Europe : Berlin caresse Londres pour contrer Rome et Paris

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Le ministre des Finances allemand juge inimaginable et inacceptable une sortie du Royaume-Uni de l'UE
Le ministre des Finances allemand juge "inimaginable et inacceptable" une sortie du Royaume-Uni de l'UE (Crédits : reuters.com)
Le ministre allemand des Finances a insisté sur ce qui rapproche l'Allemagne et le Royaume-Un dans une interview au Financial Times. David Cameron n'est peut-être pas le grand perdant du sommet de la semaine dernière comme on l'a cru un peu vite...

A lire les commentaires de la presse continentale depuis vendredi, on a le sentiment que David Cameron est le grand perdant du choix de Jean-Claude Juncker comme président de la Commission européenne. Et pourtant, l'interview que le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble a donnée au Financial Times  et qui a été publiée ce lundi donne une autre image de la situation.

Points d'accord avec Londres

Le ministre allemand se trouve en effet plein de sollicitude à l'égard du Royaume-Uni. « Le Royaume-Uni est une composante essentielle, indispensable de l'unité européenne et l'UE sans lui est absolument inimaginable et inacceptable. Nous devons donc tout faire afin que les intérêts et la position du Royaume-Uni soit suffisamment représentés dans la politique européenne », explique Wolfgang Schäuble. Autrement dit, Berlin ouvre la voie à un compromis avec Londres afin d'apaiser la colère britannique issue du vote en faveur de Jean-Claude Juncker.

Très clairement, l'Allemagne entend appuyer sur les points d'accord avec le Royaume-Uni. Wolfgang Schäuble pave la route à un futur accord entre les deux pays pour « réformer » l'économie européenne. Cette réforme se fera sur la question de la subsidiarité, sur « l'utilisation plus efficace des fonds structurels » et sur les réformes « économiques » : « Nous sommes d'accord avec Londres sur le fait que l'Europe ne peut se permettre de faire du surplace durant la prochaine législature et que nous devons nous attacher à accélérer les réformes structurelles nécessaires à dynamiser la croissance. »

Donner à David Cameron une Europe à sa façon

On comprend donc la stratégie que veut désormais jouer Berlin : réconcilier David Cameron avec l'UE en lui donnant des gages économiques : plus de libéralisme et moins de dépenses européennes. Ceci pourrait signer une véritable défaite pour le camp social-démocrate qui n'a, rappelons-le, obtenu vendredi, que des mots concernant « l'équilibre nécessaire entre consolidation budgétaire et croissance. » Il convient de ne pas oublier que la dernière fois que Londres et Berlin se sont entendus, c'était lors de la détermination du cadre budgétaire européen. Les deux pays avaient alors obtenu une baisse globale de l'enveloppe budgétaire de l'UE, bloquant toute véritable capacité d'action économique de l'union.

Le Royaume-Uni en force à la Commission ?

Quelle forme prendra cet accord ? Le Financial Times de vendredi évoquait un Britannique à la tête de la direction économique de la Commission. On voit mal comment Jean-Claude Juncker et Angela Merkel pourrait refuser une telle demande alors qu'ils tentent d'empêcher le premier ministre britannique de faire campagne contre l'UE en cas de référendum outre-Manche. Mais alors, la fameuse flexibilité budgétaire pourrait rapidement être oubliée. De même que les investissements européens destinés à relancer la croissance et qui n'ont pas été détaillés. L'Europe voulue par les Tories est une Europe plus économe, donc qui investit moins. Elle a des points communs avec celle rêvée par Wolfgang Schäuble.

Flexibilité budgétaire aux abonnés absents

Du reste, dans cette interview au FT, Wolfgang Schäuble a martelé à nouveau un discours extrêmement ferme sur la question budgétaire : « Nous ne devons pas parler d'ajustement dans les règles, nous devons faire ce qui est fixé par ces règles. » Bref, rien ne change. Il affirme qu'il n'a jamais entendu « ni le premier ministre italien, ni personne d'autres » réclamer plus de flexibilité dans l'application du pacte de stabilité... Voici comment cette flexibilité présentée vendredi soir par Matteo Renzi est déjà devenue lettre morte.

