Grève contre la réforme des retraites : scènes de guérilla à Lyon malgré les appels au calme de Sarkozy

Des scènes de violence se sont déroulées à Lyon en marge des manifestations lycéennes contre la réforme des retraites. Le chef de l'Etat ainsi que le Premier ministre, François Fillon, ont pourtant adressé un message de fermeté aux manifestants et aux grévistes mobilisés une nouvelle fois mardi. Un plan d'acheminement des carburants doit notamment être mis en place. Selon la CGT, 3,5 millions personnes défilent dans toute la France, comme le 12 octobre. Le ministère de l'Intérieur en dénombre 1,1 million.
(Crédits : Reuters)

La violence est montée d'un cran mardi à Lyon, où des scènes de guérilla urbaine se sont déroulées en marge des manifestations lycéennes puis du défilé syndical contre la réforme des retraites. La police a procédé à 75 interpellations, portant à 170 le nombre d'arrestations depuis le début des heurts, jeudi dernier. "Un tiers de ces interpellés sont défavorablement connus des services de police pour avoir commis des vols, des dégradations, des 'caillassages'", a dit à la presse le préfet du Rhône, Jacques Gérault.

Albert Doutre, directeur départemental de la sûreté urbaine, a évoqué un "véritable phénomène de guérilla urbaine". Dans le centre-ville, principal théâtre des heurts, des dizaines de commerces ont eu leurs vitrines brisées. Neuf boutiques ont été pillées. On dénombrait également au moins six voitures incendiées, une trentaine de véhicules renversés sur le toit, y compris des camions, et six abribus détruits.

Les services de secours ont dénombré 25 blessés légers dont 14 CRS. Les autorités ont parlé de 1.300 casseurs, qui évoluent par petits groupes et de façon très rapide sur plusieurs kilomètres dans les principales artères de la ville. "Nous avons déployé aujourd'hui environ 500 hommes sur le terrain", a indiqué Jacques Gérault.

Hélicoptère

Fait inédit, un véhicule blindé du GIPN a été dépêché sur place. "Les hommes à bord ont rapporté que les attaques étaient plus violentes encore que lors des émeutes de la Villeneuve à Grenoble", a souligné le préfet. Mardi soir, une soixantaine de casseurs étaient toujours actifs place Bellecour dans le centre de Lyon et les autorités redoutaient un déchaînement de violence pour mercredi. "Les événements vont crescendo depuis jeudi dernier", a dit Albert Doutre. "Mercredi, nous allons encore recevoir des renforts et près de 800 hommes seront déployés sur le terrain".

Le préfet a confirmé que compte tenu du jeune âge des casseurs, des ordres avaient été donnés pour que les forces de l'ordre agissent avec retenue. "C'est très difficile", a reconnu Jacques Gérault. "Même quand les policiers reçoivent des pierres, ils doivent faire très attention à ne pas blesser les jeunes qui sont en face". Les jets de bombes lacrymogènes sont donc privilégiés par les forces de l'ordre pour disperser les groupes et 190 grenades ont été lancées dans la seule journée de mardi. Parmi les 170 casseurs interpellés depuis jeudi, la moitié sont mineurs issus pour la plupart de banlieues et beaucoup ne sont pas scolarisés. Ils sont présentés en comparution immédiate au juge ou au juge pour enfants.

Ils se donnent rendez-vous par l'intermédiaire de SMS ou de messages diffusés sur le réseau Facebook, ce qui pose "un problème d'anticipation", a dit le préfet. Mardi, un hélicoptère de la gendarmerie a survolé le centre-ville pour localiser les groupes et faire des photos et des films qui serviront ensuite à la justice pour des identifications. Il devrait en être de même mercredi. Le préfet a lancé mardi soir un appel aux parents. "Leur devoir est de veiller à ce que leurs enfants ne se laissent pas embrigader dans de telles manipulations. Je leur conseille d'assumer leur rôle de parents responsables", a-t-il dit. Le sénateur-maire (PS) de Lyon, Gérard Collomb, en déplacement pour une dizaine de jours en Asie, a annoncé qu'il serait de retour dès mercredi matin dans sa ville.

1,1 ou 3,5 millions de manifestants en France ?

