Grèce : faute d'alliés, Alexis Tsipras doit conquérir la majorité absolue

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L'espoir arrive. Le solgan de Syriza s'affiche dans le centre d'Athènes
"L'espoir arrive". Le solgan de Syriza s'affiche dans le centre d'Athènes (Crédits : Reuters)
Syriza sera sans doute en tête le 25 janvier, mais le parti d'Alexis Tsipras pourra-t-il gouverner ? C'est l'enjeu majeur des derniers jours de campagne.

La campagne électorale grecque entre dans sa dernière ligne droite à un peu plus d'une semaine du scrutin du 25 janvier. Et rien ne semble devoir empêcher Syriza, la Coalition de la gauche radicale d'Alexis Tsipras, d'arriver en tête. C'est en tout cas, depuis l'été dernier jusqu'à aujourd'hui vendredi, ce que disent tous les sondages. Et personne en Grèce ne doute plus désormais que Syriza arrivera devant Nouvelle Démocratie (ND), le parti de l'actuel Premier ministre, Antonis Samaras. L'enjeu est désormais ailleurs.

Le système électoral grec

L'enjeu, c'est de savoir si Syriza obtiendra ou non la majorité absolue. Le système électoral grec permet de l'espérer. Le parlement grec, la Vouli, est constitué de 300 députés. Pas moins de 250 d'entre eux sont élus à la proportionnelle dans des circonscriptions assez vastes, mais le parti qui arrive en tête obtient un « bonus » de 50 députés, soit 16,7 % de la Vouli. Autre élément à prendre en compte: les partis qui, au niveau national, n'ont pas obtenu plus de 3 % des suffrages exprimés n'ont droit à aucun député. Les 250 députés sont donc répartis entre les partis ayant obtenu plus de 3 %.

Combien de suffrages pour obtenir la majorité absolue ?

Un calcul du site Macropolis montre le score nécessaire pour obtenir la majorité absolue de la Vouli en fonction du score de l'ensemble des partis éliminés - ceux qui ont obtenu moins de 3 %.

Si ces derniers représentent 3 % des suffrages exprimés au total, le parti arrivé en tête a besoin de 39,2 % des voix pour obtenir la majorité absolue. Mais si les partis éliminés réalisent en tout 16 % des suffrages exprimés, 34 % suffira au premier parti pour rafler 151 sièges. Or, ce score de 34 % est loin d'être inatteignable pour Syriza.

Un  paysage politique très morcelé

Avec la crise, le paysage politique grec est très éclaté. Syriza et ND ne devraient pas obtenir ensemble plus de 65 % des suffrages. En 2009, par exemple, les deux partis en tête, Pasok et ND avaient cumulés 77 % des exprimés. Ceci laisse donc potentiellement plus de voix aux petits partis.

Or, selon les enquêtes le plus récentes, les autres partis font des scores très faibles. Aucun ne devrait avoir plus de 10 %. Trois partis, les centristes de To Potami, les néo-nazis d'Aube Dorée et les communistes du KKE, sont presque certains d'entrer à la Vouli, mais avec des scores compris entre 5 et 8 % des exprimés. Le Pasok, les Eurosceptiques de droites des Grecs Indépendants et le parti de l'ancien Premier ministre George Papandréou sont loin, eux, d'être sûr d'obtenir les 3 %.

Il n'est donc pas fantaisiste de penser que Syriza puisse obtenir la majorité absolue puisque, cette semaine, les sondages lui ont donné de 30 à 38 % des voix. Du reste, un sondage publié lundi -qui donnait les Grecs Indépendants et le parti de Papandréou hors du parlement et des scores pour les autres partis compris entre 3 et 5,5 %- accordait la majorité absolue à Syriza avec seulement 31 % des voix ! Tout est donc possible.

Pas d'alliés pour Syriza

Ce qui se joue, c'est tout simplement la capacité de Syriza à gouverner. Car, faute de majorité absolue, Syriza ne dispose d'aucun allié potentiel.

Le KKE a rejeté toute possibilité de soutien - même tacite, même par abstention - au parti d'Alexis Tsipras. Il est vrai que Syriza est l'émanation lointaine du KKE dit « de l'intérieur », une scission réformiste du KKE qui a conservé une ligne très dure. Le secrétaire général du KKE, Dimitris Koutsoumbas, a ainsi passé l'essentiel de son temps de parole à la télévision mercredi à attaquer Syriza.

Même rejet du côté de To Potami. Les centristes ont très clairement refusé de s'allier avec Syriza qui, pour eux, met la participation de la Grèce à la zone euro en danger.

Les Grecs Indépendants sont moins catégoriques, mais leur contingent sera faible, s'il existe, et leur rejet de l'immigration est incompatible avec une alliance avec Syriza.

