La leçon du blocage suédois pour la social-démocratie européenne

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Le royaume scandinave est désormais ingouvernable
Le royaume scandinave est désormais ingouvernable (Crédits : Reuters)
La Suède semble ingouvernable après les élections de dimanche. La preuve de l'échec de la stratégie "réformiste" des Sociaux-démocrates.

Quelles leçons tirer des résultats des élections suédoises de ce dimanche ? D'abord que la situation politique du pays semble bloquée. Aucun des deux blocs, celui de gauche comme celui de droite, n'est parvenu à obtenir la majorité absolue : 159 sièges pour la gauche, 142 pour la droite et 48 sièges pour l'extrême-droite des Démocrates Suédois (SD) qui se retrouvent donc en position de « faiseurs de roi »...

L'échec de l'austérité

Comment en est-on arrivé là ? D'abord en raison d'une politique économique. Si la Suède a fait le choix en 2002 par référendum de conserver la couronne et de ne pas rejoindre la zone euro, elle est fort dépendante des marchés de la zone euro. L'activité a donc fortement ralenti en 2012 (croissance de 0,9 %). En réponse, le gouvernement conservateur et son ministre des Finances Anders Borg, coqueluche absolue des milieux d'affaires nordiques, a mené une politique d'austérité sévère. En début d'année, alors que l'économie suédoise marquait le pas (la croissance du PIB a été de -0,1 % au premier trimestre et de 0,2 % au deuxième), Anders Borg a annoncé son objectif de revenir à un excédent budgétaire quel qu'en soit le coût et il a abandonné son projet de baisses d'impôts.

Mécontentement

Même si la Suède n'a pas connu d'effondrement économique, cette politique a beaucoup mécontenté les habitants. Elle a fragilisé les plus faibles et renforcé les divisions ethniques. Le pays est désormais menacé de déflation. La cinglante déroute des Modérés, le principal parti conservateur, qui perd près de six points, est la preuve du rejet de cette politique. Le fringant Anders Borg a mesuré sa différence de popularité auprès des élites et auprès de son peuple et a annoncé ce lundi qu'il abandonnait la politique, preuve qu'il se présente comme un des principaux responsables de la déroute de la droite.

Stagnation à un niveau faible des Sociaux-démocrates

Les Suédois ne voulaient donc pas de nouveaux abandons du Welfare State. Vers qui alors se tourner ? Vers les Sociaux-démocrates ? En réalité, ces derniers ne progressent guère. Avec 31,2 % des voix, ils ne gagnent que de 0,5 point et 60.000 voix. Certes, ils stoppent la baisse continue de leur part électorale depuis 2002, mais ils ne profitent pas du désaveu de la droite. Et c'est bien ici que le bât blesse. En 1994, ce sont les Sociaux-démocrates suédois qui avaient mené les politiques de « réformes » qui avaient entrainé le désengagement de l'Etat dans l'économie et la baisse des déficits. Depuis, les Sociaux-démocrates n'ont cessé de perdre du terrain. Entre 1932 et 1994, ils n'avaient enregistré qu'une fois un score inférieur à 40 %. Entre 1994 et 2014, tous les résultats des Sociaux-démocrates ont été inférieurs à 40 %. Encore un chiffre : leur score de dimanche est leur troisième score le plus faible depuis un siècle !

La gauche n'a pas été perçue comme une alternative

Concrètement, cela signifie que, pour beaucoup de Suédois, les Sociaux-démocrates ne sont pas apparus comme une alternative. Le transfert de vote de droite à gauche a été minime. Ni les Verts, ni le parti de Gauche, alliés annoncés des Sociaux-démocrates, n'ont profité du rejet de la politique du gouvernement conservateur. Pour une raison simple : les Suédois savaient que la gauche, une fois au pouvoir, n'allait pas stopper net la politique précédente. L'histoire leur a appris. Ils ont donc cherché une « autre alternative », anti-système et ce fut les Démocrates suédois.

Un phénomène européen ?

Ces élections suédoises prouvent à nouveau ce qui a été prouvé par plusieurs pays européens : la conversion du centre-gauche aux « réformes » conduit à un resserrement du choix démocratique et, en cas de crise, au renforcement à l'émergence de partis « hors système. » En Suède, où l'extrême-droite était faible jusqu'en 2010, la poussée est spectaculaire, mais reste mesurée. Ce n'est pas le cas en Norvège, Danemark, Finlande, Pays-Bas ou Royaume-Uni qui ont connu ce phénomène. Pas davantage en France où les Sociaux-démocrates français ne semblent pas encore avoir compris cette leçon.

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