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ÉconomieUnion européenne

PS et SPD des cousins pas très germains

Jean-Christophe Chanut

Publié le 29 mars 2012 à 13:56 - Mis à jour le 29 mars 2012 à 14:10

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François Hollande, s'il accède à l'Élysée, compte sur une victoire du SPD allemand en 2013 pour infléchir la politique européenne. Or, rien n'est moins sûr. Historiquement, l'entente est rarement cordiale entre les deux partis parvenus au pouvoir.

En visite à Berlin le 5 décembre dernier, le candidat socialiste François Hollande est intervenu au congrès du parti social démocrate allemand (SPD), insistant sur les nombreux points de convergence entre les deux partis "frères". Manifestement, le député de la Corrèze, s'il est élu président de la République, compte sur une victoire du SPD aux élections fédérales allemandes de septembre 2013 pour l'aider à infléchir la politique européenne. Et il espère que le futur chancelier sera Sigmar Gabriel, l'actuel président du SPD. En quelque sorte, à la ligne "Merkozy" succèderait un axe "Gabhollande".

Le couple PS-SPD a rarement fonctionné

A voir. Non seulement, il est loin d'être certain que Sigmar Gabriel, représentant plutôt l'aile gauche du parti l'emporte, son concurrent de l'aile droite, Peer Steinbrück étant bien plus populaire. Mais, de surcroît, un coup d'?il dans le rétroviseur prouve que la vie du couple PS-SPD fut tout sauf un long fleuve tranquille. A la fin des années 1970 et au début des années 80, François Mitterrand, chef de l'opposition puis premier président socialiste de la Vè République, n'avait aucun atome crochu avec le chancelier SPD, Helmut Schmidt. Etrangement, à l'inverse, le même Schmidt s'entendait comme larrons en foire avec le libéral Giscard d'Estaing et Mitterrand, lui, trouva des infinités (on se souvient du très symbolique main dans la main de Verdun) avec le chancelier conservateur (CDU) Helmut Kohl. Et même lorsque les deux partis se sont retrouvés conjointement au pouvoir des deux côtés du Rhin, les relations n'étaient pas au beau fixe.

Jospin et Schröder plutôt en froid

Ainsi, au début des années 2000, le Premier ministre Lionel Jospin et le chancelier Gerhard Schröder n'ont jamais noué de relations vraiment cordiales. Pour preuve, le manifeste Blair-Schröder prônant un social-libéralisme s'était passé ouvertement de la signature du premier ministre français d'alors, à sa grande colère. A l'époque, le courant passait mieux avec l'ancien ministre allemand des Finances, Oskar Lafontaine, véritablement francophile, mais qui quitta le SPD pour fonder "Die Linke". Certes, actuellement, les relations se sont réchauffées entre les deux partis. Mais n'est ce pas purement factuel, dû au fait que les deux formations sont dans l'opposition et qu'il est alors plus facile de s'entendre en attendant le pouvoir ? Historiquement, comment expliquer cette tiédeur. D'un point de vue philosophique, depuis le congrès de Bad Godesberg en 1959, le SPD a formellement renoncé à inspiration marxiste. Ce n'est pas le cas au PS où il n'y a pas eu de renoncement explicite à cette référence, même si on chercherait en vain, dans les faits, un appel au philiosophe allemand. Ensuite, les socialistes français sous-estiment peut-être l'esprit de compromis qui règne en Allemagne. Serait-il imaginable d'assister de ce côté ci du Rhin à une grande coalition PS-UMP ? Or il n'est pas rare de voir des Lander allemands dirigés par une alliance SPD-CDU et cette option ne peut être écartée pour 2013. Certes, le système électoral allemand, scrutin proportionnel avec une dose de majoritaire, pousse aux alliances, ce qui est moins vrai avec le scrutin exclusivement majoritaire en vigueur en France.

Construction européenne, nucléaire : des points chauds entre les deux partis

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Dans ce contexte, si le deux partis se retrouvent au pouvoir, le ciel ne sera pas forcément dégagé. Les dossiers « chauds » ne manqueront pas. Sur le nucléaire ? Le SPD est clairement pour son abandon et a même lancé avec les sociaux-démocrates autrichiens une pétition européenne sur le sujet. Du côté de François Hollande, on plaide seulement pour une diminution de 75 à 50% de la part du nucléaire dans la production d'énergie française. Sur l'Europe ? Le PS réclame davantage de contrôle sur la BCE, là où le SPD défend farouchement l'indépendance de la Banque centrale. Idem pour le mécanisme européen de stabilité. Les socialistes français se sont abstenus lors du vote l'instituant, le SPD allemand, lui, hésite sur la marche à suivre. Finalement, les deux partis "frères" se retrouvent tout de même sur la nécessité de créer des eurobonds pour mutualiser les dettes souveraines. ... Mais à certains conditions tout de même côté allemand.

Jean-Christophe Chanut

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