Un ministère de l'Economie et un des Finances. Comme en Allemagne ?

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Michel Sapin sera simplement ministre des Finances. Mais il aura les charges les plus lourdes.
Michel Sapin sera simplement ministre des Finances. Mais il aura les charges les plus lourdes. (Crédits : Reuters/Stéhane Mahe)
En scindant le ministère de l'Economie et des Finances, Manuel Valls s'est inspiré de l'Allemagne. Une mauvaise nouvelle pour Arnaud Montebourg

La grande nouveauté de ce gouvernement de Manuel Valls est la création d'un ministère des Finances et des Comptes publics. Si l'existence d'un ministère du budget, chargé de préparer les lois de finances proprement dites, est chose assez fréquente depuis 40 ans, c'est la première fois depuis sa création en 1946 que le « ministère de l'Economie et des Finances » est scindé en deux. Autrement dit, la politique économique, confiée à Arnaud Montebourg, est séparée de la politique des grands équilibres financiers de l'Etat, qui est confiée à Michel Sapin.

Cette distinction est très clairement d'inspiration allemande où, depuis 1949, le ministère de l'Economie et celui des Finances sont distincts, alors qu'en Italie (mais pas en Espagne), on fusionne les deux portefeuilles. Du coup, le cas allemand peut nous renseigner sur le rapport de forces entre les deux ministères.

Rapport de force d'abord en faveur de l'Economie

De façon significative, outre-Rhin, le rapport de force entre le ministre de l'Economie et celui des Finances a beaucoup évolué en faveur du dernier. Lors de la formation de la république fédérale en 1949, le ministre de l'Economie est Ludwig Erhard, le père du deutsche mark et du « miracle allemand. » C'est, après Konrad Adenauer, l'homme le plus puissant du gouvernement, celui qui donnent les grandes impulsions à l'économie allemande renaissante. Très concrètement, rien ne peut se faire sans lui et le ministre des Finances est alors surtout chargé d'intégrer ces choix dans le budget. C'est donc tout naturellement qu'en 1963, après la démission de Konrad Adenauer, Ludwig Erhard prend la chancellerie.

Les Finances dominent le gouvernement allemand depuis 1972

L'importance du ministère de l'Economie va persister jusqu'en 1972. C'est là que les Sociaux-démocrates Karl Schiller et Helmut Schmidt donnent encore le ton des grands choix économiques du pays. Mais avec la crise et la fin du système de Bretton Woods, le ministère des Finances commencent à devenir un portefeuille clé. C'est désormais en son sein que les grandes décisions sont prises. Très significativement, il est désormais attribué à une personnalité clé du parti dominant de la coalition ou à un homme de confiance du chancelier. En mars 1999, la démission d'Oskar Lafontaine à l'issue d'une longue bataille avec Gerhard Schröder a consacré l'aspect déterminant de ce ministère des Finances.

Un ministère de l'Economie vide de sens

A l'inverse, le ministère de l'Economie perd de la substance et est souvent donné au partenaire mineur de la coalition, comme « lot de consolation. » Des personnalités de second ordre s'y sont succédé. Angela Merkel l'avait attribué à la CSU bavaroise, puis aux Libéraux. Dans la grande coalition, il a été donné à Sigmar Gabriel, le vice-chancelier social-démocrate. Mais le plus parlant, c'est que depuis 1998, le portefeuille de l'Economie est couplé avec un autre portefeuille afin de lui donnant une existence « concrète. » Ce fut le ministère de l'Economie et de la Technologie (1998-2002 et 2005-2009), de l'Economie et du Travail (2002-2005) et, depuis cet automne de l'Economie et de l'Energie. Inutile de dire que le deuxième portefeuille a, en réalité, plus d'importance.

Représentant de l'Allemagne

Au niveau européen, le ministre fédéral des Finances est devenu un des principaux représentants du pays. Un fait renforcé par une disposition constitutionnelle qui lui donne le droit de refuser une dépense, fût-elle acceptée par la chancelière ! C'est donc lui qui participe aux grandes réunions européennes et mondiales. Dans la crise européenne, Wolfgang Schäuble, a joué un rôle central, notamment dans la gestion des aides diverses par l'Eurogroupe.

Tenir la bride d'Arnaud Montebourg ?

Le choix de plaquer le « modèle allemand » dans le gouvernement français pourrait donc avoir la même fonction qu'outre-Rhin. Le vrai animateur de l'économie française sera le ministre des Finances. C'est lui qui négociera le cadre budgétaire avec Bruxelles, qui participera à la gestion de la zone euro au sein de l'Eurogroupe et, donc, qui devra dialoguer avec Wolfgang Schäuble. C'est bien Michel Sapin qui aura une partie de l'avenir de la zone euro entre ses mains. Arnaud Montebourg n'aura de marges de manœuvre que dans le cadre défini par son collègue. Une façon de le tenir sous contrôle.

