Ce qu'est vraiment la méthode Merkel

 |   |  938  mots
Copyright AFP
Copyright AFP
L'action d'Angela Merkel n'est basée sur un seul principe : son maintien au pouvoir. Ceci lui permet d'être pragmatique. Mais pas de tout accepter.

Un dîner pour mieux se connaître. Angela Merkel et François Hollande vont se rencontrer ce mardi soir pour la première fois. Mais alors que plusieurs médias allemands, comme le quotidien Süddeutsche Zeitung souligne à présent la concordance des caractères des deux dirigeants, le nouveau président français va également faire connaissance avec la « méthode Merkel ». Une méthode délicate à décrypter, mais extraordinairement efficace.

Protée allemand

Si le lecteur français fouille dans sa mémoire, il se souviendra combien l'image de la chancelière allemande a pu changer au fil des années. Jadis considérée comme fade et effacée, elle est devenue le modèle de la dirigeante moderne au moment de sa réélection au point que plusieurs femmes politiques dont Martine Aubry ont pu se prévaloir de son modèle. Et puis, elle est devenue, avec la crise européenne, l'indécise, la dame de fer, la femme la plus puissante du monde et, enfin, « la mère austérité » de l'Europe.

Pragmatisme extrême

Si ces costumes souvent contradictoires donnent une image floue de la chancelière, c'est d'abord en raison d'une méthode dont la cohérence ne saute pas d'emblée aux yeux. Pour la comprendre, il faut d'abord comprendre ce qu'est intellectuellement Angela Merkel : une pragmatique à l'extrême. On chercherait en vain une once d'idéologie dans cette femme qui, en sept ans de règne a pu défendre des positions thatchériennes et gouverner avec des sociaux-démocrates, nationaliser des banques et s'allier aux libéraux, décider de la prolongation de la durée de vie des réacteurs nucléaires et en accélérer quelques mois plus tard l'arrêt définitif.

Efficacité

Son seul moteur est son maintien au pouvoir et elle y parvient avec une redoutable efficacité. Au sein de la CDU, elle a éliminé un à un tous ses adversaires potentiels. Encore dimanche, le jeune ministre de l'environnement Norbert Röttgen envoyé quasiment contre son gré pour mener la campagne de la CDU en Rhénanie du Nord Westphalie devrait disparaître la vie politique allemande après sa défaite historique dans ce Land.

L'exemple atomique

Pour parvenir à ses fins, Angela Merkel peut donc facilement brûler ce qu'elle défendait la veille. Sa volte-face sur la question du nucléaire en est l'exemple presque caricatural. Sous la pression de l'opinion après Fukushima, elle a réduit à néant sa loi votée quelques six mois plus tôt avec les plus grandes peines. L'énergie atomique, jadis dans la bouche de la chancelière « technologie passerelle » idéale jusqu'en 2050, était alors devenue un danger immédiat.

Stratégie européenne

Cette stratégie, Angela Merkel l'a appliqué sans vergogne en Europe depuis le début de la crise grecque. Sa priorité reste la même : ne jamais apparaître en désaccord profond avec son opinion et ne jamais mettre en danger l'engagement européen de l'Allemagne. Non qu'elle en fasse une question de principe, elle n'en a guère. Mais elle sait que sans l'Europe, l'Allemagne n'a pas de légitimité politique dans le monde. Seule, l'Allemagne est suspecte. En Europe, elle est légitime.


Subtil équilibre

Le maintien de ces deux objectifs donne parfois une impression contradictoire. Mais en fait, Angela Merkel est devenue maîtresse dans l'art du compromis européen. Elle est parvenue à faire accepter à l'Allemagne ce dont personne ne voulait outre-Rhin : une aide directe à la Grèce, un « fonds monétaire européen » et une gouvernance européenne. Mais évidemment, comme Angela Merkel ne perd jamais de vue sa popularité, ces concessions ne peuvent se faire ni subitement ni sans conditions. Voici pourquoi la chancelière prend tant de temps dans ses prises de décisions. Il lui faut habituer ses concitoyens, les rendre ouverts progressivement à ces changements par un subtil jeu de déclarations contradictoires. Et surtout laisser pourrir la situation jusqu'à ce qu'elle ne laisse pas d'alternative. C'est ainsi qu'en mai 2010 elle est parvenue à faire accepter à son camp pourtant réticent une aide directe à la Grèce. Parce que la situation était devenue périlleuse : la contagion avait déjà atteint le Portugal et l'Espagne. On craignait pour la stabilité de l'euro. Le problème, c'est que, si ainsi elle a conservé sa popularité relativement intacte, elle a aggravé la crise européenne. Mais peu lui chaut.