Berlin annonce une réforme de la zone euro

Pire même, Wolfgang Schäuble annonce que l'Allemagne va reprendre sa demande de changements institutionnels pour la zone euro. Il évoque des changements « limités » des traités. On pense évidemment aux fameux « contrats de compétitivité » défendus depuis près d'un an par Angela Merkel où les Etats seraient liés par contrat à une politique de compétitivité externe qui serait appliquée par la Commission. Le ministre évoque plus de pouvoir pour la Commission avec des « décisions liantes » pour les Etats. Et il s'appuie sur David Cameron pour justifier cette demande ! Une alliance germano-britannique pourrait donc se former pour contraindre les « mauvais élèves » français et italiens à se « réformer. »

David Cameron en position de force

David Cameron est donc très courtisé pour un perdant ! En réalité, sa politique de fermeté sur l'affaire Juncker l'a mis en position de force face à l'Allemagne qui, pour éviter de voir le Royaume-Uni quitter l'UE appuie sur ce qui les lie. Même le vice-chancelier social-démocrate Sigmar Gabriel a plaidé pour des concessions envers Londres. David Cameron pourra pour obtenir ce qu'il veut agiter la menace du référendum. Mais ni Matteo Renzi, ni François Hollande n'ont cette possibilité. En ayant cédé trop facilement sur Jean-Claude Juncker comme sur les investissements économiques, ils ont perdu toute capacité à peser réellement. Leur victoire était une victoire à la Pyrrhus.

La fermeté paie face à Angela Merkel

 Preuve est encore faite que, face à Angela Merkel, la fermeté paie davantage que le « consensus. »En juillet 2012, déjà, la BCE avait pu lancer son programme « OMT » après une menace explicite de Mariano Rajoy et Mario Monti de quitter le sommet européen. A cette époque, François Hollande s'était contenté d'un fantomatique « pacte de croissance » qui est resté un simple concept. Deux ans après, il n'a toujours rien appris...

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Commentaires
a écrit le 01/07/2014 à 11:41 :
Hollande et surtout Renzi ont encore une carte en main. Il suffit qu'ils "oublient" de faire pression sur leurs eurodéputés et que ces derniers ne votent pas la confiance à Juncker, et on recommence tout le processus à zéro. Et le tout sans que les gouvernements Français et Italiens soient considérés comme responsable de l'affaire.
a écrit le 01/07/2014 à 10:35 :
Afin d'obtenir un accord à l'unanimité sur le prochain cadre financier de l'UE Paris a espéré isoler Londres au sommet européen du 24 juin. Une hypothèse très improbable, tant la position britannique était extrême. On a entendu dire que "La France refuse de continuer à financer les rabais de ses voisins, qui lui coûtent 2 milliards d'euros par an, dont 1 milliard pour la Grande-Bretagne."Faux, archi faux! La France est en tête des bénéficiaires du PAC, depuis sa création au bénéfice de... la France elle-même. Donc, les rabais ne sont pas financés par la France et ils sont justifiés.

