché du gouvernement est d'atteindre près de 6,3 GW d'énergie éolienne à l'horizon 2020, dont 2,8 GW en mer du Nord. Mais le débat fait rage entre les partisans de cette solution, et ceux qui, faute de capacités rapidement utilisables, redoutent une pénurie d'électricité dans les prochaines années.

Investissements et taxe

Car le débat n'est pas nouveau. En 1986 déjà, après la catastrophe de Tchernobyl, les pays gros producteurs d'énergie nucléaire après la France (Belgique, Allemagne, Suède notamment) avaient tenté de renoncer à l'atome. La loi belge prévoyait d'ailleurs l'arrêt progressif des réacteurs entre 2015 et 2025 depuis... 2003. Mais à l'automne 2009, faute de solutions, Bruxelles s'était engagé à prolonger de dix ans les trois plus vieux réacteurs, en échange de quelque 250 millions d'euros par an de taxe sur la « rente nucléaire » des exploitants, GDF Suez en tête. L'accord semble aujourd'hui caduque. Il laisse cependant augurer d'un bras de fer entre les deux parties. Selon les informations de nos confrères du quotidien « L'Echo », le rapport de conclusion des « stress tests » d'Electrabel, passés par le groupe comme par l'ensemble du secteur, « recommande des investissements importants à réaliser principalement sur les trois premiers réacteurs pour renforcer leur résistance aux différentes possibilités de risques, mais aussi leur fonctionnement ». « La question est de savoir maintenant si le montant de ces investissements en vaudra la peine au regard des décisions sur le prolongement ou non de la durée d'exploitation [des centrales] » souligne « L'Echo ». Un argument de négociation supplémentaire pour l'industriel, déjà en froid avec l'État belge qui veut augmenter la taxe sur « la rente nucléaire ».

 

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaires 24
à écrit le 02/11/2011 à 17:59
Signaler
@le philanthrope Informez-vous avant de vous prononcer, la France est loin d'être seule: la Grande Bretagne vient d'annoncer sa décision de relancer le nucléaire (pourtant ils sont aussi les champions de l'éolien offshore), tout comme la Suède, la P...

le 03/11/2011 à 1:07
Signaler
Objectivement il n'y pas d'emballement sur le nucléaire car il est comparativement aux énergies renouvelables par exemple, de plus en plus cher. Le croisement s'est effectué pour le solaire par exemple en 2010 selon les études de plusieurs université...

le 03/11/2011 à 8:15
Signaler
Le problème fondamental est celui de la surpopulation de la Terre. Si nous étions restés à 3 milliards d'habitants comme en 1960, il n'y aurait aucun souci énergétique ni environnemental. Le système capitaliste encourage tout le monde à se multiplie...

à écrit le 02/11/2011 à 16:58
Signaler
Pourquoi fait-on l'impasse sur le nucléaire "propre" avec le thorium au lieu de l'uranium ? voir à ce sujet le magazine Sciences et Vie du mois de novembre, il vient de sortir...

le 03/11/2011 à 1:10
Signaler
La filière thorium ne peut pas se développer seule. Pour plus d'infos voir un très bon article sur le sujet : http://leblogalupus.com/2011/04/02/nucleairefiliere-thorium-quelques-avantages-et-inconvenients-?-le-cas-francais-par-olivia/

à écrit le 02/11/2011 à 16:34
Signaler
Il n'est pas possible de tenir un double language. A l'heure où tout le monde recherche de nouvelles méthodes de travail pour un avenir possible de l'Europe. Nous ne pouvons pas imaginer faire cavalier seul. Les fondamentaux de l'europe d'après guerr...

le 03/11/2011 à 9:55
Signaler
La seule énergie nouvelle valable est celle que l'on n'utilise pas en réduisant la population avec seulement 2 enfants en moyenne, par femme. Comme disait Christophe Colomb, "c'est simple, il suffisait d'y penser !"

