Pierre Moscovici aux affaires économiques : une victoire à la Pyrrhus pour Paris ?

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Pierre Moscovici aura peu de marges de manoeuvre.
Pierre Moscovici aura peu de marges de manoeuvre. (Crédits : reuters.com)
La nomination de Pierre Moscovici au poste de commissaire aux affaires économiques semble être une victoire du gouvernement français. Mais rien n'est moins sûr.

A priori, la nomination de Pierre Moscovici au poste de Commissaire aux Affaires économiques élargi à la fiscalité et aux douanes est une victoire pour le gouvernement français. Paris a su venir à bout des réticences de Berlin et le fait est suffisamment rare pour le souligner. Mais que faire à présent de cette victoire ?

« Chasser le diable avec Belzébuth »

Pourtant, l'Allemagne ne voulait pas d'un Français à ce poste crucial, chargé de la surveillance budgétaire des Etats. On se souvient du mot cruel de Norbert Barthle, un député conservateur réputé proche d'Angela Merkel, qui, mi-septembre, avait estimé que nommer un Français à ce poste revenait à « chasser le Diable avec Belzébuth. » Quelques jours plus tard, le ministre fédéral allemand Wolfgang Schäuble avait évoqué un « mauvais signal » au cas où un Français prenait ce poste. En ajoutant cependant cette précision prémonitoire : « ceci ne vaut pas pour Pierre Moscovici. »

Pierre Moscovici, le seul Français acceptable par Berlin à ce poste

Le nouveau commissaire français était donc, d'emblée, le seul à disposer du soutien de Berlin. Certes, il existait des raisons personnelles à cette bienveillance allemande. Lors du passage de Pierre Moscovici à Bercy, le Franc-Comtois s'était montré un allié indéfectible de Wolfgang Schäuble. Cet alignement sur le pacte budgétaire, sur la crise chypriote, sur la taxe sur les transactions financières, sur la séparation bancaire et sur la question de la relance avait permis à Paris d'obtenir - moyennant tout de même une politique fiscale très agressive - une certaine tolérance agacée de l'Allemagne sur la situation budgétaire de la France.

Une nomination rassurante pour Berlin ?

Wolfgang Schäuble et Angela Merkel pouvaient donc avoir confiance en Pierre Moscovici. Mais ils ont sans doute dû recevoir des assurances de la part de Paris. Ces concessions concernent sans doute « l'indépendance » du futur commissaire vis-à-vis de « son » pays, la France. Le ministre allemand des Finances n'a eu de cesse de répéter que « de nouveaux délais ne servaient à rien » et que « les règles doivent être respectées. » Michel Sapin, dans une interview accordée en commun avec Wolfgang Schäuble aux Echos le 20 juillet, relevait que « ce qu'on me dit parfois en France (...), c'est que ça pourrait être dangereux pour la France qu'un Français occupe cette position car il voudrait être encore plus irréprochable et encore plus dur avec la France. Et donc d'un certain point de vue, cela pourrait rassurer l'opinion allemande. » Paris a pu être tentée d'appliquer cette théorie en promettant une certaine « sévérité » du nouveau commissaire à son égard.

Des « clusters » pour placer les commissaires sous contrôle

Du reste, Berlin a pris des précautions. Jean-Claude Juncker a décidé de modifier le fonctionnement de la Commission qui, désormais, travaillera en « clusters » ou en secteurs. Ces sept clusters seront dirigés par des vice-présidents. Pierre Moscovici n'a pas rang de vice-président. Il devra donc, selon la lettre de mission envoyée par Jean-Claude Juncker, « travailler étroitement » avec le vice-président en charge de l'emploi, de la croissance, de la compétitivité, le Finlandais Jyrki Katainen et avec le vice-président pour l'euro et le dialogue social, le Letton Valdis Dombrovskis. Dans les deux cas, il s'agit de commissaires proches d'Angela Merkel et réputés pour leur orthodoxie budgétaire. Bref, l'ancien ministre français sera « sous contrôle. » De plus, c'est Jyrki Katainen, commissaire sortant aux Affaires économiques et monétaires, qui examinera le projet de budget 2015 avant l'entrée en fonction de Pierre Moscovici.

