Au Zimbabwe, "l'indigénisation" de l'économie inquiète les investisseurs

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Rober Mugabe, président du Zimbabwe Copyright Reuters
Rober Mugabe, président du Zimbabwe Copyright Reuters
Le Zimbabwe a pris le risque de faire peur aux investisseurs étrangers, en contraignant cette semaine le numéro deux mondial du platine Impala Platinum à promettre de céder la majorité de ses activités locales à des intérêts noirs nationaux, estiment les analystes.

Conformément à la loi dite "d'indigénisation", les autorités ont obligé le holding sud-africain à accepter un plan qui verra le transfert de 51% des parts de sa filiale Zimplats à trois bénéficiaires: ses salariés zimbabwéens (10%), une fondation représentant la population proche de la mine (10%), et au "fonds gouvernemental d'indigénisation" (31%). Impala Platinum est ainsi la première grosse entreprise minière à se plier à la loi sur l'indigénisation de l'économie, sous-entendu le transfert des richesses à des intérêts locaux noirs.

Douze ans après l'expropriation controversée des fermiers blancs, cette politique est présentée comme un acte de décolonisation économique par le camp du vieux président Robert Mugabe, 88 ans. "C'est un signal négatif pour des investisseurs potentiels", a commenté auprès de l'AFP Anthony Hawks, de l'université du Zimbabwe, en soulignant que le holding est le premier investisseur étranger, ce qui crée un précédent. Les compagnies minières, mais aussi des banques, des entreprises comme Nestlé ou American Tobacco sont en principe concernées, de même que les sociétés d'assurance comme Old Mutual. "Cela va peser très négativement sur le pays en terme d'incitation des investisseurs à créer des emplois", a aussi jugé l'économiste John Robertson, basé à Harare.

Il y aura, en théorie, une indemnisation à la clé, le ministre des Finances Tendai Biti l'a assuré. Mais l'état des finances zimbabwéennes peut laisser planer le doute sur la capacité du pays à payer. M. Biti lui-même, qui appartient au camp du Premier ministre Morgan Tsvangirai, engagé dans une cohabitation forcée et tumultueuse avec le président Mugabe, n'est pas favorable à cette politique.

Les caisses du pays sont vides

Le ministre redoute l'effet délétère sur les investisseurs, au moment où le pays, qui a adopté le dollars US, s'efforce de reconstruire son économie, ruinée par une décennie de crise politique, économique et d'hyper-inflation. "Nous avons perdu la capacité à attirer des investisseurs", a renchéri un autre analyste Erich Bloch. "Cette politique d'indigénisation mal avisée nuit à l'économie: quel investisseur voudrait investir dans un pays où on lui prend la moitié de son investissement et qui n'aurait plus son mot à dire sur la gestion?" Selon lui, malgré les assurances du gouvernement, beaucoup des entreprises étrangères qui vont devoir subir le sort de Zimplats "ne seront pas payées ou si elles le sont, ce sera dans tellement d'années".

Les caisses du pays sont vides, et les besoins pour la remise à niveau du secteur énergétique, du réseau routier et le rééquipement de l'industrie moribonde se chiffrent en milliards de dollars. A ce stade, le détail de la transaction agréée par Impala Platinum et le montant de sa compensation n'ont pas été dévoilés. Le président du bureau de l'indigénisation, David Chapfika, a indiqué à l'AFP que des discussions étaient en cours pour déterminer la valeur des actions des différentes sociétés.

Le quotidien économique sud-africain Business Day évoque le chiffre de 500 millions de dollars, citant un analyste qui souligne que ce serait bien peu de choses comparé à la valeur du gisement. Aux yeux d'Erich Bloch, cette politique d'indigénisation "est une manoeuvre politique pour gagner des voix" alors que M. Mugabe, au pouvoir depuis 1980, entend briguer encore un nouveau mandat lors des élections prévues cette année ou au plus tard début 2013.

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Commentaires
a écrit le 18/03/2012 à 22:28 :
Imaginez "l'indignation" des bien pensants si dans ce texte, le mot noirs était remplacé par blancs.
a écrit le 18/03/2012 à 12:55 :
techniquement, les investisseurs pourraient trouver une compensation en terme d exoneration fiscale sur certaines contributions, exiger le management des societes cibles par MUGABE, ... un systeme similaire a fonctionne en lybie, en chine pdt longtemps, sans heurts
a écrit le 18/03/2012 à 10:37 :
Si seulement tous les africains avaient ce courage...
a écrit le 17/03/2012 à 9:15 :
On pourrait leur donner Mélenchon, ça les aiderait et il serait heureux.

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