Ce qu'elle peut offrir à Hollande

François Hollande devra donc savoir lire entre les lignes. Rien n'est jamais définitif avec Angela Merkel, mais jamais elle n'ira dans un sens qui lui coûterait trop cher en politique intérieure. Ce serait le cas d'une renégociation du pacte budgétaire qui est lui-même le fruit d'un de ses compromis destinés à faire accepter à l'opinion allemande la mise en place du MES. Elle ne pourra pas accepter non plus une remise en cause de l'indépendance de la BCE ou un plan de relance financée par de nouvelles dépenses publiques. En revanche, pour maintenir l'illusion du couple franco-allemand et de la gouvernance européenne, elle acceptera sans doute un compromis sans conséquences avec la libération des fonds structurels et des investissements de la BEI. En présentant ainsi un plan de plusieurs milliards d'euros, elle pourra donner des gages aux présidents français et prétendant, en politique intérieur avoir tenu bon sur l'essentiel. Alors que l'on approche d'un scrutin fédéral de septembre 2013 qui s'annonce difficile, elle n'aura guère plus à lui offrir.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 16/05/2012 à 20:07 :
MACHIAMERKEL !!!
a écrit le 16/05/2012 à 13:25 :
qu'entendez-vous au juste par "Seule, l'Allemagne est suspecte. En Europe, elle est légitime."?
a écrit le 16/05/2012 à 13:13 :
Il est évident que l'intention économique de Merkel et de Hollande est exactement identique : promettre une solution et n'en donner jamais qu'un replatrâge. On ne pourra le leur reprocher ! En terme de stratégie il ne fait pas bon annoncer ses positions sauf lorsque le jeu est fermé. Les deux dirigeants jouent donc avec les mots et les journalistes tentent sans y croire de donner un prolongement à ce jeu, voire des solutions qu'ils savent absurdes pour les joueurs. Par exemple : Personne des 2 ne veut des euro-bonds ce qui reviendrait à la mutualisation des dettes de toute la zone, mais chacun le laisse à penser ... pour n'en rien faire et imputer ce retard à la rigidité ou la faiblesse de l'autre. Comme la majorité des régions françaises, les nations vont disparaître au profit de quelques zones principales, à l'image de Lyon et Paris pour notre pays. Pour le système de siphonage financier qu'est l'Europe ces zones seront presque à l'échelle d'un pays physique : L'Allemagne et la France. Qui voudrait dans ces conditions redistribuer des cartes gagnantes aux autres ? Le piège se tend avec les filets, la chose faite on n'y revient que pour la prise. Une seconde partie plus lointaine mais déjà activée se jouera : Quelle sera la région capitale ou qui aura fait les meilleures prises lui permettant de dominer voire de faire disparaître économiquement le voisin ? Chacun des 2 pays pense être celui-là.
a écrit le 16/05/2012 à 13:09 :
Avec FH on risque un CHIRAC 2, donc pas grand chose à l'horizon.
a écrit le 16/05/2012 à 11:15 :
C'est surtout une bigote sans foi ni loi , du même métal qu'Adenauer et Kohl .
La seule chose qui compte vraiment pour elle, c'est que la CDU/CSU reste indéfiniment au pouvoir ET les Sociaux- Démocrates dans l'opposition .
D'où la girouette, de fer, comme toutes les girouettes .
Quant au " subtil jeu de déclarations contradictoires ", c'est comme les plans subtils et rusés du Private Baldrick .
a écrit le 16/05/2012 à 1:07 :
Holande aussi fera tout pour rester au pouvoir ... y compris rien !
Réponse de le 16/05/2012 à 6:38 :
Contrairement à ce qu'il prétend, il ne pourra pas endetter davantage l?État français. Il fera son Chirac mou je pense...
a écrit le 15/05/2012 à 22:41 :
Je vois pas en quoi sa stratégie est extra ordinaire et ultra efficace. Sa politique est tellement desastreuse que toute l'europe veut la voir partir et qu'apparemment son pays aussi vu la débâcle des dernières élection locale.
Je ne comprends pas comment vous avez pu arriver à une telle analyse. Tous les spécialistes disent qu'elle ne fait qu'aggraver la crise depuis le début.
Réponse de le 16/05/2012 à 1:01 :
Votre vision est étriqué par le prisme des journalistes français de gauche ... L'Allemagne fonctionne très bien ... Si les opposants de gauche espèrent gagner les élections c'est "normal" ... mais cela ne fait pas de leurs slogans des vérités ...(même si cela fait élire en France !!!)
Réponse de le 16/05/2012 à 10:39 :
@ "Non" : je ne pense pas que "vous meme" et les "journalistes de gauche"connaissiez l'Allemagne d'aujourd'hui avec un taux de chomage élevé, des emplois LIDL mal payés à 7 ?/Heure, un niveau de salaire faible pour beaucoup d'employés, des emplois défiscalisés à 400?/mois trappe a pauvreté, ...on roule pas tous en Merceds en Allemagne comme on ne s'habille pas tous chez Dior en France...cliché quand tu nous tiens...
Réponse de le 16/05/2012 à 10:46 :
L'Allemagne va très bien seulement parce que les Allemands ne gagnent pas d'argent depuis 10 ans et que certains en sont à 400 euros par mois. je ne suis pas contre ce système (au moins tout le monde travaille) mais il ne faut pas dire que tout va bien quand beaucoup de personne ne sont même pas à 5 euros de l'heure.
Ensuite, depuis le début de la crise, les USA et le FMI (c'est quand même pas la gauche) déplore la lenteur des avancées de la zone euro sur le problème de la dette. Vu qu'elle en est à l'origine des lenteurs, je ne vois pas en quoi on peut dire qu'elle est une bonne politicienne. Elle ne fait rien de bon pour l'Europe. Je suis pour les réformes permettant de réduire la dette publique, pour la croissance aussi mais pas pour une soumission des peuples européens aux problèmes électoraux de madame Merkel.
Réponse de le 16/05/2012 à 10:56 :
Et oui ! Le surendettement et quelque chose de mortel ! Et quand je vois ces keynésiens comme Obama et Hollande nous dire qu'il faut s'endetter davantage, je ne vois pas comment.... Avec du papier qui ne vaut rien certainement....Vive le Dollar et l'Euro papier toilette !
Réponse de le 16/05/2012 à 18:49 :
@AAA
Toutes le monnaies ne valent plus rien, puisque in fine elles sont reliées au dollar qui a perdu plus de 96% de sa valeur depuis 1973. Les dettes ne valent donc rien, c'est pour ça qu'il ne faut pas s'en faire.
a écrit le 15/05/2012 à 19:55 :
Excellent article. Je commence à m'habituer à cette plume.