Une architecture qui laisse peu de marges de manoeuvre

Au-delà même de cette nouvelle organisation, le think tank londonien Open Europe rappelle que « Pierre Moscovici aura une marge de manœuvre particulièrement limitée. » Il rappelle avec raison que l'architecture économique de la zone euro et le cadre de contrôle budgétaire est « particulièrement étroit. » Autrement dit, le semestre européen, le Two Pack et le Six Pact étant ce qu'ils sont, les possibilités de donner plus d'air aux budgets européens seront très faibles pour le Français. Du reste, cette architecture pourrait à nouveau être renforcée puisque la vieille proposition de Berlin de « contrats de compétitivité » pourrait renaître de ses cendres.

Double discours allemand

Au final, ce n'est pas un hasard si Pierre Moscovici a hérité d'un portefeuille « élargi. » Son rôle sera sans doute nettement plus important dans le domaine de la fiscalité commune et des douanes que dans celui du contrôle budgétaire. Paris gagnera donc sans doute bien peu de chose à cette nomination, sinon le sentiment même de la victoire. Mais cette nomination traduit surtout la nouvelle stratégie de Berlin : avoir l'impression de céder et, en réalité, ne rien céder. Ainsi, mardi 9 septembre, alors que l'Allemagne et la France annonçaient en grande pompe « leurs propositions pour la croissance », en réalité une quasi-redite des propositions du plan de relance de Jean-Claude Juncker, Wolfgang Schäuble présentait un budget fédéral allemand à l'équilibre. Et douchait tout vrai espoir de relance : « c'est une illusion de croire que creuser les déficits peut créer plus de croissance », a-t-il martelé. Il y a donc peu de chance que l'Allemagne participe directement à la relance européenne. Pierre Moscovici n'ouvrira donc sans doute pas une nouvelle ère en Europe.

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Commentaires
a écrit le 12/09/2014 à 8:33 :
Il a été incapable de gérer l'économie française alors à ce poste au sein de l'UE nous n'avons pas fini de subir ses facéties.
a écrit le 11/09/2014 à 22:27 :
c'est l'histoire d'un cancre qui est resté 2 ans à coté du radiateur, qui n'a rien fait, n'a pas travaillé et comme il a de mauvaises notes, il accuse l'enseignant, la notation, critique les bons élèves, le système scolaire..

mais les résultats ne sont pas bons, il se rapproche donc du bon élève, dit qu'il va travailler, avoir de bons résultats, tout le onde applaudit, mais en fait il fait tout pour l’empêcher de travailler, le pousse à sortir avec ses potes de la même trempe...

et comme les mauvaises notes s'accumulent, que l’enseignant fait de rappels à l’ordre, il reaffirme qu'il va s'y mettre, scepticisme de tout le monde, mais comme le planning de travail doit être affiché, chacun peut voir qu'il n'a prévu que d'aller à la gym, et rien sur l’essentiel au niveau des révisions de cours...pendant que les bons élèves ont de très bonnes notes et se plaignent qu'il dégrade l'image de la classe en plombant la moyenne, et le conseil de classe s’énerve !

toute ressemblance avec un président, un premier ministre, l’europe, les 200 milliards de mauvaises dépenses publiques qui ne sont toujours pas commencées à traiter et donc le déficit chronique donne lieu à des commencement de mesures antisociales de baisse des prestations sociales…serait fortuite et indépendante de notre bonne volonté et serait poursuivie pour contrefaçon.
a écrit le 11/09/2014 à 12:08 :
On le vire comme Ministre et pour prix de son incompétence on le nomme commissaire européen. L'Europe n'aura rien gagné par contre la rémunération de Mosco sera supérieure.
Réponse de le 14/09/2014 à 11:24 :
Je ne comprends pas comment il peut cumuler les fonctions de commissaire européen et de député français . Si ce n'est pas un conflit d'intérêt ??
Par contre pour sa bourse c'est le jackpot (30 000 € / MOIS ) .
a écrit le 11/09/2014 à 11:25 :
Les opinions doivent se rendre compte qu'il faut arrêter d'acheter des produits allemands. Car la diplomatie allemande est économique. Sur le fond, il n'y a rien d'autre. C'est la puissance pour la puissance... à chaque fois que Berlin s'est mêlé d'affaires internationales, cela a été une catastrophe. Ils fonctionnent en circuit fermé.
Réponse de le 11/09/2014 à 22:30 :
berlin a fait les réformes qui lui permettent d'avoir cette année un budget à l'équilibre, donc d'avoir es coudées franches pour investir, avancer, faire du social financé. pendant ce temps comme d'hab, la france faite des discours, fustge les autres mais s'enfonce dans les déficits, les dépenses, la dette suicidaire et en arrive à des mesues antisociales de réduction de prestations faute d'avoir le courage de s'attaquer aux 200 milliards de mauvaises dépenses !!