La CGT annonce que la manifestation contre la réforme des retraites a réuni ce mardi 3,5 millions personnes dans toute la France, comme le 12 octobre. Pour Le ministère de l'Intérieur en revanche, la mobilisation est plus faible que la semaine dernière avec 1,1 million de personnes (contre 1,23 million). A Paris, 330.000 personnes étaeint présentes dans les rues selon la CGT, un chiffre identique à celui enregistré lors de la précédente journée d'action du 12 octobre. Pour la police en revanche, la mobilisation est moindre avec 67.000 personnes contre 89.000 la semaine passée. A Marseille, les syndicats dénombrent 10.000 personnes de plus que mardi dernier avec 240.000 personnes dans la rue, 23.000 selon la police. Entre 18.000 personnes dont 4.000 lycéens selon la police défilaient dans les rues de Lyon à la mi-journée, 45.000 selon les syndicats.

La manifestation , encadrée par les syndicats, s'est déroulée sans incidents. Mais pendant ce temps, les scènes de violence urbaine se sont multipliées dans le centre ville où des petits groupes de casseurs ont balayé le quartier de la presqu'île en cassant vitrines, voitures et mobilier urbain. Le leader de la CGT, Bernard Thibault, a lancé un appel au calme avant le début du défilé parisien. De même que François Chérèque, le secrétaire général de la CFDT.

Tenir face à la contestation. Tel est le mot d'ordre à l'Elysée comme à Matignon. Nicolas Sarkozy et le gouvernement retiennent leur souffle jusqu'à l'adoption, repoussée sans doute à jeudi soir, du projet de réforme des retraites au Sénat. Ce mardi, alors qu'une nouvelle journée d'action est organisée, avec des grèves et des manifestations, le chef de l'Etat en a appelé à la responsabilité de "l'ensemble des acteurs" pour éviter tout dérapage.

Nicolas Sarkozy, qui achevait un sommet franco-germano-russe à Deauville, a annoncé qu'il allait tenir une réunion dès son retour à l'Elysée pour "débloquer un certain nombre de situations", par exemple la pénurie croissante de carburants. Le président de la République a aussi appelé les lycéens et les étudiants, de plus en plus nombreux dans la rue, à manifester "sans violence et sans débordement".

François Fillon, qui s'exprimait en fin de matinée devant les députés UMP, a noté que "le mouvement commence à s'essouffler" mais qu'il "se radicalise". Il a précisé qu'il faudrait quatre à cinq jours avant que la situation revienne à la normale pour l'acheminement des carburants. Un tiers des départements français connaît des problèmes d'approvisionnement dans les stations-service, a ajouté le Premier ministre, qui devait présider dans l'après-midi une réunion sur ce sujet à Matignon. Au total, 2.500 stations service étaient à sec lundi soir, sur les 12.500 que compte le pays.

Nicolas Sarkozy a de nouveau plaidé pour sa réforme, contestée par sept Français sur dix dans les sondages, en soulignant qu'elle était indispensable pour garantir le financement des pensions. "Le plus grand débordement serait de ne pas faire mon devoir et de ne pas prévoir le financement des retraites aujourd'hui et demain", a-t-il dit. "Pour le reste, je suis sûr que chacun saura faire preuve de sang-froid".

Cette attitude très ferme de l'éxecutif ne semble pas, pour le moment, convaincre les Français. Selon le baromètre BVA-Orange-L'Express-France Inter publié ce mardi, Nicolas Sarkozy recueille 69% de mauvaises opinions, battant de cinq points le record atteint au mois de septembre. Il recueille 30% de bonnes opinions (- 2 points). L'opinion favorable au chef de l'Etat progresse cependant d'un point parmi les sympathisants de droite (70%). L'impopularité de François Fillon progresse, elle, de quatre points à 52%. C'est la première fois depuis sa nomination à Matignon, que le Premier ministre est désavoué par une majorité de Français.

La présidente du Medef, Laurence Parisot, plutôt en retrait dans le conflit jusqu'ici, a fait part mardi de son inquiétude sur l'impact sur les entreprises du mouvement de contestation, qui touche les transports, les raffineries de pétrole et d'autres secteurs importants de l'économie. Elle a jugé que le projet de loi gouvernemental était "un bon compromis" et a récusé tout lien entre les départs retardés des seniors à la retraite et une insertion professionnelle plus difficile pour les jeunes. Le porte-parole du PS, Benoît Hamon, a indiqué de son côté que la position du PS sur les retraites, prévoyant notamment un allongement de la durée de cotisation, serait renégociée si les socialistes arrivaient au pouvoir en 2012.

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