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ÉconomieUnion européenne

Grèce : pourquoi Antonis Samaras joue la carte sécuritaire

Photo de Romaric Godin

Romaric Godin, à Athènes

Publié le 14 janvier 2015 à 07:20 - Mis à jour le 14 janvier 2015 à 07:24

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Le premier ministre grec a tenté de récupérer la vague d'attentats en France pour axer sa campagne sur l'immigration et la sécurité. Un geste de désespoir pour un Premier ministre dos au mur.

Le Premier ministre grec, Antonis Samaras, se lance dans une chasse aux voix désespérée. A dix jours des élections à la Vouli, le parlement grec, l'actuel chef du gouvernement a décidé d'axer de plus en plus sa campagne, non plus sur l'économie ou sur le risque de « Grexit » (sortie de la Grèce de la zone euro), mais sur l'immigration et la sécurité.

Récupérer les attentats de Paris

Aussi son parti, Nouvelle Démocratie (ND), exploite-t-il non sans outrances les attentats commis sur le sol français la semaine dernière. Dans un clip de campagne lancé lundi 12 janvier et traduit en français par le site d'information Okeanews, ND utilise des images de la marche parisienne du 11 janvier pour proclamer que « au moment où l'Europe s'arme, Syriza propose le désarmement des agents de police, la suppression des prisons de haute sécurité pour les terroristes et la naturalisation sans règles... » Et de conclure : « Avec Nouvelle Démocratie, la sécurité des Grecs n'est pas négociable. » Déjà, le soir même de l'attaque contre Charlie Hebdo, le 7 janvier, Antonis Samaras, dans un meeting avait fait le rapprochement entre cet attentat et la naturalisation des migrants clandestins soi-disant souhaitée par Syriza, la coalition de la gauche radicale qui est actuellement en tête des sondages.

L'échec de la peur du Grexit

Désormais, Antonis Samaras ne manque pas une occasion d'insister sur sa volonté de protéger les Grecs et de soutenir les forces de l'ordre. En réalité, la volonté de mener la campagne sur ce terrain traduit un échec : celui de l'utilisation (comme lors du précédent scrutin en juin 2012) de la peur pour amener les Grecs à « bien » voter. La menace de « Grexit », agitée fort opportunément par le gouvernement allemand le 3 janvier via l'hebdomadaire Der Spiegel, n'a pas impressionné les Grecs, ni Syriza.

Le parti d'Alexis Tsipras a affirmé très clairement qu'il ne souhaitait pas sortir de la zone euro. Du reste, cette menace a fait l'effet d'un boomerang puisque la menace a rendu les marchés très nerveux, prouvant dans les faits qu'un Grexit ne serait pas aussi anodin que le pense le gouvernement allemand... Il a donc cessé rapidement d'être agité, y compris par Berlin.

Des sondages inquiétants pour Antonis Samaras

Le boomerang a également frappé Antonis Samaras qui, comme le titrait en une le quotidien Avgi mardi 13 janvier, a toutes les raisons de crier : « Au secours, sainte vierge! » Les sondages sont, depuis quelques jours, très favorables à Syriza. Après une réduction de l'écart entre ND et Syriza la semaine dernière, le voilà qui se creuse à nouveau. Une enquête de Public Views, sortie lundi, donne ainsi 38 % d'intentions de vote au parti d'Alexis Tsipras contre 30 % à celui d'Antonis Samaras. Un autre sondage, paru le même jour et réalisé par ProRata, attribue une avance de 5,5 points à Syriza (31 % contre 25,5 % pour ND).

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Même si les deux alliés possibles d'Antonis Samaras, les sociaux-démocrates du Pasok et les centristes de To Potami, entraient au parlement, l'actuel Premier ministre ne semble pas en mesure de former une majorité au parlement. Pour le moment, Syriza non plus, mais sa probabilité d'en obtenir une est, chaque jour, plus élevée.

Maigre bilan économique, faible programme économique

C'est qu'Antonis Samaras ne peut guère s'appuyer sur son bilan économique. Les vertus de l'excédent primaire ne séduisent guère les Grecs qui, dans leur vie quotidienne, continuent de subir les conséquences de la crise et de l'austérité. Son incapacité à obtenir, malgré cet excédent primaire, une renégociation sur la dette comme les Européens le lui avaient promis en 2012, a sapé une bonne partie de sa crédibilité, laquelle n'a pas résisté non plus à sa volonté hâtive de vouloir sortir du plan de sauvetage cet automne.

Enfin, les électeurs grecs n'auront pas manqué de remarqué que le programme économique de ND, publié lundi, semble assez fantaisiste : il s'agit d'obtenir une croissance annuelle de 4 % avec des baisses de taxes et la "poursuite des réformes". Antonis Samaras prétend en effet être le seul à pouvoir discuter avec l'Europe. Or, la Troïka réclame des hausses d'impôts et de nouvelles coupes budgétaires. Et chacun sait en Grèce qu'Antonis Samaras n'a jamais fait preuve de beaucoup de résistance face aux Européens...

Antonis Samaras dos au mur

Antonis Samaras est donc incapable d'incarner le besoin de changement qui est désormais très fort en Grèce et qui se concrétise dans le rejet des deux partis traditionnels ND et Pasok, donné au mieux à un peu plus d'un tiers des suffrages exprimés. Acculé, il retrouve ses réflexes nationalistes qui, au début des années 1990, l'avait déjà mis en avant. A l'époque, il avait claqué avec fracas la porte de la Nouvelle Démocratie et fait chuter le gouvernement Mitsotakis sur la question macédonienne. Il peut espérer ainsi jouer sur un certain rejet de l'immigration dans certains milieux. Mais l'importance de l'économie dans le choix du 25 janvier rend sans doute cette stratégie perdante.

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D'autant que, si Antonis Samaras reste plus populaire sur le plan personnel qu'Alexis Tsipras, ce dernier apparaît nettement plus serein. A Kavala, mardi, il a tranquillement répondu à son adversaire que « l'on ne peut rien construire avec des attaques sombres et de la peur ». C'est donc en posture d'homme d'Etat que se place Alexis Tsipras face à un Premier ministre qui semble perdre pied...

Romaric Godin, à Athènes

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