Current AI, entreprises, diaspora… Le Maroc pose les jalons de sa stratégie IA

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C'est en grande pompe que le Maroc a enclenché la semaine dernière sa course vers l'élaboration de sa stratégie d'intelligence artificielle (IA) dans le cadre des premières assises nationales, rassemblant toutes les sphères de la société. Après le Sommet pour l'action sur l'IA qui s'est tenu à Paris en février dernier auquel le royaume a activement participé, Rabat entend aller plus loin pour faire du Maroc, non pas un utilisateur éclairé de l'IA, mais un « constructeur responsable ». « La société marocaine est très curieuse de sciences et de technologie. C'est la raison pour laquelle je veux la participation citoyenne à cette feuille de route », défend Amal El Fallah Seghrouchni, ministre de la Transition numérique. Initiatrice de ces rencontres, cette experte chevronnée en IA -chargée de l'implémentation de la stratégie « Maroc Digital 2030 » - s'est refusée de faire du sujet de l'IA celui de son seul département ministériel.
Les deux jours de discussion ont débouché sur de nombreuses pistes d'orientation pour la future stratégie nationale et sur plusieurs partenariats interministériels et internationaux autour de l'éducation, l'inclusion numérique et économique, la formation professionnelle dans divers secteurs (agriculture, tourisme ...), la recherche scientifique et l'innovation, la transition énergétique ou encore l'accompagnement des start-up. A la veille de la Coupe d'Afrique des Nations (CAN) et de la Coupe du monde de football que le Maroc co-organisera en 2030 avec l'Espagne et le Portugal, le sport est également un domaine de prédilection de la stratégie nationale d'IA.
Ayant l'ambition de participer activement à la gouvernance mondiale de l'IA, le ministère de la Transition numérique a signé un accord avec Current IA, le but étant de promouvoir une IA éthique, sécurisée et inclusive, afin de soutenir des projets pilotes dans la santé, la diversité linguistique et la gouvernance au Maroc et en Afrique. « La collaboration internationale forte est nécessaire, d'autant qu'un de nos objectifs est de mettre en place des lois compatibles l'Europe, l'Amérique, bref avec les régions du monde les plus avancées en la matière », explique la ministre.
Pour Martin Tisné, le pays est en train de saisir « l'occasion immanquable de faire les choses différemment avec l'IA ». « C'est également l'opportunité d'orienter le modèle économique de l'IA générative », ajoute le CEO de AI Collaborative, soulignant les défis auxquels se heurtent les régions du monde qui s'y intéressent comme l'Europe qui a récemment investit 1,3 milliard de dollars pour l'essor de cette IA dans les services publics.
Au niveau du secteur privé, l'IA est de plus en plus présente au Maroc. En début d'année d'ailleurs, la multinationale marocaine spécialiste du paiement HPS s'est alliée au géant Enigma pour développer des solutions d'IA. Et dans le royaume, plus en plus de start-up émergent dans le domaine. A côté, les entreprises et industries de divers secteurs sont de plus en plus confrontées à la réalité de l'adoption des nouvelles technologies afin de pérenniser ou propulser leur business. « L'IA n'est pas un luxe, mais une nécessité pour le pays et les entreprises. C'est un outil qui va nous permettre d'accélérer la croissance économique », estime Chakib Alj, président de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM).
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La diaspora marocaine dans le monde est faite de nombreux experts dans le domaine de la Tech en général dont certains n'ont pas hésité à s'engager dans lors de ces assises. « Lorsque nous avons commencé à communiquer sur les assises nationales, nous avons été contactés par des MRE [Marocains résidant à l'étranger] de Dubai, d'Abu Dhabi, de la Sillicon Valley... La diaspora manifeste clairement sa volonté de travailler avec le pays », confie la ministre. Dans un récent entretien avec La Tribune Afrique, Hicham Oudghiri, fondateur et CEO d'Enigma évoquait justement le rôle potentiel des Marocains du monde dans l'essor de l'IA. « La diaspora peut aider à construire un vrai réservoir de talents au Maroc et venir construire des produits [...] pour ensuite exporter des solutions qui fonctionnent », suggérait-il.
En matière de talents cependant, le Maroc estime être pas mal loti, avec notamment citoyens lauréats des écoles mathématiques à l'échelle nationale, mais aussi ceux qui vont se former à l'étranger comme à Polytechnique Paris où le nombre de Marocains admis est passé à 50 cette année, contre 40 l'année dernière.
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Dans la course vers l'élaboration de la stratégie nationale d'IA, le Maroc devra par ailleurs relever quelques défis comme la fracture non-numérique lié à l'analphabétisme dans certaines régions du royaume. « C'est la raison pour laquelle l'IA générative va être importante », souligne la ministre. Au termes de ces travaux d'ailleurs, le Maroc n'écarte pas l'idée de mettre en place un LLM qui parle les langues locales.