Le peso argentin perd près de 19% en trois semaines

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La présidente argentine Cristina Kirchner aura-t-elle a faire face à une nouvelle sistuation de crise dans son pays ? La forte dépréciation de 18,6% en trois semaines du peso et les craintes pour l'inflation n'ougurent rien de bon. (Photo : Reuters)
La présidente argentine Cristina Kirchner aura-t-elle a faire face à une nouvelle sistuation de crise dans son pays ? La forte dépréciation de 18,6% en trois semaines du peso et les craintes pour l'inflation n'ougurent rien de bon. (Photo : Reuters) (Crédits : Photo Reuters)
Le peso argentin est dans la tourmente depuis que la Banque centrale a décidé de laisser filer sa monnaie. Les observateurs craignent une accélération de l'inflation qui tutoie déjà des sommets.

L'Argentine a adopté une nouvelle stratégie monétaire, laissant le peso se déprécier face au dollar de 13,9% en deux jours, du jamais vu depuis la crise économique de 2001, avec l'objectif d'envoyer des signaux de confiance aux marchés.

Dans un contexte d'incertitude générale sur les réserves de devises, l'inflation et la compétitivité de l'économie argentine, le taux de change a fait un bond historique à 8,34 pesos pour un dollar, avant de retomber à 8,01 pesos à la clôture. Sur les trois premières semaine de 2014, la dévaluation, ennemi de l'épargnant et de l'investisseur, atteint 18,6%, contre 24% pour l'ensemble de l'année 2013. Jeudi, le taux de change a franchi la barre des 8 pesos pour un dollar (8,01), après avoir dépassé la veille la barrière symbolique des 7 pesos, un choc pour les Argentins, habitués dans les années 1990 à la parité peso-dollar.

Changement de stratégie de la Banque centrale

L'autorité monétaire, la Banque centrale, a décidé de laisser le peso se déprécier, après une politique interventionniste depuis 10 ans.

"Nous assistons à un changement de stratégie (du gouvernement) qui passe par une très forte accélération de la dévaluation, une sorte de traitement de choc, et pas aussi graduelle que par le passé, car au cours du dernier mois et demi, elle n'avait pas été suffisante, et les réserves ont continué de diminuer", estime Juan Pablo Rondero, économiste du cabinet d'études Abeceb.com.

Les réserves monétaires ont chuté de 52 à 29 milliards depuis début 2011, l'Argentine ayant dû puiser dans ses économies pour régler les achats de carburants à l'étranger et rembourser sa dette.

"L'accélération de la dévaluation aura un plafond: quand le taux de change aura atteint le chiffre décidé par la Banque centrale. Mais nous ne connaissons pas ce chiffre", a ajouté Juan Pablo Rondero.

Le piège de l'inflation

Cette dévaluation était réclamée par les milieux économiques, notamment les exportateurs, soucieux de pouvoir vendre leurs produits à des prix compétitifs sur les marchés internationaux. Le problème, c'est l'inflation. Celle-ci a atteint 28% en 2013 selon des instituts privés et s'annonce encore supérieure en 2014.

Elle pourrait atteindre 5% pour le seul mois de janvier selon des instituts économiques privés cités par l'AFP. Le gouvernement, de son côté, est soupçonné de minimiser la gravité de la situation. Pour 2013, celui-ci ne reconnait par exemple qu'une hausse des prix de 11%.

L'ancien gouverneur de la Banque centrale, Alfonso Prat Gay, avertit que cette politique de dévaluation va renforcer l'inflation.

Il déplore que, depuis le remaniement ministériel de novembre, "tout ce qu'a fait le nouveau ministre (de l'Economie Axel Kicillof) est de nature à faire augmenter l'inflation".

Explosion du marché noir du dollar

L'évolution du taux de change officiel a tiré dans son sillage le change au marché noir, propulsé à plus de 12,5 pesos par dollar avant que les opérations soient temporairement suspendues, faute de visibilité. Depuis l'instauration du contrôle des changes établi en 2011 pour freiner la fuite des devises, l'accès aux devises est tellement limité que les Argentins achètent sur le marché parallèle le "dollar blue (bleu)".