L´Allemagne sait que si le Royaume Uni quitte l´union européenne, il y aura un grand trou dans le budget (trou que personne ne peut combler). Avec un tel trou dans le budget, le sauvetage de l´euro deviendrais plus qu´impossible et tout s´écroulerait très rapidement. Quel clown cet Hollande !
Réponse de le 01/07/2014 à 18:25 :
On comprend que Hollande ne veuille pas toucher aux traités européens. il a participé à ce déni de démocratie en refusant le résultat du référendum de 2005. Il sait que la construction de l'UE n'est en rien démocratique, c'est même de l'autoritarisme d'Etat, mais cela ne semble pas déranger ce représentant de la gauche qui semble avoir oublié ce qu'est la social-démocratie. Nous voulons croire à un bel avenir mais en fait nous ne croyons à plus rien.
a écrit le 01/07/2014 à 9:15 :
Angela est une fine mouche en matière de politique,elle adore la manœuvre fine,jouer par exemple les uns contre les autres,c'est une tactique qui à fait ces preuves."Sun TZU Quand vous sentez votre adversaire en totale sécurité et déterminer, soyez prêts à attaquer. S’il est supérieur en force évitez le."
a écrit le 01/07/2014 à 7:51 :
L'ouverture du nouveau chantier pour dé-bureaucratiser Bruxelles, ce que les français appellent de leur voeux comme le prouve la montée du front national, ne peut s'appuyer que sur les Anglais.
La France bureacratique et socialiste est totalement disqualifiée pour ce chantier. Mais elle a tout à y gagner. Laissons faire le sale boulot par les allemands, comme d'hab.
a écrit le 30/06/2014 à 23:15 :
Encore une théorie fumeuse... ou l'art du billard à trois bandes. A ce jeu là, l'Europe déjà mal partie, va finir en eau de boudin. Les Allemands et les Anglais font tout pour la saborder, et ces derniers, poussés par le américains y mettent toute leur ardeur. L'Europe pourrait survivre un temps si elle devient franchement néo-libérale, pour finir totalement contrôlée par les Anglo-saxons. Avec de tels partenaires, sortir de l'Europe devient une option plus que sérieuse. Et en attendant: US GO HOME.
Réponse de le 01/07/2014 à 0:07 :
Allemagne et Grande Bretagne sont tous deux les chevaux de troie garantissant les droits américains dans cette chimère américaine qu'est l'UE... Rien d'autre que cela ne doit faire illusion.
a écrit le 30/06/2014 à 22:55 :
Berlin annonce une réforme de la zone euro : la France revient au franc français, les autres pays continuent avec la monnaie unique.
a écrit le 30/06/2014 à 22:31 :
La France socialiste de Hollande n'a plus aucun poids en Europe. Le PS détruit ce pays depuis 1981. C'est fini.
Réponse de le 30/06/2014 à 23:56 :
a-t-elle réformé quand elle était au pouvoir? Malheureusement non!
Réponse de le 01/07/2014 à 12:13 :
@Polo et Et la droite. Vous avez tous les deux raison: Droite et Gauche, même incapacité à diriger correctement ce pays. La faute, non pas à la soi disant ingouvernabilité de la France, mais à cause du manque de courage de ses dirigeants successifs... A force de ne pas faire leur job, ils finiront comme... Louis XVI. Avec un peu de chance, il garderont leur tête. Enfin, comme de toute façon, ils ne l'ont déjà plus sur les épaules...
a écrit le 30/06/2014 à 20:58 :
L’axe Berlin-Londres est en effet la grande et belle nouveauté de cet été 2014, une opportunité formidable pour la construction d’une Europe qui tourne enfin le dos au socialisme.

L’erreur de cette analyse est de croire qu’Hollande aurait pris la tête d’un groupe du sud (italien). Rien n’est plus faux. Si Hollande cherche effectivement à les fédérer derrière lui dans une association trilatérale, Monti et Rajoy l’observent avec méfiance et il suffit qu’Angela fronce un sourcil pour que ces deux là se mettent au garde à vous. Contrairement à Hollande, eux savent où est l’intérêt de leur pays.