Enfin, Alexis Tsipras a promis qu'il mettrait « à la poubelle » toute proposition de George Papandréou. Du coup, sans majorité absolue, Syriza risque de se retrouver incapable de gouverner, sans, pour autant qu'il existe une majorité alternative compte tenu du faible score de To Potami et du Pasok.

Antonis Samaras a donc tout intérêt à ce que la majorité de Syriza ne soit pas absolue. Dans ce cas, on reviendrait sans doute à la situation de 2012, il faudrait retourner aux urnes rapidement. Et le Premier ministre actuel pourra proclamer que Syriza est synonyme de chaos et est incapable de rassembler.

La question que se posent les Grecs

Cette question de la majorité absolue est en tout cas la seule question que se posent les Grecs ces derniers jours. Ainsi en va-t-il d'Andreas, un électeur « historique » du Pasok, retraité et qui dit « trembler pour ses économies » si Syriza gouverne seule, « parce qu'ils vont prendre l'argent dans les banques ».

Côté Syriza, les militants qui tiennent un grand stand sur la place Karitsi, au nord de Syntagma, avouent qu'ils ne comptent pas leurs efforts pour convaincre les passants de « donner à Alexis Tsipras une vraie majorité. » La tâche des militants n'est cependant pas simple, car, actuellement, les sondages estiment assez majoritairement que Syriza n'aura pas de majorité absolue.

Les indécis en priorité

« Ceux que nous cherchons à convaincre en priorité, ce sont les indécis, qui viennent nous demander des détails sur notre programme », explique Maria, une des militantes de la place Karitsi.

Il est vrai que plus de 10 % des électeurs, selon les enquêtes d'opinion, n'ont toujours pas fait leur choix. C'est dans ce réservoir de vote que les deux grands partis de Grèce cherchent leur salut dans les derniers jours.

Pour Alexis Tsipras, le discours dominant est clairement rassurant. « Il évite pour le moment d'entrer dans les détails du financement de son programme », souligne Stavros Koutsioubelis, membre du comité exécutif du syndicat de la fonction publique ADEDY qui ajoute : « Ce silence vise à rassembler le plus possible pour obtenir la majorité absolue. »

Mais, du coup, ceci donne du champ à la droite qui joue sur la « peur du bolchévique » et sur la crainte d'une politique fiscale confiscatoire. Jeudi soir à la télévision, Olga Kefaloyiannis, la ministre conservatrice du Tourisme, a affirmé que Syriza « s'apprête à taxer massivement les classes moyennes. »

Reste que le discrédit des deux partis de gouvernement, ND et Pasok, reste dominant dans la population. Même Andreas hésite à voter une nouvelle fois Pasok, malgré sa crainte de Syriza.

La dernière semaine de campagne s'annonce donc décisive pour savoir si le 25 janvier au soir, la Grèce sera, ou non, gouvernable.

