La Banque de Suède frappe contre la déflation

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La banque centrale de la Suède appelle les dirigeants politiques à trouver des solutions non-monétaires pour limiter le risque de bulle immobilière. | REUTERS
La banque centrale de la Suède appelle les dirigeants politiques à trouver des solutions non-monétaires pour limiter le risque de bulle immobilière. | REUTERS (Crédits : Reuters)
La Banque de Suède a surpris tout le monde en abaissant son taux principal à 0,25% pour lutter contre la déflation latente. Mais elle craint que cela n'amplifie le risque d'une bulle du crédit immobilier en Suède.

La Banque de Suède a recouru jeudi à la manière forte contre un risque latent de déflation, abaissant à 0,25% son taux d'intérêt directeur.

Mettre fin à la déflation latente

La décision de diminuer le taux de refinancement (ou "repo") d'un demi-point a surpris les économistes, qui s'attendaient à un quart de point de baisse. La conséquence immédiate a été une chute de la couronne suédoise, qui a perdu près de 2% de sa valeur face à l'euro et au dollar en quelques minutes. L'institut monétaire a en fait reconnu être beaucoup trop loin de l'objectif d'inflation de 2% qui lui est assigné. Cela fait en effet 19 mois consécutifs que le taux d'inflation est inférieur ou égal à 0,1%.

"L'inflation est plus basse que prévu et il est maintenant estimé que les pressions inflationnistes sous-jacentes sont nettement plus faibles que nous ne le pensions en avril", a souligné dans un communiqué la Riksbank.

Pourtant l'activité économique progresse, à un rythme que beaucoup de pays d'Europe pourraient envier. Après 1,6% de croissance en 2013, la banque centrale table sur 2,2% en 2014.

Retour au niveau de 2010

Le taux directeur retrouve là le niveau historiquement bas qui était le sien au plus fort de la crise économique, de juillet 2009 à juillet 2010. La Banque de Suède l'avait ensuite remonté, estimant devoir combattre le risque d'inflation, jusqu'à le porter à 2% entre juillet et décembre 2011.

Cette décision radicale "est surprenante si l'on considère les changements relativement faibles des prévisions économiques de la Riksbank. C'est plus un rattrapage", a écrit sur Twitter une analyste de la banque SEB, Erica Blomgren.

Crainte d'un surendettement des ménages

La politique monétaire a fait l'objet de débats intenses dans le pays ces derniers mois, notamment depuis que l'économiste américain Paul Krugman, prix Nobel 2008, a accusé en avril la Banque de Suède de "sado-monétarisme". La banque centrale justifiait son action par un compromis difficile avec l'endettement élevé des ménages suédois, qu'elle ne voulait pas encourager à emprunter davantage.

C'est pourquoi le gouverneur Stefan Ingves souhaitait encore rester prudent, et a plaidé pour une baisse d'un quart de point. Mais il a été exceptionnellement mis en minorité au sein du comité de politique monétaire, à deux voix contre quatre.

Une solution fiscale contre l'endettement n'est pas pour demain

Même si la frénésie des emprunts immobiliers reste un sujet d'inquiétude à la Riksbank.

"Un taux de refinancement faible rend encore plus urgente la nécessité que d'autres domaines de la politique économique gèrent les risques provenant de l'endettement des ménages et de l'évolution du marché immobilier", a écrit la Banque de Suède.

Une solution sur la fiscalité a notamment été évoquée. Mais une hausse de la fiscalité pour décourager l'achat immobilier serait très impopulaire, et il y a peu de chance pour que l'actuelle majorité prenne un tel risque à l'approche des prochaines élections législatives en septembre.

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