L’échec de la diplomatie française dans sa tentative de soumettre l’Allemagne est désormais patent. En moins d’un an, Hollande aura réussi à torpiller une des rares réussites du précédent pouvoir. La France, singulièrement affaiblie et isolée, n’a plus d’autre choix que de se soumettre. Et bonne chance !
Réponse de le 30/06/2014 à 21:32 :
La France ne se soumettra jamais à la grande Allemagne, pauvre allemands. Vous n'allez pas tarder à le regretter. On va rentrer en résistance , et on verra bien qui gagne à la fin comme d'habitude
Réponse de le 30/06/2014 à 21:58 :
Un peu osé (et historiquement faux) d'avancer que la France a vaincu l'Allemagne en 45. Si c'était le cas De Gaulle aurait fait partie de la Tripartite de Yalta, nous sommes bien d'accord. C'étaient les Russes, les Britanniques et les Américains qui sont les grands vainqueurs de la 2ème Guerre. Dire le contraire c'est du révisionnisme. Et celui-ci est interdit par la loi.
Réponse de le 05/07/2014 à 13:17 :
Vous avez raison. La France a perdu en 1940 et a ensuite collaboré jusqu'en 1945. Mais beaucoup de gens veulent le cacher et fausser l'histoire de la collaboration. Les anciens collabos sont devenus des gentils résistants.
a écrit le 30/06/2014 à 17:48 :
Encore un échec de plus. Que de fanfaronnades, que de déclarations fantoches. Au moins A. Montebourg a de la "Gueule". Il ne sert à rien de tergiverser avec Angéla. Elle est certaine d'avoir raison et ne peut faire marche arrière. La France est devenue la petite canote attachée à l'arrière du bateau. Merci Sarko, merci Hollande
Réponse de le 30/06/2014 à 21:47 :
Et quel autre scénario (réaliste !!) vous auriez imaginé pour la France ?
a écrit le 30/06/2014 à 17:25 :
J'ai l'impression que la France ne pèse pas bien lourd dans tout ça.
Je suggère que Hollande dégaine son Montebourg "spécial 451" pour avoir un peu d'influence. Au pire, il les fera mourir de rire. c'est déjà ça !
a écrit le 30/06/2014 à 17:19 :
Sarkozy jouait le rôle du valet, de la compromission avec l'Allemagne pour donner l'illusion de peser. Mais en réalité il ne se contentait que d'enregistrer les requêtes de Merkel. Hollande a voumu sortir de cet alignement subi. Mais sa méthode abouti au même échec au même aveux d'impuissance. De toute façon la France est en situation de dépendance et à partir de la les mains sont liés et on ne peut que variet les formes de soumission. Si la France dit je sors de l.euro je sors de l.ue... Nous serons les premiers à en souffrir durement sans monnaie avec une balance deficitaire et des produits globalement non competitifs. Une fois l'accord de libre échange signé avec les usa pour les anglais l.ue aura atteint le point final des objectifs liés à sa création. Tout le reste n'est que superflux ou entrave.
Réponse de le 30/06/2014 à 19:58 :
Bonjour, La France est (encore) la deuxième puissance économique de l'Union européenne.

Si demain la France dit "je sors de l'UE"...bien entendu, cela signifie de facto l'explosion de la zone euro, et donc la disparition de cette monnaie.

Que croyez vous que ferez nos camarades italiens, espagnols, portugais, irlandais, etc, nous voyant quitter la zone euro ? Ils s'engouffreraient dans la brèche avec grand plaisir bien sur !

Et toutes les cartes seraient ainsi redistribuées.
Réponse de le 30/06/2014 à 21:52 :
Des salades, voyons !.... vous avez votre voiture (française, bien sûr!), votre salaire, vous habitez avec confort, vous mangez et buvez bien..... alors, la grogne est-elle indispensable ? laissons la politique européenne à ceux qui peuvent effectivement la décider, ça ne sert à rien le blabla exalté de quelques-uns, ne va rien changer à rien. Bonne semaine!
a écrit le 30/06/2014 à 17:11 :
Hollande est décidément un brillant stratège. Il ferait mieux de partir et de s'occuper de la Corrèze.
a écrit le 30/06/2014 à 17:10 :
De la coopération entre les états. De la démocratie, Du chômage qui baisse, la croissance, la paix, la protection contre la mondialisation.
a écrit le 30/06/2014 à 17:09 :
Pour une fois on peut dire que Todd avait raison, les Allemands ne respectent que la force. Il faut que F. Hollande et L. Fabius renvoient vers Angela toute l'enegie négative qu'ils emploient contre Vladimir et Bachar. Sinon, Ils finiront comme les dindons et nous avec.
Réponse de le 30/06/2014 à 21:12 :
au moins ils ont compris que c n est pas la France qui fera progresser l Europe.
Réponse de le 30/06/2014 à 21:35 :
Ils ont la mémoire courte les allemands et Merkel n'est pas à la hauteur de la situation, c'est une épicière pas une chanceliére
Réponse de le 01/07/2014 à 7:04 :
Rien qu'une épicière? Ah, ce dédain typiquement français pour le commerce. L'asymétrie économique entre vos deux pays, ne pourrait-elle pas être du, en partie, à cause de ça?

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