L'Amérique profonde contre Wall Street

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Une douzaine d'entre eux - les plus importants - se trouvent ainsi aujourd'hui exposés à la vindicte d'une coalition de quarante Etats américains qui leur demandent aussi des comptes.Le but de cette coalition est à peu près le même que celui d'Eliot Spitzer, procureur général en titre de l'Etat de New York : déterminer si ces banques d'affaires ont biaisé leurs conseils aux épargnants afin de s'attirer les lucratifs contrats de sociétés amenées à mener des opérations financières. Ce n'est un secret pour personne : cette enquête a été ouverte dans la foulée de celle menée tambour battant contre Merrill Lynch par l'intransigeant Eliot Spitzer et qui s'est terminée le 21 mai dernier par un arrangement à l'amiable portant sur 100 millions de dollars. Mais par son ampleur, elle dépasse tout ce que Wall Street a jusqu'à présent connu car, cette fois, ces banques ont à leurs trousses les responsables des commissions boursières des Etats américains les plus riches. Remontés à bloc, ils ont commencé, du Midwest à la Côte Pacifique, à examiner les pratiques des concurrents de Merrill Lynch - dont notamment Goldman Sachs - et sont en train d'éplucher des millions de pages de leurs documents internes. Officiellement, ce qui intéresse ces Etats, c'est avant tout de récupérer des indemnités pour les investisseurs floués ou d'obtenir des condamnations. Pas question par contre de forcer les banques à des restructurations de fond. "Nous voulons que les petits investisseurs connaissent mieux les firmes de Wall Steet qui, le plus souvent, se trouvent pour eux à des années-lumières, observe S. Anthony Taggart, le directeur de la Securities Division de l'Utah. Et, s'il y a lieu, il paraît normal de faire payer les irrégularités commises."Mais ces belles intentions inquiètent les banquiers de Wall Street qui se demandent si ces nouvelles accusations ne vont pas contribuer à ternir encore plus leur blason. Et surtout, ils craignent que ces poursuites ne débouchent tôt ou tard sur une jungle de régulations locales qui seront une entrave pour leurs activités et leur coûteront encore plus d'argent. "Les marchés sur lesquels nous travaillons sont nationaux, objecte dans l'anonymat un avocat d'une des banques incriminées. Nous ne voulons pas tomber dans des disparités locales insupportables. Il devrait y avoir une approche nationale à ce problème."Les banquiers ont peut-être raison de s'inquiéter. Au niveau national, c'est la Securities & Exchange Commission (SEC), le gendarme boursier américain, qui tente de résoudre l'épineux problème des conflits d'intérêts. Récemment, elle annoncé la mise en place de nouvelles régulations mais, pour l'opinion, celles-ci n'apparaissent pas assez fermes et, face au zèle d'Eliot Spitzer, Harvey L. Pitt, le président de la SEC, fait figure de timide suiveur. Pire, il est probable que la SEC ne s'associera pas à l'enquête de l'Amérique profonde : si, officiellement, l'organisme a annoncé qu'il était prêt à collaborer, il aurait déclaré en privé qu'il ne souhaitait pas voir cette coalition imposer son diktat. Résultat : à moins que, à Washington, le Congrès ne mette vraiment les pieds dans le plat, les Etats vont continuer à faire bande à part... Certes, cette Amérique profonde, qui a toujours affiché une certaine méfiance - voire une hostilité - à l'égard de New York et de son arrogance, affirme qu'elle ne veut pas accoucher d'un labyrinthe de régulations qui diffèreront d'un Etat à l'autre. "A Wall Street, on s'inquiète de pouvoir voir brutalement apparaître 25 ou 30 différents systèmes, relève ainsi le responsable de l'Indiana Securities, Bradley W. Skolnik. Mais ce n'est pas notre intention. L'arrangement conclu avec Merril Lynch peut très bien servir de modèle pour les autres firmes."Allez donc convaincre ces gens de la rue du Mur... Dans le doute, les banques d'affaires de Wall Street ont préféré prendre les devants et se réformer elle-mêmes avant de se voir imposer des règles trop complexes. Par exemple, John J. Mack, le président de Credit Suisse First Boston, a fait passer un mémo à ses employés dans lequel il qualifie l'accord avec Merrill Lynch de "pas en avant pour tout le secteur". Salomon Smith Barney a de son côté annoncé qu'elle adopterait des réformes similaires à celles promises par Merrill Lynch. Enfin, Goldman Sachs a nommé un ancien président de la Réserve Fédérale de l'Etat de New York, E. Gerald Corrigan. Son rôle sera de s'assurer que les recommandations faites par la banque sont exemptes de tout conflit d'intérêts.

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