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Commentaires
a écrit le 16/01/2015 à 21:59 :
juste pour remettre les choses en perspective sur la Terrible Crise en Grèce:
Evolution du PIB en France entre 2000 et 2013: +42%
Evolution du PIB en Grèce entre 2000 et 2013: +55%!
Réponse de le 17/01/2015 à 11:10 :
Commentaire ridicule...Vous avez vu d'où part la Grèce ??? Comaprez l'évolution du PIB de 2 pays n'a de sens que si ils sont ou étaient dans les mêmes dispositions macro économique. Vous etes un economiste en carton...
a écrit le 16/01/2015 à 15:11 :
La classe politique grecque archive corrompue va enfin dégager ,syryza est un mal nécessaire pour la Grèce ,j espére que les corrompus seront juger .
a écrit le 16/01/2015 à 14:06 :
Avec des arguments comme les vôtres , vous allez faire mourir de peur les classes moyennes grecques et elles auront bien raison. Vous êtes des aigris qui aimez à rejeter sur les autres vos propres turpitudes.
Si la Grèce veut s'en sortir, et elle s'en sortira, elle ne doit surtout pas voter Syriza
a écrit le 16/01/2015 à 13:41 :
Pour vivre depuis une dizaine d’années en Grèce, je peux affirmer que Syriza arrivera bel et bien en tête de ces élections et que c’est la meilleure chose qui puisse arriver au peuple grec. Certes, Tsipras a (malheureusement) modulé son discours depuis les dernières élections (où il a réalisé déjà d’excellents scores, notamment aux européennes), mais il représente le seul et unique espoir pour les courageux Grecs qui ont bien des leçons à donner aux autres Européens. ême s’il ne tenait que 10 à 20 % de ses promesses électorales (ce qui serait déjà infiniment mieux que ce qu’a réalisé la potiche Samaras entièrement à la solde de Merkel et de la troka), ce serait déjà une fantastique victoire pour tout le monde en Grèce. La crise grecque a été provoquée, entretenue et aggravée uniquement pour que certaines institutions (BCE en tête), une poignée d’états voyous (France et Allemagne en tête) et des banques peu reluisantes (notamment françaises) se fassent un maximum d’argent sur le dos des Grecs. Et ça suffit ! Il est anormal et amoral de vouloir imposer manu militari des critères industriels à un pays agricole et touristique qui a cependant quasiment tout pour ne pas dépendre des autres. Mais pour cela, évidemment, il faut évincer Samaras et son parti de droite (pendant grec de l’ump française) qui es responsable du fiasco économique du pays. Il faut aussi rééchelonner la dette qui a été creusée pour le seul et unique profit des Européens et certainement pas pour venir en aide à la Grèce ou aux Grecs. Et s’il faut en arriver là, il pourrait même arriver de ne plus rembourser du tout. Et tant pis pour les banques et autres institutions qui se sont déjà fait un max de pognon sur le dos des Grecs. Le retour à la drachme est la seule et unique solution réaliste, viable et fiable. Certes, il y aurait 5 à 6 ans très durs, mais certainement pas plus durs que ce qui existe actuellement (écoles non chauffées en hiver avec des températures pouvant descendre jusqu’à -20°C, cours de gym supprimés parce que les enfants sont sous-alimentés et s’évanouissent à l’école, ...). Et ce serait toujours mieux que les 35 ans – minimum ! – de pauvreté absolue si les Grecs devaient continuer à rembourser une dette provoquée par les seuls Européens. Voter Syriza, c’est le vote du courage. Dans ce merveilleux pays mis à mal par les Européens mafieux et corrompus (la fraude fiscale est moins importante en Grèce que dans d’autres pays tels que la France notamment) ; plus de 75 % des Grecs étant prélevés à la source, sans possibilité de triche), dans ce pays qui a inventé la démocratie, le vote Syriza est celui de l’avenir et du courage. Celui de refuser l’extrême pauvreté inutile et nuisible. Celui de refuser de se faire encor plus escroquer par le fmi, la troïka et les Européens.
Réponse de le 16/01/2015 à 15:18 :
le niveau de vie des grecs a explose avec les ' cheques delors'
ils veulent tous etre fonctionnaires ( a boire de l'ouzo) avec l'argent des partenaires europeens
soit ils se prennent en main, soit ils vont tomber tres bas ( enfin, un peu moins bas, vu que comme vous etes genereux vous allez leur faire un cheque de qques millions d'euros tire sur votre compte personnel, c'est votre legendaire generosite)
Réponse de le 16/01/2015 à 15:53 :
c'est vrai que la Grèce est un exemple de droiture, de rigueur fiscale et d’honnêteté. Les scandales de corruption aux niveaux ministériels et municipaux, l'absence de cadastre, le non paiement généralisé de la TVA, les détournements de subventions et de pensions par les particuliers, le non paiement d'impôts par le clergé, premier propriétaire national, et par les armateurs, premiers revenus nationaux, tout ça sont de inventions de la méchante Europe qui subventionne le pays à tours de bras. Ils vous ont bien convaincu les grecs !! Maintenant, que ce soit des gens sympathiques et qu'un bon coup de balais politique soit nécessaire, pourquoi pas, mais c'est leur problème, pas celui de l'Europe.
Réponse de le 16/01/2015 à 20:14 :
+1000000
Réponse de le 17/01/2015 à 16:01 :
Ces dettes sont le seul fait de la mentalité des Grecs qui s'imaginaient qu'ils allaient pouvoir éternellement vivre comme des Allemands en vacances ...
A la différence que les Allemands en vacances ne trichent pas sur leur budget, eux ...
Réponse de le 18/01/2015 à 17:27 :
Je vis également en Grèce depuis une dizaine d'année et je ne partage pas du tout votre analyse. Certes, une bonne partie du peuple souffre beaucoup de la crise et c'est terrible, mais pas tous, et d'ailleurs les cafés et les tavernes ne désemplissent jamais. Ici je ne vois que népotisme, corruption et magouilles et je n'arrive toujours pas à m'y faire même après 10 années. Beaucoup continuent à très bien vivre grâce aux bénéfices de ces pratiques durant les années dorées (et encore maintenant) et rêvent de revenir au bon vieux temps grâce à Syriza. Une majorité des membres de Syriza sont d'ailleurs d'anciens membres du Pasok, alors où est le changement ? Je ne pense cependant pas que le parti de Samaras soit meilleur. Mais je pense qu'il a raison sur un point la Grèce a besoin de réformes structurelles profondes pour s'en sortir.

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