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Commentaires
a écrit le 03/04/2014 à 8:15 :
Tout n'est qu'un problème de fiscalité; qui s'en occupera? La fiscalité a un impact direct sur l'économie. Choisissez!
a écrit le 03/04/2014 à 5:41 :
On donne la part la plus importante a celui qui a montré son efficacité dans la lutte contre l'emploi, c'est ca ? (oui, vous avez bien lu "lutte contre l'emploi", c'est ca qu'il a fait le sapin piquant)
a écrit le 02/04/2014 à 22:21 :
Non, tout ça se défend dans une logique de protection (ils se moquent de tout sauf de leur "carrière" nos amis politiques): il faut qu'un fusible soit clairement isolé pour le changer quand il saute...
a écrit le 02/04/2014 à 20:23 :
Mothe Fenelon de Solutré de Givenchy de Cologene.

Je suis surpris ?
Mais , que fait de Gaulle ?
a écrit le 02/04/2014 à 19:44 :
j'ai entendu dire qu'ils avaient jeté le bocal et qu'ils avaient gardé les cornichons. Incroyable mais vrais.
a écrit le 02/04/2014 à 18:58 :
pourquoi comme en allemagne;
là-bas les ministres sont incompétants?
On y parle aussi de "malades imaginaires" ou de "courberies de sapin" ?
a écrit le 02/04/2014 à 17:22 :
ah! Mr Sapin! ...un des plus efficaces...!
a écrit le 02/04/2014 à 17:06 :
suicide collectifs
a écrit le 02/04/2014 à 16:48 :
D'un coté l'état avec son budget, ses priorités, ses missions régaliennes sa logique de fonctionnement propre qui n'est pas (ne peut pas être et ne doit pas être) celle d'une entreprise mais dont les dépenses représentent 25% du PIB.

Et de l'autre, le secteur économique libéral (entendez pas là non étatique), avec ses problématiques particulière (compétitivité, financement, commerce...).

Il n'est pas choquant que les deux secteurs qui sont également vitaux et énormes en terme de charge de travail, aient un ministère dédie. Ce qui serait choquant,c'est qu'ils ne se parlent pas.
a écrit le 02/04/2014 à 16:38 :
Tant que les administrations françaises essaieront de copier les allemandes, la situation ne va pas changer. C'est comme penser à faire un footballeur polonais jouer comme un joueur brésilien. Ce sont deux styles et deux mentalités totalement différentes l'une de l'autre. En faisant de la sorte, Valls démontre bien l'incapacité des nos gouvernements, soient-ils de gauche ou de droite, de gérer un modèle français et s'en sortir. Un probable couac, j'estime.
Réponse de le 02/04/2014 à 17:24 :
Ils les imitent que pour ce qu'ils ont envie. Ils n'ont pas annoncé d'augmentation des salaires de fonctionnaires alors que les allemands.
a écrit le 02/04/2014 à 16:30 :
C'est sans compter sur les directeurs de Bercy,qui sont les vrais décideurs
a écrit le 02/04/2014 à 16:28 :
Qui va s'occuper de la réforme fiscale? Sans doute le premier ministre avec une structure technique, le conseil d'analyse économique. Lui seul a la solution.
a écrit le 02/04/2014 à 15:23 :
je l'avais oublié = son chef-haillon est parti à moto avec sa nouvelle fiancée ségolattitude chercher les résultats en Allemagne.
a écrit le 02/04/2014 à 15:19 :
Sapin s'est "glorifié" précedemment par ses nouvelles justes" du chômage, ça va continuer sous les finances, chouette !!
a écrit le 02/04/2014 à 15:12 :
donc si on copie l'Allemagne , on va naturellement copier ses économies ?
a écrit le 02/04/2014 à 15:01 :
la messe est dite... sortons le cercueil la France est morte avec ces parvenu-e-s qui ne pensent qu'à eux... Mais après nous devons ( si nous voulons resté fier ) leur demander des comptes.
Réponse de le 02/04/2014 à 15:07 :
Rien d'autre à dire de plus intéressant ?
a écrit le 02/04/2014 à 14:56 :
Une chose est sûre, s'il redresse l'économie comme la courbe du chômage, nous avons du soucis à nous faire.
a écrit le 02/04/2014 à 14:52 :
si je ne me trempe pas, en Espagne les ministère des finances et de l'économie sont différenciés (Economia et Hacienda)
a écrit le 02/04/2014 à 14:46 :
On veut la même vitrine que l'Allemagne mais il n'y a rien dedans...!!
a écrit le 02/04/2014 à 14:41 :
Il y en a qui voient partout la main invisible de Dieu, d'autres voient partout la main invisible du marché.... et il y a Romaric Godin, qui voit partout la main de l'Allemagne. Vite un article qui nous montre que c'est Merkel qui a choisi les ministres !
Réponse de le 02/04/2014 à 16:33 :
...Pendant que d'autres, frappés d'amnésies chroniques, oublient que les français avaient voté NON lors du référendum sur la constitution. référendum dont le résultat fut piétiné par nos dirigeants de l'époque...

beaucoup prétendent alors que nous ne sommes plus en démocratie depuis...mais les amnésiques continuent de leur rire au nez, brandissant ironiquement leur seule arme d'auto défense psychologique, qui consiste a accuser ces premiers de "complotistes".

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