Les Lettons entrent à reculons dans l'euro
Baptiste Piroja - Pattarone
Baptiste Piroja - Pattarone
En Lettonie, la monnaie européenne est loin de faire l'unanimité. Ce petit pays européen de plus de 2 millions d'habitants coincé entre l'Estonie au nord, la Lituanie au sud et la Russie à l'est, s'apprête à adopter l'euro au premier janvier 2014. Mais si l'on en croit les sondages, de nombreux Lettons préfèreraient conserver le lats: seulement 20 % des Lettons soutiennent le passage à l'euro tandis que 58 % y sont opposés.
Pour cette majorité perplexe, l'euro désavantagera les consommateurs et déclenchera la flambée des prix. Le lats demeure en Lettonie une forme de fierté nationale. Interrogée par La Croix, Ieva Ekmane une étudiante en arts justifie : "pour notre identité nationale, c'est dommage d'abandonner le lats".
Les eurosceptiques lettons insistent également sur l'absence de consultation par référendum de la population. C'est le parlement national, la Saeima qui avait adopté le 31 janvier l'adhésion de la Lettonie à la zone euro.
Coté administration, on se prépare aussi à toute éventualité:
Ce pays balte, membre de l'Union Européenne depuis 2004, a tout du bon élève. Son taux de croissance annuel figure parmi les meilleures performances européennes: en 2011 et 2012, son PIB a affiché une hausse de plus de 5%. Et si l'année 2013 est un peu moins bonne, la croissance devrait quand même dépasser les 4%.
Du reste, tous les critères de Maastricht sont respectés. Le taux d'inflation à 0,4% est en dessous des 2% exigés par le traité, le déficit des finances publiques avoisine les...1,5 %.
Pour en arriver là, la Lituanie a réalisé un vrai parcours du combattant. Car le pays revient de loin après avoir subi de plein fouet la crise économique mondiale en 2008. Enregistrant trois années de récession de 2008 à 2010, il a connu une surchauffe de l'économie lié à un crédit facile, à l'augmentation très rapide des salaires et à une forte inflation. Conséquence: Riga a demandé l'aide du FMI, lequel lui a accordé un plan de sauvetage de 7,5 milliards d'euros en contrepartie de la mise en place de mesures d'austérité draconiennes.
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Quand elle a retrouvé le chemin de la croissance en 2011, plusieurs critiques ont loué l'efficacité de cette cure d'austérité. "La Lettonie au cours de cette période précédant son entrée dans la zone euro a été un modèle de politique budgétaire" avait conclu en septembre dernier Mario Draghi, le directeur de la Banque centrale européenne (BCE).
Le lats était en fait arrimé à l'euro depuis 2005, l'adhésion étant initialement prévue pour 2008. C'est la crise consécutive à la chute de Lehman Brothers qui a tout remis en cause. Mais aujourd'hui, le pays tient sa revanche. Valdis Dombrowskis, l'ancien Premier ministre qui a démissionné en novembre 2013, rapportait à la Croix que ce changement "en va de l'intérêt du pays". Selon lui, cela aidera l'économie lettone en facilitant les échanges et en renforçant la confiance des investisseurs.
Même son de cloche du côté du ministre des Finances, Andris Vilks, qui se veut rassurant et assure que le passage à l'euro se fera en douceur. Ce dernier a récemment déclaré :
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Le pays balte deviendra le 18e membre de la zone euro et le 4e pays ex-communiste de l'Europe centrale et orientale à adopter la monnaie commune après la Slovénie en 2007, la Slovaquie en 2009 et l'Estonie en 2011. Son voisin, la Lituanie a quant à lui de fortes chances d'adhérer à l'euro en 2015.
Baptiste Piroja - Pattarone