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Changer la manière de calculer son PIB, une révolution... des mentalités

Romain Renier

Publié le 02 août 2013 à 10:01

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Les États-Unis ont présenté mercredi leur PIB calculé selon une nouvelle méthode. Celle-ci destinée par les Nations Unies à être généralisée à l'ensemble des économies ne change pas grand chose sur le fond pour les marchés. Mais elle marque la prise en compte d'un élément-clef pour la croissance dans les économies occidentales : les nouvelles technologies, l'immatériel. Bien que représentant des dépenses, elles participent en effet à l'amélioration de la production et peuvent donc être considérées comme...

Les Etats-Unis ont-ils montré la voie en changeant leur manière de calculer le produit intérieur brut ? Dans l'ordre chronologique, assurément. Après l'Australie et le Canada, ils sont en effet le troisième pays et la première économie majeure à adopter ces nouvelles règles de calcul de la richesse nationale avant une longue série d'autres. En Europe, dans les pays dont les statistiques sont officiellement compilées par Eurostat, l'institut des statistiques européen, la modification est attendue pour 2014. En fait, cette réforme s'inscrit dans le cadre d'un accord passé au niveau des Nations Unies pour uniformiser au maximum la manière de calculer, afin d'obtenir des chiffres comparables d'un pays à l'autre. Révolution ou simple réaméngement cosmétique? En réalité, un peu des deux.

? Être plus exhaustif dans la manière de prendre en compte les investissements comme facteur de croissance

Aux Etats-Unis, la mise en place de ce nouveau calcul a en tout cas rencontré de vives critiques. Certains sont même allés jusqu'à accuser la Maison Blanche de vouloir maquiller les chiffres pour faire croire à la bonne santé retrouvée des Etats-Unis. Les partisans d'une comptabilité reposant uniquement sur les biens tangibles considèrent que les richesses immatérielles qui ont été ajoutées au PIB américain ne sont que du vent. Certains opposants à cette nouvelle norme comptable pensent même que ce sont tous les investissements dans des intangibles qui devraient être sortis du PIB.

A l'OCDE, qui a participé aux réflexions sur le sujet, comme à l'OFCE, on pense au contraire qu'ajouter les investissements dans la recherche et développement permet d'avoir une "appréciation plus juste de l'effort de chacun" pour préparer l'avenir, selon les termes employés par Henri Sterdyniak, directeur du département économie de la mondialisation à l'OFCE, et donc de la santé réelle d'une économie. "Dans les économies développées, on considère que ce sont ces investissements qui sont facteurs de croissance", explique Nadim Ahmad, chef de la division comptabilité nationale à l'OCDE.

Mieux prendre en compte ce qui favorise la productivité, en somme, c'était déjà l'idée qui sous-tendait l'inclusion des logiciels informatiques dans le calcul de la richesse nationale en 1993, lors d'un précédent cycle sous l'égide de l'ONU visant à uniformiser les statistiques dans le monde. Un pari qui s'est avéré être le bon tant ils sont aujourd'hui indispensables dans le processus de production. Un investissement dans la recherche et développement, "ce n'est pas comme acheter quelque chose dont on va se servir sur une courte période. Cela revient à acheter un produit dont on va se servir pendant une longue période et qui va servir dans le processus de production", argumente Nadim Ahmad.

Alors pourquoi ne pas l'avoir fait avant ? Parce qu'inclure ces investissements dans le PIB requiert de pouvoir les quantifier. "On a toujours considéré, à l'exception de certains pays, qu'il était mieux de compter les investissements dans les biens immatériels dans le PIB. Mais jusque là, certains pays n'étaient tout simplement pas capables de le faire. On ne disposait pas de statistiques de bonne qualité", selon l'économiste de l'OCDE qui a participé aux discussions sur le sujet.

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? Certaines dépenses seront désormais considérées comme génératrices de croissance

Mais au fond, que cela changera-t-il ? "Rien", répond Henri Sterdyniak. A quelques détails près tout de même. "En Europe, cela va valoriser le PIB de l'Allemagne et des pays du nord qui ont tendance à plus investir dans la recherche et le développement. Cela révèlera que les pays du nord préparent mieux leur avenir," tempère-t-il.

Cela va aussi légèrement accentuer les différences de ratio dette publique / PIB et déficit public / PIB. De fait, pour une dette égale, le PIB sera plus élevé puisqu'on y aura ajouté les investissements immatériels. Pas de quoi faire s'emballer les marchés toutefois parce qu'ils auront déjà bien intégré le mécanisme et parce que les différences ne seront pas majeures. Et aussi, parce que l'idée est que tous les pays bénéficieront de cette "décote". Pour la France, on parle d'un abaissement de la dette publique de 2,5 points et de 0,1 point de croissance en plus au rythme actuel. "Les marchés verront bien que cela n'a pas beaucoup d'importance," commente l'économiste de l'OFCE.

En revanche, "cela permettra peut-être de mettre l'accent sur ces choses importantes que sont l'investissement immatériel et l'investissement dans la recherche," espère-t-il. De fait, sur le papier, un pays qui investira beaucoup dans la recherche une année verra son taux de croissance dopé cette même année. Si sur le fond rien ne change, la manière d'appréhender la problématique de la croissance évolue. "C'est pour cela que les Nations Unies le font," explique Henri Sterdyniak.
Cela rendra aussi la croissance d'une année sur l'autre plus volatile suivant où on se trouve dans le cycle d'investissement. " Une année, les entreprises vont beaucoup investir dans la recherche, la croissance du pays sera plus importante. Puis, alors qu'elles récolteront les fruits de leurs investissements, et donc investiront moins, le PIB diminuera d'autant", explique Nadim Ahmad. Et d'ajouter qu'au fond, ce que cela change vraiment, "c'est l'idée selon laquelle une dépense peut être génératrice de croissance."

? Vers un nouveau PIB sur mesure pour ce que sont devenues les économies occidentales

Lors des réunions qui ont rassemblé les différents pays sous l'égide des Nations Unies, on prévoyait même d'aller encore plus loin. Certains souhaitaient en effet prendre en compte dans le PIB les ressources humaines ou intellectuelles, ou encore la valeur des marques comme Coca Cola ou Apple. "Une majorité y était favorable, mais pas tout le monde," commente Nadim Ahmad, qui explique que certains analystes le font déjà, voire même qu'ils prennent en compte dans la richesse des entreprises les qualités d'organisation managériale qui peuvent être coûteuses mais génératrices de croissance.

"Ils obtiennent des chiffres, mais nous considérons qu'ils ne sont pas suffisamment fiables comparés au niveau d'exigence que nous requérons pour des statistiques officielles," commente l'économiste. Par exemple, pour quantifier la valeur d'une marque, la méthode la plus courante et de se baser sur sa valeur de cotation sur les marchés boursiers. Selon Nadim Ahmad, cette nouvelle avancée n'est pas à attendre avant plusieurs dizaines d'années.

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Ce qui est sûr, c'est qu'en prenant en compte les investissement dans la recherche de haute technologie, la production artistique et, qui sait, peut-être un jour le capital intellectuel, au sens des investissements dans la formation et des ressources humaines hautement qualifiées, la direction que l'on prend va clairement dans le sens d'une mise en avant au niveau des chiffres de l'acquis technologique des économies matures. Celles là même dont les dirigeants savent ou commencent tout juste à réaliser que l'avantage compétitif s'acquiert désormais grâce à l'innovation, et non pas seulement grâce à des prix moins élevés que les autres.

Romain Renier

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