à écrit le 02/11/2011 à 14:41
Signaler
Le nucléaire est une énergie mortifère. Plus vite nous en sortirons et moins les radionucléaires ne tuerons les gens à petits feux radioactifs. FL/ing. en génie énergétique

à écrit le 02/11/2011 à 13:20
Signaler
L?Europe va revenir à la bougie à cette allure. Le prix du pétrole va exploser si l'on peut dire. Beaucoup de foyer ont 2 véhicules voire 3. On va rigoler surtout qu'en France les transports en commun en sont encore à l'âge de pierre par rapport à de...

le 03/11/2011 à 1:22
Signaler
Non non au contraire c'est un très bon moment d'innovations que de changer ses habitudes, qui ont été mauvaises car l'énergie a été gaspillée et même si la nouveauté c'est difficile ! C'était le siècle de la gabegie énergétique, désormais on découvre...

à écrit le 02/11/2011 à 12:44
Signaler
je savais que l on etait deja pas mal atteind dans la connerie en france sur l irrealisme de l energie style arretons le nucleaire mais l on ne cherche pas a se projeter dans par quoi et surtout en egale qantité.mais si les autres font encore pire l...

à écrit le 02/11/2011 à 12:20
Signaler
Les Allemands eux non plus n'ont pas l'infrastructure nécessaire pour l'électricité de leurs propres éoliennes. En 2005, ils ont décidé de construire 850km de lignes très haute tension et n'ont pu en faire que 90 car la population les refuse. Aux der...

à écrit le 02/11/2011 à 12:00
Signaler
Ce qui est édifiant mais qui révèle bien l'état d'esprit et la faiblesse intellectuelle des hommes politiques, ce sont ces décisions dictée par la démagogie pour être en accord avec une minorité de soit-disant bien pensant écologiste plus réfractaire...

le 03/11/2011 à 1:35
Signaler
Pour l'Allemagne et la Suisse entre autres, dont je connais bien la situation, cà a été un long processus notamment scientifique mais aussi public et on ne peut donc le résumer à une décision politique subite mais la conséquence de travaux. Les scien...

à écrit le 02/11/2011 à 11:48
Signaler
Combien d'entre vous vivent à proximité d'une centrale nucléaire ?

le 02/11/2011 à 17:43
Signaler
moi et sans angoisse...

à écrit le 02/11/2011 à 11:08
Signaler
Les infrastructures de transport ne permettent pas cette opportunité

à écrit le 02/11/2011 à 11:03
Signaler
Chouette enfin la France pourra imposer à l'europe ses règles !! vous nous payez à tel prix sinon pas d?électricité et si vous ne nous payez pas à telle date on le coupe !! vive la France du nucléaire développons encore plus de centrale

à écrit le 02/11/2011 à 10:28
Signaler
D'une certaine manière, arrêter le nucléaire c'est renoncer à une source d'énergie propre et économique et mettre en péril la sécurité énergétique Européenne. Quand on voit que les allemands on réouvert leurs usines à charbon, je ne sais pas si l'aba...

à écrit le 02/11/2011 à 10:20
Signaler
Chouette les gars la France va devenir le premier fournisseur d'électricité en Europe, ça va permettre de remonter la balance commerciale et infléchir, celle des pays avec leurs centrales au charbon bien polluantes, qui permettent de faire venir ce c...

à écrit le 02/11/2011 à 10:19
Signaler
Pour installer 5.5 GW d'eolien terrestre en Belgique, avec une moyenne optimiste de 2.5 MW par eolienne, il faudra installer 2,200 eoliennes, soit une tous les 15 km2 en moyenne. Sachant que l'implantation d'eoliennes est impossible dans de tres nomb...

à écrit le 02/11/2011 à 9:23
Signaler
Si l'Europe veut sortir du nucléaire, il lui faut très vite organiser un nouvel outil productif, sinon nous allons vers un chaos à la grecque, version énergétique...

à écrit le 02/11/2011 à 9:02
Signaler
Et si la seule solution était de continuer à rendre le nucléaire de plus en plus sûr. Et si la solution était d'analyser les choses à froid, et pas sous la pression de groupuscules activistes.

à écrit le 02/11/2011 à 5:36
Signaler
Ah bon "les pays européens cherchent une sortie"? Vraiment? Certes les Allemands, les Espagnols et les Italiens la cherchent depuis vingt ans déjà, ils vont bien finir par trouver. Mais la Grande Bretagne vient d'annoncer le contraire, tout comme la ...

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.