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ÉconomieUnion européenne

Et pendant ce temps, l'Allemagne réduit toujours plus son déficit...

Romaric Godin

Publié le 20 février 2012 à 10:03 - Mis à jour le 20 février 2012 à 10:06

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Le gouvernement fédéral allemand prévoit de réduire plus vite que prévu son déficit. Un nouveau tour de vis est prévu, malgré la crise. Et la première prescription de la règle d'or budgétaire allemande pourrait être remplie... avec deux ans d'avance.

L'Allemagne réduit son déficit à grande vitesse. Vendredi, plusieurs médias germaniques laissaient entendre que la première prescription de la règle d'or budgétaire allemande pourrait être remplie avec deux ans d'avance. C'est du moins le projet qu'aurait présenté le ministre fédéral des Finances. Dès 2014, il veut donc ramener le déficit du budget de l'Etat fédéral, qui compte pour la moitié environ du budget global des administrations outre-Rhin, à moins de 0,35 % du PIB. La réforme constitutionnelle de 2009 avait fixé à 2016 la date limite pour remplir un tel critère. Concrètement, cela signifie que Wolfgang Schäuble vise pour les administrations fédérales un déficit de 15 milliards d'euros en 2013 et de 8 milliards d'euros en 2014.

Tour de vis supplémentaire

En 2011, ce déficit s'élevait à 17,7 milliards d'euros et le budget 2012 prévoit un déficit de 26,5 milliards d 'euros. Autrement dit, ce que propose le ministre fédéral des Finances, ce n'est rien de moins qu'un tour de vis supplémentaire. Car dans ses prévisions officielles actuelles, le gouvernement allemand, le déficit fédéral devait se situer à 25 milliards d'euros en 2013 et à 19 milliards en 2014. Du reste, pour trouver les dix milliards d'euros manquants, la Wilhelmstrasse compte non seulement sur des recettes fiscales supplémentaires, mais également sur la réduction de l'aide apporté par l'Etat fédéral à plusieurs caisses sociales. L'assurance-maladie devrait ainsi toucher 2 milliards d'euros de moins par an. Pour les caisses de retraites, la punition devrait être la même. Les chômeurs et les allocations familiales devront aussi mettre la main à la poche. Selon le Spiegel, il ne s'agit pas « d'un vrai plan de rigueur » car des réserves ont été constituées durant la période de forte croissance de 2010 et 2011.

Pas de relance

Ce projet sera soumis au cabinet Merkel dans le courant du mois de mars. Il a toutes les chances d'être adopté compte tenu des louanges qu'il a reçu durant tout le week-end de la part des collègues de Wolfgang Schäuble. Evidemment, cette volonté de consolidation budgétaire ne peut être que louée. On est pourtant en droit de s'interroger sur cette hâte du ministère fédéral des Finances. Y avait-il urgence ? Sans doute pas puisque l'on accélère le rythme prévu dans le plan précédent qui avait pour objet même le respect de la « règle d'or ». Pire même : alors que l'Allemagne n'a pas réellement de problème budgétaire et qu'elle est revenue dans les clous des critères de Maastricht dès l'an passé, la croissance ralentit non seulement en Europe, mais aussi en Allemagne où l'on a enregistré au dernier trimestre de 2011 une contraction de 0,2 % de son PIB. Certes, Wolfgang Schäuble espère que son nouveau projet n'aura pas d'effet conjoncturel puisqu'il croit que les assurances sociales ne seront pas tentées de relever leurs cotisations. Rien n'est cependant moins sûr. On sait, par exemple, que les caisses d'assurances maladies sont dans des situations financières très pénibles outre-Rhin. En tout cas, le message est clair : pendant la crise, l'Allemagne continue à se serrer la ceinture, quel qu'en soit le coût pour elle et pour ses voisins. Pas question d'envisager une politique de relance venant de Berlin pour équilibrer les ajustements douloureux effectués à Madrid, Rome ou Lisbonne.

Prévention ou coup de force ?

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Reste cependant une question ; pourquoi diable tant de hâte ? Plusieurs explications sont possibles. Ce peut-être d'abord un mouvement préventif. En acceptant ce dimanche de donner finalement son feu vert à l'aide grecque, Wolfgang Schäuble a prévu que la facture sera plus salée pour l'Allemagne in fine. D'où sa volonté de revenir le plus vite possible à l'équilibre budgétaire pour contrecarrer les effets négatifs à venir d'une inévitable faillite grecque. Autre hypothèse : le coup de force à usage interne. En imposant un nouveau plan d'économie qui vient s'ajouter au plan quadriennal de 80 milliards d'euros annoncé en 2010, il confirme sa position de nouvel homme fort du cabinet et soumet à sa férule en forme de logique budgétaire les Libéraux partisans de nouvelles baisses d'impôt. Il marginalise également un peu Angela Merkel, fragilisée par la démission de « son » président Christian Wulff et que l'on entend guère ces temps-ci outre-Rhin. En devenant un Stakhanov de la consolidation budgétaire, Wolfgang Schäuble soigne également son statut d'homme fort du cabinet berlinois.

Romaric Godin

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