pas de leçons à donner à berlin, l'allemagne ne fait que rappeler qui est nul et ne fait rien, et plombe le sautres !
a écrit le 11/09/2014 à 8:15 :
Ce n'est pas une victoire: comment croire qu'un nul en France sera bon pour l'Europe ?
a écrit le 11/09/2014 à 0:43 :
Moscovici s’affirmait lui-même l’homme idéal le 22 juillet 2014 sur Europe 1 : « Je suis un Français, je suis un Européen. Toute ma vie a été marquée par cette double filiation. J’ai été ministre des Affaires européennes [1997/2002], député européen [1994/1997-2004/2007]. Quand j’étais ministre des Finances [2012], je me suis battu pour redresser la compétitivité de la France, pour réduire les déficits mais aussi pour que nous fassions en sorte de sortir de la zone euro.»
Au-delà du lapsus final « sortir de la zone euro » qui le rapproche de la position de françois asselineau de l’upr, il a eu tout faux pour la compétitivité et pour les déficits. Pourtant, il aurait dû lire notre prix Nobel de l’économie Maurice Allais qui a prédit les événements : La mise en place de l’ultralibéralisme et la poursuite inévitable du chômage, et qui martelait que l’objectif prioritaire est la lutte contre le chômage. Dans son livre Nouveaux combats pour l’Europe 1995-2002), il écrivait il y a 20 ans sur les délocalisations : « Les délocalisations constituent un phénomène récent qui s’est développé peu à peu depuis une vingtaine d’années en raison notamment…de la déréglementation des capitaux,… Les délocalisations sont restées longtemps circonscrites à quelques secteurs, mais elles progressent aujourd’hui inexorablement en suscitant inéluctablement partout du chômage dans les pays développés. » Cette déréglementation est inscrite dans l’article 63 du TFUE.
a écrit le 10/09/2014 à 23:02 :
je crois que le french bashing, dans ce cas, est peut être celui qui est le plus justifié : certes nous l'avons eu, tout le monde se moque de nous maintenant : tu veux ton jouet ? OK, tu vas l'avoir, sous une cloche de verre : tu n'as pas dis que voulais jouer avec...., bon ok, tu pourras jouer avec, pas plus d'une heure et avec des personnes pour te surveiller, car tu vois, la confiance, ça se mérite, ça se gagne. Et dans ton cas, il y a du boulot, mon petit mosco
a écrit le 10/09/2014 à 22:41 :
La France l'a voulu la France l'a eu,vous en déplaise messieurs les professionnels du French bashing,et la reine des fourmis peut aller se rhabiller avec son ayatollah de l’austérité le sinistre Wolf Schauble.
Réponse de le 11/09/2014 à 7:57 :
Ben voyons. Faites de beau rêve. Le french bashing ne vient pas de rien, mais trouve son origine dans le décalage entre la parole et les actes, entre l'arrogance du donneur de leçons et la médiocrité de la réalité.
a écrit le 10/09/2014 à 22:14 :
On a pu mesurer la nullité du bonhomme... Mais enfin, Hollande planque ses copains, l'intérêt public, ils n'en ont rien à faire...
Réponse de le 10/09/2014 à 23:08 :
ça, on en est persuadés, ce n'est pas nouveau !
a écrit le 10/09/2014 à 22:05 :
Il a fait la démonstration en direct à la télé , qu'il n'y connaissait rien , et la c'est sur ça va mieux se passer. Pour l' Allemagne , le danger de mettre quelqu'un qui n' y connait rien est peut être plus rassurant.
a écrit le 10/09/2014 à 21:50 :
Et donc, c'est lui qui va nous dire qu'il faut réduire nos déficits (qu'il a été lui-même incapable de réduire quand il était en poste) et qu'il faut davantage de rigueur, voire d'austérité, en France ? Réduire les recrutements de fonctionnaires, diminuer les dépenses sociales ? Quel humour ! Encore une grande réussite !
a écrit le 10/09/2014 à 21:08 :
il ne fera q appliquer les directives de sont patron , en bon toutou . depuis que c est l union européen c est devenu la chienlit j approche les 60 ans jamais je n ai connu un tel désastre il y avait des couacs mais depuis euros c est l horreur
a écrit le 10/09/2014 à 20:35 :
Veni, à Bruxelles
Vidi, la nouvelle consmission
Vici, Mosco l'incapable, curieusement promu à ce poste .
On craint le pire !
a écrit le 10/09/2014 à 18:59 :
Moscovici is back!!! Bonne nouvelle, bien que je le crois un peu court, j'aurais préféré Harlem Désir!!

