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AFROBYTES 2019 I Ammin Youssouf : «On ne veut pas se cantonner aux sujets africains»

Marie-France Réveillard, à Paris

Publié le 17 mai 2019 à 04:01 - Mis à jour le 12 décembre 2024 à 23:37

Ammin Youssouf afrobytes

Ammin Youssouf afrobytes

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Mercredi 15 mai, la Station F a accueilli la 4ème édition d'Afrobytes, le rendez-vous parisien des acteurs de l'économie numérique africaine. Les startups ont redoublé d'efforts pour séduire les investisseurs venus nombreux dans la perspective de repérer les «Jumia» du futur, à quelques heures de l'ouverture de l'incontournable salon Vivatech...

Cette année, Afrobytes a quitté les locaux du Medef pour prendre ses quartiers à la Station F, le temple du numérique français. L'événement a rassemblé plus de 400 visiteurs autour d'une quarantaine de startups. «Nous avons choisi d'organiser cette rencontre à la Station F, car c'est le plus grand start-up campus au monde: Google, Facebook, Amazon, Thalès, Microsoft, LVMH: tout le monde est là!» explique Ammin Youssouf, le fondateur d'Afrobytes, dont les bureaux sont situés à l'étage.

Derrière les baies vitrées lumineuses, la Stations F est en effervescence. Les échanges se multiplient sous forme d'entretiens B2B, autour de conférences consacrées à l'Intelligence artificielle (IA), à l'ère quantique ou à la blockchain. Parallèlement, les startupers se succèdent dans des présentations chronométrées, appelées «Pitch My Country», qui ont mis à l'honneur l'Ethiopie, le Maroc, le Ghana, le Nigéria, l'Afrique du Sud et la République Démocratique du Congo. «Les startupers viennent du monde entier» se félicite Ammin Youssouf, précisant qu'Afrobytes renforce actuellement son positionnement international: «L'Allemagne, les Etats-Unis, la Chine et même le Venezuela sont là». Et ce n'est pas Zikoh Jean-Luc Kouassi-Zessia, le co-fondateur d'Africa+, une startup danoise, qui le contredira: «Il existe trop peu d'initiatives de ce genre en Scandinavie» déplore t-il.

Parallèlement aux sélections-pays définies par ses principaux partenaires, Afrobytes a proposé pour la première fois cette année, une short-list de 3 startups africaines dont Kahawa 1893, qui commercialise un café «made in Kenya», dotée d'un siège dans la Silicon Valley californienne. «Malheureusement, Margaret Nyamumbo n'est pas présente aujourd'hui car elle n'a pas réussi à obtenir son visa dans les délais» déplore Ammin Youssouf. Authgate, spécialiste sud-africain des terminaux de paiement et Zayride, le «Uber éthiopien», sont venus compléter cette sélection.

Des soutiens du réseau d'Harvard à l'intégration au Start-up Sesame...

Okendo Lewis-Gayle, le fondateur d'Harambe Entrepreneur Alliance, avait répondu présent à l'invitation d'Afrobytes. Né au Costa-Rica, il a grandi en Italie puis en Chine avant de s'établir aux Etats-Unis, ce qui n'empêche pas l'Américain de se considérer comme un membre à part entière de la diaspora africaine: «On a tous un rapport avec l'Afrique!» déclare dans un large sourire, celui qui dirige le très sélectif réseau d'influence de Harvard. «Au départ, c'était juste un club d'étudiants de Harvard et du MIT qui voulaient retourner en Afrique pour y avoir un impact. Douze ans plus tard, certains membres ont fondé des entreprises comme Andela (une start-up américaine, spécialiste de la formation de développeurs de logiciels en Afrique, qui a récemment levé 100M$ auprès d'un consortium d'investisseurs, ndlr) ou Yoco (fournisseur sud-africain de terminaux de paiements et de logiciel de caisse)» se félicite le fondateur.

