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ÉconomieUnion européenne

Ce qu'est vraiment la méthode Merkel

Romaric Godin

Publié le 15 mai 2012 à 14:50 - Mis à jour le 15 mai 2012 à 15:03

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L'action d'Angela Merkel n'est basée sur un seul principe : son maintien au pouvoir. Ceci lui permet d'être pragmatique. Mais pas de tout accepter.

Un dîner pour mieux se connaître. Angela Merkel et François Hollande vont se rencontrer ce mardi soir pour la première fois. Mais alors que plusieurs médias allemands, comme le quotidien Süddeutsche Zeitung souligne à présent la concordance des caractères des deux dirigeants, le nouveau président français va également faire connaissance avec la « méthode Merkel ». Une méthode délicate à décrypter, mais extraordinairement efficace.

Protée allemand

Si le lecteur français fouille dans sa mémoire, il se souviendra combien l'image de la chancelière allemande a pu changer au fil des années. Jadis considérée comme fade et effacée, elle est devenue le modèle de la dirigeante moderne au moment de sa réélection au point que plusieurs femmes politiques dont Martine Aubry ont pu se prévaloir de son modèle. Et puis, elle est devenue, avec la crise européenne, l'indécise, la dame de fer, la femme la plus puissante du monde et, enfin, « la mère austérité » de l'Europe.

Pragmatisme extrême

Si ces costumes souvent contradictoires donnent une image floue de la chancelière, c'est d'abord en raison d'une méthode dont la cohérence ne saute pas d'emblée aux yeux. Pour la comprendre, il faut d'abord comprendre ce qu'est intellectuellement Angela Merkel : une pragmatique à l'extrême. On chercherait en vain une once d'idéologie dans cette femme qui, en sept ans de règne a pu défendre des positions thatchériennes et gouverner avec des sociaux-démocrates, nationaliser des banques et s'allier aux libéraux, décider de la prolongation de la durée de vie des réacteurs nucléaires et en accélérer quelques mois plus tard l'arrêt définitif.

Efficacité

Son seul moteur est son maintien au pouvoir et elle y parvient avec une redoutable efficacité. Au sein de la CDU, elle a éliminé un à un tous ses adversaires potentiels. Encore dimanche, le jeune ministre de l'environnement Norbert Röttgen envoyé quasiment contre son gré pour mener la campagne de la CDU en Rhénanie du Nord Westphalie devrait disparaître la vie politique allemande après sa défaite historique dans ce Land.

L'exemple atomique

Pour parvenir à ses fins, Angela Merkel peut donc facilement brûler ce qu'elle défendait la veille. Sa volte-face sur la question du nucléaire en est l'exemple presque caricatural. Sous la pression de l'opinion après Fukushima, elle a réduit à néant sa loi votée quelques six mois plus tôt avec les plus grandes peines. L'énergie atomique, jadis dans la bouche de la chancelière « technologie passerelle » idéale jusqu'en 2050, était alors devenue un danger immédiat.

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Stratégie européenne

Cette stratégie, Angela Merkel l'a appliqué sans vergogne en Europe depuis le début de la crise grecque. Sa priorité reste la même : ne jamais apparaître en désaccord profond avec son opinion et ne jamais mettre en danger l'engagement européen de l'Allemagne. Non qu'elle en fasse une question de principe, elle n'en a guère. Mais elle sait que sans l'Europe, l'Allemagne n'a pas de légitimité politique dans le monde. Seule, l'Allemagne est suspecte. En Europe, elle est légitime.


Subtil équilibre

Le maintien de ces deux objectifs donne parfois une impression contradictoire. Mais en fait, Angela Merkel est devenue maîtresse dans l'art du compromis européen. Elle est parvenue à faire accepter à l'Allemagne ce dont personne ne voulait outre-Rhin : une aide directe à la Grèce, un « fonds monétaire européen » et une gouvernance européenne. Mais évidemment, comme Angela Merkel ne perd jamais de vue sa popularité, ces concessions ne peuvent se faire ni subitement ni sans conditions. Voici pourquoi la chancelière prend tant de temps dans ses prises de décisions. Il lui faut habituer ses concitoyens, les rendre ouverts progressivement à ces changements par un subtil jeu de déclarations contradictoires. Et surtout laisser pourrir la situation jusqu'à ce qu'elle ne laisse pas d'alternative. C'est ainsi qu'en mai 2010 elle est parvenue à faire accepter à son camp pourtant réticent une aide directe à la Grèce. Parce que la situation était devenue périlleuse : la contagion avait déjà atteint le Portugal et l'Espagne. On craignait pour la stabilité de l'euro. Le problème, c'est que, si ainsi elle a conservé sa popularité relativement intacte, elle a aggravé la crise européenne. Mais peu lui chaut.

Ce qu'elle peut offrir à Hollande

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François Hollande devra donc savoir lire entre les lignes. Rien n'est jamais définitif avec Angela Merkel, mais jamais elle n'ira dans un sens qui lui coûterait trop cher en politique intérieure. Ce serait le cas d'une renégociation du pacte budgétaire qui est lui-même le fruit d'un de ses compromis destinés à faire accepter à l'opinion allemande la mise en place du MES. Elle ne pourra pas accepter non plus une remise en cause de l'indépendance de la BCE ou un plan de relance financée par de nouvelles dépenses publiques. En revanche, pour maintenir l'illusion du couple franco-allemand et de la gouvernance européenne, elle acceptera sans doute un compromis sans conséquences avec la libération des fonds structurels et des investissements de la BEI. En présentant ainsi un plan de plusieurs milliards d'euros, elle pourra donner des gages aux présidents français et prétendant, en politique intérieur avoir tenu bon sur l'essentiel. Alors que l'on approche d'un scrutin fédéral de septembre 2013 qui s'annonce difficile, elle n'aura guère plus à lui offrir.

Romaric Godin

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