Le PS ne nous apporte que des avions de chasse!!
a écrit le 10/09/2014 à 18:59 :
Ces gens là n'ont aucune fierté...maintenant Moscovici va donner des leçons à la France ! on est en plein rêve....non c'est la réalité !
Réponse de le 10/09/2014 à 20:11 :
eh! que voulez vous! de gras émoluments sont au bout! ceci, explique cela.....
a écrit le 10/09/2014 à 18:56 :
La France aurait dû plutôt présenter Thevenoud: question finances, c'est un connaisseur !
a écrit le 10/09/2014 à 18:46 :
Une brêle reste une brêle. Un socialiste reste un socialiste.
a écrit le 10/09/2014 à 18:10 :
M. Godin va sûrement trop loin dans son inimitié pour l'Allemagne et peut-être aussi dans son amitié pour Thomas Thévenoud, mais voilà un article qui l'honore. La loi française et la pratique des tribunaux français sont certes trop indulgents pour les puissants. Mais il n'appartient pas aux lyncheurs de corriger le tir. Il leur appartient seulement de voter la prochaine fois pour un gouvernement plus sévère (pour tous car l'égalité devant la loi n'est pas pour les chiens). De toute façon, il n'est nullement anormal - et seulement courageux - de souligner, comme le fait M. Godin, les excès dont Th. Thévenoud fait l'objet (pour des raisons de tactique politique plus directement liée aux intérêts de certains élus qu'à ceux du pays).
a écrit le 10/09/2014 à 17:55 :
Boussole ??? Règles ??? avez-vous dit
J’ai cru comprendre qu’il y aurait aux côtés de Pierre Moscovici un "expert en politique budgétaire à la ligne dure venu du nord de l'Europe", poste de vice-président, auquel le Français aurait à rendre compte.
Pierre Moscovici sous surveillance, pourquoi pas avec un bracelet électronique ?
Je pensais que le vice-président devait rendre des comptes au Président et bien non ! C’est renversant non ?
Pourriez vous m ‘éclairer ???
Signé un Economiste Honoraire
a écrit le 10/09/2014 à 17:54 :
Il va maintenant dire l'inverse de ce qu'il disait au gouvernement. Il fera sa carrière entière aux frais des contribuables. Il est content. C'est un socialiste tordu et faux. Ce constat étonnera qui?
Réponse de le 10/09/2014 à 18:11 :
PERSONNE! vraiment,! fourberies, hypocrisies, traitrises, on connait!
a écrit le 10/09/2014 à 17:42 :
Moscovici est une arnaque...
a écrit le 10/09/2014 à 17:37 :
Il a totalement échoué sur le plan national et comme il est vraiment nul il a droit, comme Harlem Désir à une belle promotion : c' est la version dans les faits que les ministres nuls et tricheurs socialistes sont promus. Belle leçon pour ceux qui bossent dans le privée.!!!
a écrit le 10/09/2014 à 17:31 :
L'Allemagne est en équilibre... aaach!... pauvres Français encore à la traîne à cause de gouvernants qui pensent plus à leur réélection qu'au bon état du pays.
a écrit le 10/09/2014 à 16:32 :
La HONTE !
a écrit le 10/09/2014 à 16:30 :
un commissaire pour rien d'important donc; et à connaître le montant de la rémunération allouée, c'est un vrai scandale à notre époque de disette; et c'est bien dans ce sens qu'il faut chercher la grande incompréhension, voir le rejet, des populations envers l'UE: une institution qui paie trop des gens inutiles; même avec certaine injustice pour les autres qui travaillent réellement, les conséquences sont catastrophiques.

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