"Acheter le dollar à 12,5 pesos, c'est très cher, mais les gens ont peur et achètent à ce prix", note Alfonso Prat Gay.

Traumatisés par la crise économique de décembre 2001 et l'inflation qui ébranle le peso depuis 40 ans, les Argentins n'ont plus confiance en leur monnaie et ont pris l'habitude d'épargner en dollars, devenue par exemple la monnaie des transactions immobilières.

 Comportement attentiste des exportateurs

Dans l'expectative sur le plafonnement du taux de change, les agriculteurs préfèrent attendre pour vendre à un meilleur taux leur récolte de soja. Pourtant, le gouvernement aurait bien besoin qu'ils commercialisent leur production sur le marché international pour renforcer les réserves monétaires.

Le gouvernement de la présidente de centre-gauche Cristina Kirchner multiplie les initiatives pour redorer le blason d'une économie en manque de crédibilité, jusqu'ici en vain. Le choc du défaut de paiement de 2001 reste un traumatisme et la mauvaise réputation de l'Argentine sur les marchés n'encourage pas les investisseurs dont Buenos Aires a besoin.

L'Argentine espère notamment attirer des capitaux étrangers pour exploiter le gigantesque gisements de gaz et pétrole de schiste de Vaca Muerta, qui place le pays sud-américain au 3e rang mondial en matière d'hydrocarbures non conventionnels.

Mercredi soir, la présidente a fait sa première apparition publique depuis un mois, prononcé un discours sans aucune mention de la situation économique, continuant ainsi de laisser planer l'incertitude.

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Commentaires
a écrit le 24/01/2014 à 14:31 :
Qui se souvient que l'Argentine était, par tête d'habitant, le pays le plus riche de la planète il y a un siècle ? Quel gâchis ! Un grand merci à la démagogie...
Réponse de le 25/01/2014 à 21:43 :
Yes sir!!
Les civilisations sont mortelles, les civilisations meurent comme les hommes, et cependant elles ne meurent pas à la manière des hommes. La décomposition, chez elles, précède leur mort, au lieu qu'elle suit la nôtre.
Georges Bernanos
a écrit le 24/01/2014 à 14:00 :
12 ans plus tard, le spectre de la faillite de ce pays surgit à nouveau. L'argentine se trouve comme la Turquie et bon nombre d'autres pays dans une situation plus que délicate avec une inflation non maîtrisée. Voici quelques mois, un ami économiste, me vantait la solidité de l'Argentine. Je penant qu'il confondait désirs et réalités.se mainten
a écrit le 24/01/2014 à 12:31 :
Analyze spectaculer. artikle génialle.
a écrit le 24/01/2014 à 12:23 :
Et avec le credito ca doit être encore plus intéressant d'échanger des euros sur place....Il faut connaître les endroits et faire attention où on met les pieds.
a écrit le 24/01/2014 à 12:22 :
Je viens de calculer que le peso a perdu 47% de sa valeur face à l'euro depuis janvier 2013!!!! Si vous avez des euros à investir, vous devriez surveiller l'évolution prochaine du cours pour acheter des terrains là bas...
a écrit le 24/01/2014 à 12:02 :
Je me demande bien qui est en réalité le plus lésé dans l'histoire, les rentiers ou le quidam de la population? Celui qui a les moyens de "le faire savoir" ou l'obrero y el campesino? Ceux qui vivent sur leur terre ou ceux qui dépende de la manne étrangère?
Réponse de le 25/01/2014 à 13:42 :
la petite et moyenne bourgeoisie , c'est tout .
A qui la faute : A Miss Botox qui s'est crues plus maline que MeNeM
Réponse de le 25/01/2014 à 21:46 :
Les perdants sont les épargnants, petits et grands, les fonctionnaires, et les retraités.
Les gagnants sont les grosses boites exportatrices (et encore), et les spéculateurs, Goldman Sachs en tête...
Observez bien, car vous avez sous les yeux la France de 2030.
Réponse de le 26/01/2014 à 20:33 :
Sont perdant aussi tous les consommateurs car avec une inflation de 28%, pour ne pas perdre de pouvoir d'achat il faudrait que les salaires augmentent de 28% aussi. Avec le chantage au chômage, les employeurs pourraient ne pas augmenter les salaires...

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