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ÉconomieInternational

Le Mercosur pris en étau entre crise politique et ambitions commerciales

Cécile Barbière, à Santiago du Chili

Publié le 30 juin 2012 à 15:38 - Mis à jour le 30 juin 2012 à 15:40

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04 juin 2026

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Suite à la destitution de son président, le Paraguay est suspendu par le Mercosur. Un coup dur pour le marché commun du Sud, qui tente de développer un accord de libre-échange avec la Chine, son deuxième partenaire commercial.

Carton jaune démocratique pour le Paraguay. Au sommet du Mercosur qui s'est déroulé du 28 au 29 juin à Mendoza, la sanction est finalement tombée. Le pays sera suspendu temporairement des activités du marché commun du Sud, en représailles à la destitution de son président Fernando Lugo le 22 juin, jugé comme une « rupture de l'ordre démocratique ». S'il échappe pour le moment aux sanctions commerciales, le Paraguay devrait toutefois subir un isolement politique jusqu'en avril 2013, date des prochaines élections présidentielles.

Accomplissements notables d'intégration régionale

Une décision qui intervient une semaine seulement après le début de la crise politique paraguayenne. « Il fallait un verdict fort et unanime de la part du Mercosur. C'est chose faite » constate l'analyste du think tank Diagnostico Politico Patricio Giusto. Reste que la crise politique au Paraguay met à mal un bloc commercial qui peine à faire ses preuves. Lancé en 1991 avec un agenda ambitieux, le Mercosur, marché commun entre l'Argentine, le Brésil, l'Uruguay et le Paraguay compte toutefois des accomplissements notables d'intégration régionale dans les domaines de la libre circulation des biens, de l'établissement d'un tarif extérieur commun ou de la mise en place de partenariats poussés avec les membres associés (Chili, Pérou, Equateur, Venezuela, Bolivie et Colombie).

Mais les politiques protectionnistes du Brésil et de l'Argentine ont parfois limité les avancés commerciales du bloc. En décembre 2011, le Mercosur avait voté à la demande des deux pays une résolution permettant «  d'élever les taux d'imposition à l'importation - au-delà des Taxes douanières externes communes - pour les importations d'origine extérieure à la zone » pour un an renouvelable afin de faire face à la crise économique. La mesure, concernant initialement 100 produits, a été étendue à 200 lors de la réunion de Mendoza. Par ailleurs, la récente nationalisation d'YPF, la filiale la compagnie pétrolière espagnole Repsol en Argentine, et la destitution du président du Paraguay ont mis sous surveillance internationale deux pays membres de l'union.

Les différences de taille des pays membres compliquent les prises de décision

Mais les difficultés du marché commun ont des causes plus profondes. A son lancement en 1991, les quatre membres fondateurs, le Brésil, l'Argentine, l'Uruguay et le Paraguay accusent des différences de taille au sens propre comme au sens figuré. « Il y a un manque de cohésion au sein du Mercosur qui est inhérent à la composition de ce marché commun. Le Mercosur est né comme une alliance commerciale entre les deux géants argentin et brésilien, à laquelle se sont greffés l'Uruguay et le Paraguay principalement en raison de la proximité géographique. La différence de taille complique énormément les prises de positions communes et les relations avec les autres pays », explique Patricio Giusto.

Ce manque de cohésion couplé à un système décisionnaire qui accorde à chaque pays un droit de vote égal et requiert  l'unanimité ont ainsi bloqué plusieurs avancées importantes comme l'intégration du Vénézuela, repoussée à plusieurs reprises par le Parlement du Paraguay, ou la signature d'accords commerciaux. Le Mercosur ne dispose à ce jour que d'une poignée de partenariats commerciaux avec des pays tels que l'Inde ou Israël, mais aucun ne concerne ses principaux partenaires que sont l'Union européenne, le Chine et les Etats-Unis.

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Un accord sino-Mercosur évoqué depuis 2004 reste page blanche en raison de fortes oppositions

La négociation d'un accord de libre-échange avec l'Union européenne, en discussion depuis plusieurs années, bute entre autres sur les craintes européennes pour son secteur agricole. La possibilité d'un accord sino-Mercosur, déjà évoqué en 2004, est quant à elle restée page blanche suite à l'opposition du Paraguay, pays reconnaissant le gouvernement de Taiwan.

Toutefois, la récente proposition du Premier ministre chinois Wen Jiabao d'étudier la faisabilité d'un accord de libre échange entre son pays et le Mercosur a remis le sujet sur le devant de la scène. Deuxième partenaire commercial de la zone après l'Union européenne, les exportations chinoises ont atteint 48.451 millions de dollars en 2011, en hausse de 34% par rapport à 2010 et ses importations 51.033 millions de dollars (+37,9%).

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Mais la mise à l'écart du Paraguay ne résout pas tous les blocages. En Argentine et au Brésil, de fortes oppositions à l'accord de libre échange avec la Chine ont été clairement exprimés à plusieurs reprises par l'industrie textile.« Et il reste que la situation avec le Paraguay est très négative pour le Mercosur, et risque de freiner les négociations en cours. Dans ce contexte, il parait incertain qu'un accord de libre échange avec la Chine ou même avec l'Union européenne puisse aboutir dans des délais raisonnables », tempère Patricio Giusto.

Cécile Barbière, à Santiago du Chili

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