On voit que la stratégie de Merkel est d'être prudente et attentiste. Mais les évènements vont se précipiter et alors, elle sera face à des choix : explosion de l'euro ou solidarité.

Le pragmatisme ne suffira plus a définir une ligne politique lorsque les opinions seront devenues illisibles, prises dans des contradictions indémêlables.
Réponse de le 16/05/2012 à 1:02 :
Le pragmatisme est une forme d'efficacité ... Par définition il peut s'appliquer en toute circonstance ... et surtout en temps de crise !!!
a écrit le 15/05/2012 à 19:53 :
Magnifique manipulation. Je cite : "son maintien au pouvoir." Ca, même un gosse de 5 ans pourrait le dire. Tant qu'y a du fric à la clé. Suivant : "Ceci lui permet d'être pragmatique". En anglo-saxon, ce terme signifie qu'il vaut mieux avoir du fric dans sa poche que dans celle des autres. Vous remarquerez aussi que ce sont toujours les autres qui sont un problème... Suivant : "Mais pas de tout accepter. ". Vu cité ci-avant, plus logique, tu meurs...
Réponse de le 16/05/2012 à 1:04 :
Holande aussi fera tout pour rester au pouvoir ... y compris rien !
a écrit le 15/05/2012 à 19:04 :
de toutes façons Hollande devra avaler son chapeau pour ne pas se retrouver avec une situation à la grecque. L?Alsace annonce la fusion des 2 conseils généraux et dans la foulée avec le conseil régional pour crér une seule et unique entité. Dommage d'ailleurs que la Lorraine et la Franche-Comté ne soient pas dans le lot pour créer un région forte comme outre-Rhin. Un exemple que seraient inspirés de suivre les nouvelles "élites" parisiennes...
Réponse de le 16/05/2012 à 1:06 :
Impossible parce que la gauche tient la franche comté ... Holande à d'ailleurs dans ces premières mesures de supprimer la loi sur les collectivités locales (supprimant les doublons ....)

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :