Les Abenomics aggravent dangereusement le déficit commercial japonais

Romain Renier

Romain Renier
Cela n'a rien d'une surprise, et pourtant... on ne peut s'empêcher de voir cela avec circonspection. En novembre, le déficit commercial japonais s'est encore aggravé de 35,1% en rythme annuel. Soit son dix-septième mois de hausse d'affilée.
Le Japon paye en fait très cher sa totale dépendance énergétique vis-à-vis de l'extérieur. Historiquement habituée à des excédents commerciaux qui frisent l'insolence, l'économie japonaise, créancière du monde, a vu sa position remise en cause par l'arrêt brutal de sa production nucléaire suite à la catastrophe de Fukushima en mars 2011. Depuis, le pays tourne aux hydrocarbures, importées en quasi totalité, et n'arrive pas à compenser ce nouveau poste de dépense par suffisamment d'exportations.
Mais ce n'est pas tout. En 2013, le fraîchement élu au poste de Premier ministre Shinzo Abe a mis à genoux la banque centrale japonaise (BoJ) afin qu'elle se lance dans une politique monétaire ultra accommodante pour mettre fin à la déflation qui mine l'économie du pays depuis une quinzaine d'année. Ce qui a provoqué une dépréciation du yen de plus d'un quart face au dollar et à l'euro.
Résultat, l'archipel a payé plus de 30% plus cher ses importations de pétrole et de gaz, qui sont facturés en dollars, en novembre. C'est d'ailleurs avec les pays du Golf, exportateurs de pétrole, que son déficit commercial s'est le plus creusé. En revanche, il s'est réduit avec la zone euro, et son excédent commercial avec les États-Unis, son deuxième marché à l'export, s'est amplifié.
Les effets dévastateurs de l'arrêt du nucléaire et du yen faible ont par ailleurs été accentués par une demande intérieure particulièrement vigoureuse qui a stimulé les importations, qui se sont en général renchéries de plus de 21% en novembre sans être totalement compensées par les effets bénéfiques du yen faible sur les exportations.
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Selon les analystes, cette progression de la demande n'est pas à mettre au compte de la bonne santé de l'économie de l'archipel, mais plutôt d'une augmentation de la consommation avant la hausse programmée de la TVA, et de l'effet stimulant de l'augmentation de la dépense publique par le gouvernement de Shinzo Abe dans le cadre de son plan de relance. Plan de relance qui inquiète fortement les analystes qui voient ainsi la colossale dette publique japonaise exploser, alors qu'elle ne tient aujourd'hui que grâce à un excédent courant hérité de l'époque où le Japon était un pays exportateur.
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