Francis Mer, Paul O'Neill, même combat ?

Le parallèle entre les deux grands argentiers séparés par l'Atlantique saute aux yeux.En échange d'un prestigieux maroquin, l'un et l'autre ont quitté leur fauteuil de grand patron de la métallurgie - le numéro un mondial de la sidérurgie Arcelor pour l'un, le numéro un mondial de l'aluminium Alcoa pour l'autre.Ils sont arrivés aux commandes de l'économie de leurs pays respectifs avec la même inexpérience de la vie politique à ce niveau, avec la même inexpérience d'un univers où chacune de leur "petite phrase" est instantanément répercutée d'un bout à l'autre de la planète, disséquée, et, le cas échéant, immédiatement sanctionnée.L'un et l'autre se sont un peu pris les pieds dans le tapis, pour la même raison : ils ont cru pouvoir pratiquer un franc parler rafraîchissant, destiné à marquer une même rupture par rapport au langage policé de prédécesseurs qui avaient pour nom Laurent Fabius et Larry Summers.C'est ainsi que Paul O'Neill a lancé que le dollar n'était pas un sujet tabou. Que Francis Mer a expliqué que les licenciements étaient l'affaire des patrons, pas des syndicats. Il y eut d'autres déclarations à l'emporte pièce, mais l'un et l'autre apprennent dans la douleur comment tourner leur langue dans leur bouche sept fois au moins. La presse ne leur a pas fait de cadeau.Le parallèle a ses limites. Le succès de Paul O'Neill sera presque exclusivement jugé à l'aune de sa crédibilité à Wall Street, où Robert Rubin, ancien secrétaire au Trésor de Bill Clinton, continue d'être idôlatré. Il avait deux qualités : être l'ancien patron de la banque d'affaires Goldman Sachs après en avoir été l'un des traders les plus brillants. Et ne jamais dire quoi que ce soit qui soit un tant soit peu controversé.La tâche de Francis Mer est, dans un certaine mesure, plus complexe. La pression exercée par les marchés financiers est moins forte, tout en étant réelle. Sur l'euro, par exemple, il n'est qu'une voix parmi d'autres, même si c'est une voix qui compte. Beaucoup plus que Paul O'Neill, il doit se soucier d'un corps social prompt à la réaction, et d'un président prêt à calmer le jeu au moindre écart de langage.Il n'empêche, une amicale transtlantique des "super gaffeurs", cela ne manquerait pas d'allure.

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