Quelle Russie veut Vladimir Poutine ?

De retour au Kremlin pour un mandat de six ans, Vladimir Poutine a le choix entre deux stratégies: ne rien changer, assurer la stabilité du pouvoir, c'est à dire des clans qui le soutiennent... Ou prendre le risque d'engager le pays sur la voie des réformes, au risque de déstabiliser la "Poutinie".

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Les mots "sacrés" ont été prononcés dimanche 4 mars, lorsque Vladimir Poutine, tout juste assuré de son élection, s'est exprimé sur la place Rouge pour célébrer sa victoire: "patrie, grande Russie, stabilité....". Une vision de la conduite de la Russie que Vladimir Poutine tente d'imposer au pays depuis plus d'une dizaine d'années. Mais au delà de ces phrases de circonstances, est-ce le chemin dans lequel il entend poursuivre sa tâche ? Rien n'est moins sur. Vladimir Poutine a le choix entre deux stratégies. La première est de nier l'importance du mouvement d'opposition qui s'est déclaré depuis plusieurs mois, de faire de la "stabilité" le maître-mot de sa politique, de consolider le pouvoir et  la richesse des clans qui l'accompagnent depuis le temps où il officiait à la mairie de Saint-Pétersbourg, de continuer à ne compter que sur les recettes liées aux exportations énergétiques pour financer les énormes besoins en infrastructures du pays et le renouvellement des gisements de gaz et de pétrole dans la zone arctique et en Sibérie orientale. Il serait ainsi dans la lignée de ses précédents mandats de Président ou de Premier ministre. 

Préparer une sortie par le haut

La seconde voie consisterait à tenir compte de ce qui s'est exprimé dans les rues de Moscou en décembre et janvier, d'intégrer davantage la société civile dans les organes de pouvoir, d'engager des réformes économiques visant à casser les monopoles, réintroduire de la concurrence, favoriser l'investissement privé dans les technologies du futur et en finir avec la corruption, qui a pris ces dernières années des proportions alarmantes. Pour mettre en oeuvre cette politique, Vladimir Poutine sait qu'il devra déplaire à certains de ses soutiens les plus fidèles: oligarques d'Etat qui se sont constitués de vastes empires aux marges du secteur public, le complexe militaro-industriel qui engloutit chaque année des budgets de plus en plus importants sans que la qualité des armements nouveaux soit au rendez-vous, les grands patrons des organes de force qui ont eu tendance à répliquer un modèle contestable de "verticale du pouvoir". Ces groupes d'intérêt n'ont aucune raison de pousser à l'ouverture de la Russie. Vladimir Poutine a-t-il les moyens et surtout la volonté de s'engager dans une telle stratégie ? Il est fort possible qu'il n'en ait guère le choix. Grandir la Russie, comme il le clame sans arrêt, ne peut plus passer par son isolement, comme le montre l'impasse dans laquelle se trouve Moscou concernant la Syrie. Faire de la Russie un pays majeur sur la scène internationale, ne peut pas consister à invoquer régulièrement la "menace étrangère". Cela implique une économie forte, diversifiée, efficace, une maîtrise des technolofgies de demain, un tissu industriel laissant toute sa place aux entreprises innovantes, un secteur financier réformé qui joue pleinement son rôle de financeur du développement économique à moyen terme.

Laisser resprier et vivre la société russe

Il est faux de dire que Vladimir Poutine ne voit pas l'importance de ces enjeux. Durant ses mandats précédents, il a résisté à ceux qui voulaient mettre les oligarques du secteur privé en coupe réglée, il a protégé son ministre des finances, Alexei Kudrin lorsque ce dernier a voulu préserver dans des fonds stratégiques, une partie des revenus pétroliers, il a confié à l'un des grands gestionnaires de la Russie, Anatoly Tchubaïs, la maitrise d'oeuvre du projet de fonds d'investissement sur les nano-technologies, qui prend doucement son envol. Certes, ces efforts ne sont rien au regard de ce que la Russie aurait dû faire, compte tenu de l'évolution de l'économie mondiale, mais au moins, ils ont constitué un début de changement de direction. Il est fort possible que la longévité de Vladimir Poutine au Kremlin, dépende assez diectement de sa capacité à modifier en profondeur la nature de son pouvoir, afin de laisser respirer, croître, vivre une société russe qui veut gommer à tout jamais le souvenir des régimes autoritaires sous lesquels elle a tant souffert et perdu de sa puissance économique et intellectuelle. 

Mais pour Vladimir Poutine, le choix est cornélien: soit il affaiblit son pouvoir en le transformant de l'intérieur, soit il se retranche dans les errances traditionnelles du pouvoir soviétique: le contrôle, la centralisation, l'immobilisme....

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