L'Allemagne touchée à son tour par la crise financière
Isabelle Croizard
Isabelle Croizard
C'est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase et mis à l'épreuve la résistance de l'euro. L'émission obligataire à dix ans, la dernière de l'année, lancée mercredi par l'Allemagne, a rencontré une très faible demande, Berlin n'arrivant à placer que 3,6 milliards d'euros pour une offre de départ de 6 milliards d'euros. C'est dire que 35 % de l'émission de « bund », pourtant réputé comme la référence de la zone euro sur laquelle tous les investisseurs sont censés se précipiter, n'a pas trouvé preneur.
Mais ils souffrent d'indigestion : les portefeuilles croulent déjà sous des montagnes de titres d'outre-Rhin, les plus liquides de la zone euro, alors que l'émission a offert un rendement une nouvelle fois en baisse à 1,98 %, contre 2,09 % lors d'une adjudication similaire en octobre et 2,74 % en moyenne cette année. Il a fallu l'intervention de la Bundesbank pour que l'opération soit couverte (le ratio de couverture a atteint 1,1, contre une moyenne de 1,56), une pratique usuelle, mais pour des montants bien inférieurs. La Buba a mis en réserve les 2,4 milliards d'euros qu'elle a acquis et qu'elle placera progressivement sur le marché.
Si « ce résultat ne signifie en aucun cas une pénurie de refinancement pour le budget allemand », a tenu à préciser l'Agence financière allemande, l'organisme responsable de l'émission, il n'en est pas moins symbolique de l'ampleur de la crise de la dette : même la valeur refuge ne fait plus recette. La banque ING avait prévenu que tout différentiel supérieur à 1 milliard d'euros constituerait « un signe de faiblesse », même si les besoins de financement de Berlin sont bien inférieurs à ceux de ses partenaires européens lourdement endettés. C'est un signe tangible : après l'adjudication, les taux de marché se sont nettement tendus, le rendement du bund grimpant jusqu'à 2,13 %, soit une progression de plus de 20 points de base par rapport à mardi.
Les statistiques du jour, laissant redouter un plongeon de la zone euro dans la récession, n'ont fait qu'ajouter à l'atmosphère délétère. Selon la première estimation de la société Markit qui publie l'indice d'activité des directeurs d'achats, le PMI a poursuivi sa contraction en novembre dans la zone euro, chutant à 47,2 contre 49,1 en octobre. Plus grave : « il semblerait que le pire reste à venir », a mis en garde le chef économiste de Markit.
Autre chiffre morose, les commandes à l'industrie dans la zone ont accusé leur plus forte contraction depuis trois ans, chutant de 6,4 % en septembre, avec une baisse particulièrement marquée en Allemagne, en France, en Espagne et en Italie.
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Conséquence la plus immédiate : l'euro a encaissé de plein fouet cette série noire, rechutant à son plus faible cours depuis six semaines face au dollar, pour ne plus valoir, au plus bas dans les transactions, que 1,3360.
Isabelle Croizard
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