Russie : le "grand bond en avant" économique de Poutine est-il condamné à l'échec ?

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Vladimir Poutine - Copyright AFP
Vladimir Poutine - Copyright AFP (Crédits : AFP)
Vladimir Poutine a fixé pour son retour au Kremlin des objectifs plus qu'ambitieux pour propulser la Russie aux premières places de l'économie mondiale, mais la possibilité de ce "grand bond" en avant suscite des doutes malgré des perspectives plutôt favorables à court terme.

Le grand plan de Vlamidir Poutine pour moderniser la Russie est-il trop ambitieux, pas assez réaliste ? Une semaine et demie après son retour officiel aux manettes, le président russe essuie déjà des critiques sur son vaste plan de modernisation de l'économie. Le 7 mai, quelques heures après avoir repris les fonctions de président, abandonnées quatre ans pour le poste de Premier ministre pour des raisons constitutionnelles, Vladimir Poutine a signé un décret sur la politique économique du pays. Ce décret prévoit de créer et moderniser 25 millions d'emplois à haute productivité d'ici 2020, d'accroître les investissements pour qu'ils atteignent au moins 25% du PIB d'ici 2015, et d'accroître la productivité du travail de 150%. Il ambitionne également de faire remonter la Russie de la 120ème à la 20ème position dans l'indice du climat des affaires de la Banque mondiale, et enfin d'accroître l'espérance de vie de 70 à 74 ans d'ici 2018.

Un projet à l'encontre des lois du développement économique

Mais ce programme, très ambitieux, suscite déjà des critiques. "Ces objectifs rappellent le Grand bond en avant de la Chine", lancé par Mao Zedong à la fin des années 1950, a relevé dans un rapport l'Institut de Développement de l'Ecole supérieure d'économie de Moscou. "Certains de ces objectifs, qui dans les conditions russes ne peuvent être atteint que dans les 10-15 prochaines années, doivent être réalisés en six ans, contre les lois de la nature et du développement économique", a jugé la directrice de l'Institut, Natalia Akindinova. L'agence russe des Statistiques Rosstat estime ainsi que l'objectif en termes d'espérance de vie ne pourra être atteint qu'en 2023, dans le meilleur des cas. Concernant l'indice du climat des affaires, "il n'y a pas d'exemple dans l'histoire de ce classement de pays important ayant fait un tel bond", a souligné NataliaAkindinova.

La Russie observe avec hauteur la crise qui submerge les Etats endettés de la zone euro, soutenue par une croissance solide de 4,9% au premier trimestre. Sur l'ensemble de l'année, elle table sur un léger déficit budgétaire, de 0,3% du produit intérieur brut (PIB). "Les chiffres du PIB au premier trimestre, meilleurs que prévu, montrent que la Russie, jusqu'à présent, reste relativement protégée de la crise en Europe", a souligné Chris Weafer, stratégiste de la banque d'investissement moscovite Troïka Dialog.

La Russie est loin d'être un pays moderne

Mais Vladimir Poutine est aussi bien conscient qu'une crise majeure en zone euro affecterait sévèrement les exportateurs russes et limiterait les recettes en pétrodollars. Une perspective dangereuse pour son pouvoir alors qu'il fait face à une vague de contestation dans la rue. Cette semaine, le chef de la Banque centrale russe, Sergueï Ignatiev, s'est cependant dit optimiste pour son pays. "Nous sommes mieux préparés pour une prochaine crise économique qu'en 2008. Nous avons l'expérience, les instruments, que nous pouvons utiliser à n'importe quel moment", a-t-il déclaré devant le Parlement russe.

Le vice-Premier ministre russe Igor Chouvalov, en charge de l'économie dans le gouvernement sortant, a toutefois reconnu cette semaine que douze ans après l'arrivée de Vladimir Poutine au pouvoir, et vingt ans après la chute du régime soviétique, "on ne peut pas dire aujourd'hui que la Russie est un pays moderne". "Nous avons un gros programme de mesures sociales, il manque une industrie innovante de grande ampleur, nos institutions sont sous-développées et notre système judiciaire doit pratiquement être recréé", a-t-il dit dans une interview au journal Vedomosti. "Il faut mettre l'économie et la sphère sociale aux standards modernes. Ce n'est pas un slogan rebattu, mais la réalisation des plans de modernisation", a-t-il souligné.

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Commentaires
a écrit le 19/05/2012 à 8:23 :
Si Poutine a de l'ambition pour son pays pourquoi pas? que du négatif au sujet de cet homme, les Russes n'ont pas oublie les années 90.
a écrit le 18/05/2012 à 18:25 :
La Russie est bien sûr à l'abri des crises qui vont s'abattre sur l'Occident !!! Cette chanson-là, nous l'avons déjà entendu même en France : la crise ne traversera pas l'Atlantique... Ca ne coûte pas cher de prendre ses désirs pour des réalités. Et pour contenter le peuple, on peut toujours lui dire que demain on rasera gratis...
a écrit le 18/05/2012 à 17:01 :
Natalia Akindinova est sans doute membre de l?opposition pour faire de telles déclarations, car il est évident qu?elle oublie que la Russie possède des ressources naturelles pour lui permettre de financer ce grand bond. Augmenter la productivité est relativement facile. Il suffira de réduire 1) le nombre de fêtes et 2) le nombre de jours accordés pour lesdites fêtes (par exemple le 9 mai ? 8 mai chez nous ? c?est carrément une semaine de congés). La gageure sera plutôt le changement de mentalité parce qu?évidemment, comme chez nous, tout le monde veut un salaire de ministre de l?UMP sans rien faire :-)
Réponse de le 17/12/2014 à 20:50 :
la Russie n'a jamais su exploiter ses immenses ressources naturelles. Poutine lui-même avait signé en 2007 un contrat autorisant la Chine à exploiter les ressources minières de la Sibérie, hors diamant et or, car Moscou est trop loin de la Sibérie.
Comment fait-elle pour exploiter ce qu'elle n'a jamais pu faire depuis des siècles?
a écrit le 18/05/2012 à 15:54 :
Concernant l'espérance de vie c'est un pari gagné d'avance le régime socialiste totalitaire dont il faisait partie a tué par maltraitance des millions de Russes. La Russie deviendra sans conteste un poids lourds de l'économie mondiale quelque soit le climat imposé par les gangs violents car elle dispose de l'intelligence, des ressources et des bases de la croissance : tout y est à faire dans un immense pays. Poutine l'a bien compris et fixe des objectifs qui seront dépassés ... si on le laisse faire.

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