"Parler de second sauvetage pour l'Espagne relève de l'irresponsabilité"

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Luis Fernando Utrera /Copyright DR.
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Luis Fernando Utrera est directeur du master en Bourse et Marchés financiers de l'Institut d'Etudes Boursières (IEB).

Pourquoi le sauvetage tant réclamé des banques espagnoles n'a-t-il pas rassuré les investisseurs ?

Le problème de la solution adoptée est qu'elle diffère grandement de celle pour laquelle plaidait le gouvernement de Mariano Rajoy. Celui-ci voulait que le fonds de secours injecte directement des fonds dans le système financier. Mais, finalement, ces aides seront apportées au Fonds de restructuration bancaire (Frob) qui se chargera de les rediriger vers les banques. Or, le Frob étant un organisme public, les aides apportées viendront grossir la dette espagnole... si bien que celle-ci devrait atteindre 90% du PIB fin 2012, au lieu des 80% prévus. Cette perspective a été très mal reçue par les marchés

Le déclassement de l'Espagne par Moody's à seulement un degré de l'obligation pourrie ("junk bond") est-il mérité ?

La décision prise par Moody's est sévère mais logique. Elle repose sur deux éléments : l'énorme augmentation de la dette publique que suppose le sauvetage des banques et les doutes sur la capacité de l'Espagne à générer de la croissance économique dans un tel contexte, et donc à réduire sa dette.

Comment le sauvetage des banques pourrait-il permettre à l'Espagne de retrouver la confiance des marchés ?

En réalité, la question de savoir à quelles conditions seront prêtés les fonds, si les taux d'intérêt seront bien à 3% ou s'il y aura cinq ans de carence, n'est pas essentielle. On parle de sauvetage 'light' en se référant aux conditions d'emprunt mais en réalité le sauvetage espagnol est particulièrement dur. En effet, il va falloir rembourser les 100 milliards d'euros injectés aux banques dans des conditions économiques adverses, tout en maintenant les objectifs de déficit. Or, pour rendre ce prêt, la croissance est indispensable, ce qui est impossible avec la politique d'austérité imposée.

Existe-t-il un réel risque de fermeture totale des marchés à l'Espagne et d'un second sauvetage, de l'économie tout entière cette fois ?

Actuellement, le taux de financement sur dix ans est à 7%, autant dire que l'Espagne est de fait exclue des marchés si ces taux se maintiennent à ce niveau à moyen terme. Mais parler de second sauvetage relève de l'irresponsabilité compte tenu de l'impact de ce genre de pronostic sur les marchés. Si le prochain sommet de l'UE ne prend pas de mesures pour relancer la croissance en Europe, c'est non seulement l'Espagne mais aussi la zone euro dans son ensemble qui courent au désastre. Par ailleurs, la Banque Centrale Européenne (BCE) a un rôle crucial à jouer : elle doit faire comme la Fed et acheter de la dette publique afin que les marchés reprennent confiance en l'Europe et l'Espagne.

Quelle marge de man?uvre l'Espagne possède-t-elle ?

Sa marge de man?uvre est très réduite. Le gouvernement a déjà appliqué un plan d'austérité très dur. Il pourrait le cas échéant augmenter la TVA. Le gouvernement (de José Luis Rodriguez Zapatero, ndr) l'avait déjà majorée de deux points en 2010, de 16% à 18%. Mais cela ne résoudrait pas la situation car les hausses d'impôts ne se traduisent pas toujours par davantage de recettes et ont un impact sur la consommation et donc la croissance, qui est indispensable pour sortir de cette mauvaise passe. En fait, ce sont l'Allemagne et la BCE qui ont les clés de la solution de la crise espagnole et européenne. L'Allemagne doit dépenser plus même si c'est au détriment de son déficit afin de relancer les économies voisines. La BCE doit quant à elle agir afin que les coûts de financement de l'Espagne baissent, ce qui se répercutera sur le financement des entreprises qui pourront relancer leur activité.

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Commentaires
a écrit le 15/06/2012 à 12:11 :
L'EFESF va devoir intervenir pour sauver l'Espagne. Mais qui est derrière? Réponse":

-1 L'Allemagne apporte une garantie de 211,045 milliards d'euros, soit 27,06 %.
-2 La France apporte une garantie de 158,487 milliards d'euros, soit 20,32 %.
-3 L'Italie apporte une garantie de 139,267 milliards d'euros, soit 17,85 %
-4 L'Espagne apporte une garantie de 92,543 milliards d'euros, soit 11,86 %

"En clair : pour sauver l'Espagne, le FESF va intervenir et va lui prêter 50 ou 100 milliards d'euros. Mais le FESF est une coquille vide. Comme le FESF ne possède pas ces 50 ou 100 milliards d'euros, le FESF va devoir les emprunter sur les marchés internationaux, pour pouvoir ensuite les reprêter à l'Espagne! L'Espagne est écrasée sous des montagnes de dettes. Et donc on va empiler des montagnes de dettes supplémentaires sur les montagnes de dettes qui existent déjà ! Et on va continuer à croire que ces montagnes de dettes peuvent monter jusqu'au ciel !"

a écrit le 15/06/2012 à 9:17 :
on en sentira certainement l'onde de choc en France...toutes ces baisses de salaires de l europe de sud (smic à 500 euro) auront forcement de répercussions chez nous...on est bien parti pour une grosse déflation sur les salaires ! c'est d'ailleurs déjà le cas dans le sud ouest de la france, où les espagnols remportent de plus en plus d'appels d'offre de construction avec des devis 40% moins chers que ceux proposés par les boite française.
a écrit le 15/06/2012 à 6:09 :
C est un peu facile de demander que l Allemagne paie.
en amont, la spéculation dans l immobilier en construisant à tout va revient comme un boomerang
C est à l Espagne de payer ses erreurs et ses errements et non aux voisins
À suivre
a écrit le 15/06/2012 à 0:55 :
Pour ce qui est de la bourse, il existe le master inseec qui est bien classé, ils ont aussi un master commerce international de qualité. On pourrait peut être les employer vu le niveau abyssal de la balance.
a écrit le 14/06/2012 à 19:22 :
Si je lis bien cet homme, tous les pays européens sont perdus sans l'Allemagne (qui n'en peut plus) et la BCE qui n'a pas un sou vaillant. Je suis d'accord avec son diagnostic. Mais si l'Europe de tyrans tombe, je m'offrirais le champagne.

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