Tunisie : Moody’s menace de dégrader la note souveraine
Aboubacar Yacouba Barma
Aboubacar Yacouba Barma
C'est une nouvelle qui tombe au mauvais moment pour la Tunisie ! Alors que le pays s'apprête à accueillir, en fin de ce mois, une conférence internationale destinée à mobiliser les investisseurs pour financer son programme de relance économique, Moody's vient d'annoncer qu'elle pourrait abaisser, à moyen terme, la note souveraine du pays. Dans un communiqué qu'elle vient de rendre public, l'agence de notation a certes confirmé la note « Ba3 » de la Tunisie mais l'a rabaissé de perspective « stable » à « négative ». En clair le pays peut encore faire face à ses engagements auprès des émetteurs avec toutefois des caractéristiques spéculatives. Cependant, Moody's a prévenu que cette note souveraine du pays pourrait être dégradée à moyen terme en cas de persistance de la dégradation des finances publiques. C'est du reste cette situation qui inquiète les experts de l'agence américaine qui ont alerté sur « les retards continus vers la consolidation budgétaire qui mène à l'aggravation du déficit budgétaire et à une trajectoire du niveau de la dette par rapport au PIB qui s'éloigne de plus en plus de la moyenne des pays placés dans la même catégorie ».
En dépit des prévisions de la reprise du rythme de croissance du PIB pour 2017 annoncé par le gouvernement entré en fonction en août dernier et qui tournent autour de 2,5% comme annoncé dans le projet de loi de finances, Moody's a annoncé que « les vulnérabilités externes augmentent, alimentées par le déséquilibre persistant de la balance commerciale et par une augmentation de la dette extérieure brute » Il faut dire que dans le même temps, le gouvernement a anticipé sur une hausse de ses prévisions de déficit budgétaire, lequel est désormais estimé à 5,7% pour 2016 et 5,4% pour le prochain exercice. Parallèlement, il est aussi attendu que la dette du gouvernement atteigne 63,2% du PIB à la fin de l'exercice en cours contre 54,9% en 2015. Selon les prévisions de Moody's, elle pourrait se hisser au-delà de 65% du PIB à l'horizon 2017-2018.
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Selon les explications de Moody's, cette situation assez inquiétante de l'évolution de l'économie tunisienne est la conséquence d'une croissance plus modeste que prévu avec de nouvelles projections de 1,5% pour cette année contre 2,5% initialement annoncés. Notons également l'impact de la dépréciation du dinar à hauteur d'environ 4,5 points de PIB. La Conférence des investisseurs, Tunisia 2020, prévue à la fin du mois s'annonce donc sous de mauvaises auspices. Pourtant, dans son évaluation, Moody's a mis en exergue, « la solidité de ses institutions en comparaison avec d'autres pays placés dans la même catégorie ». De même, le soutien actuel d'institutions internationales dont la Tunisie jouit actuellement convergent vers le maintien à court terme de la note souveraine du pays. C'est justement sur ces deux facteurs que le nouveau gouvernement dit « d'union nationale » table pour relancer l'économie du pays, laquelle est entrée en zone de turbulences depuis le soulèvement populaire de 2011 et la transition politique amorcée. Après la tenue d'une série d'élections et la mise en place de nouvelles institutions, le défi de l'heure pour le moment est de relancer la machine économique en misant sur le soutien des investisseurs internationaux.
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