Le réseau compte 300 jeunes membres triés sur le volet (d'une moyenne d'âge de 31 ans, ndlr) qui représentent 243 universités, et dispose de partenaires prestigieux tels que Jack Ma ou Mark Zuckerberg. Harambe a levé plus de 400M$ US et a favorisé la création de 3.000 emplois, à ce jour. «Avec des réussites comme M-Pesa au Kenya, le monde entier s'intéresse de plus en plus à l'Afrique, qui est dotée d'un immense potentiel technologique» déclare Okendo Lewis-Gayle qui explique sa présence à l'évènement, en soutien à l'une des membres de Harambe, Haweya Mohamed, qui n'est autre que la co-fondatrice d'Afrobytes...

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Parallèlement, Afrobytes se réjouit d'avoir récemment intégré le réseau Startup Sesame: «Cela représente une très belle étape pour nous, car Sesame Tech réunit une trentaine d'événements européens dans 20 pays, comme Slush, Hello Tomorrow, Web2day, Next web (...) et c'est la 1ère fois qu'un thème africain rejoint ce réseau. Cela nous permet de participer à une approche globale. Afrobytes traite d'Afrique, ce qui ne nous empêche pas de nous intéresser au reste du monde. En tant qu'Africains, on a aussi une opinion sur l'IA ou la reconnaissance faciale en Chine. On ne veut pas se cantonner aux sujets africains» lance Ammin Youssouf.

L'attractivité des pépites africaines ne faiblit pas

Il aura fallut 6 mois de déplacements au long-cours et de tractations aux fondateurs d'Afrobytes pour préparer cette rencontre. «Nous avons tenu des mini-éditions à Londres, New-York, San-Francisco, Nairobi et Addis-Abeba pour préparer cet événement» précise Ammin Youssouf, entre deux salutations aux invités qui se pressent autour de lui. Une longue préparation pour un événement qui a séduit de nouveaux partenaires de poids comme Paypal, le géant américain du paiement en ligne. Afrobytes compte également parmi ses partenaires IE Business School, Africa Center, Eutelsat, la banque de développement allemande (GIZ) et la Banque mondiale. «On doit notre présence ici, à l'Agence nationale de développement digital du Maroc, qui sponsorise 16 startups marocaines», explique quant à lui, Walid Machrouh, le jeune fondateur de la startup Nobox-Lab, spécialisée dans les programmes éducatifs interactifs (disponibles en français, en anglais et en arabe), avant de rejoindre d'un pas pressé, de potentiels investisseurs...

Parmi les 40 startups invitées à Paris, certaines d'entre elles, à l'instar de la sud-africaine African Tech Round-up, spécialisée dans la production de contenus, la gestion de projets multicanaux et l'organisation d'événements live, ou encore, la star éthiopienne ICog Labs, l'un des principaux contributeurs à la conception de l'humanoïde Sophia (le robot-star de Hanson Robotics), ont particulièrement capté l'attention. «Nous développons des solutions d'IA décentralisée actuellement et nous voulons gagner en visibilité, d'où l'intérêt de notre présence à Paris» précise Hruy Tsegaye, jeune manager de projet chez Icog Labs.

Afrobytes s'est tenu la veille des journées Vivatech mais, loin de craindre une surenchère des événements consacrés à l'Afric@TECH, le calendrier «fait bien les choses» selon Ammin Youssouf. «Les gens viennent pour Afrobytes et Vivatech en même temps et ça évite des problèmes de visas» explique t-il, signalant par ailleurs que «le thème de Vivatech 2019 c'est l'Europe et ici c'est l'Afrique.»

L''intérêt des investisseurs pour le continent est exponentiel et les levées de fonds des startups africaines ont atteint des niveaux record en 2018, (+108% pour atteindre 1.15Mds $), selon un rapport publié par Partech en mars 2019, qui s'est intéressé à 146 startups dans 19 pays. Une progression qui profite néanmoins, presque exclusivement à l'Afrique anglophone, avec un trio de tête représenté par le Kenya devant l'Afrique du Sud et le Nigéria. « Il est vrai que l'Afrique anglophone devance l'Afrique francophone en matière de Tech, mais c'est un avantage pour les Africains francophones qui avancent vite et qui peuvent apprendre de nos erreurs» conclut optimiste, Charles Ojeu qui représente l'incubateur nigérian HIBR Group, venu spécialement à Paris «pour créer des ponts entre les startups francophones et anglophones»...

Marie-France Réveillard, à Paris

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