Israël et le Hezbollah campent sur leur position

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Hier la délégation de l'ONU venue à Beyrouth a relevé "de premiers efforts encourageants" pour un cessez-le-feu. Mais les échanges de tirs entre le Hezbollah et l'armée israélienne ont continué sans relâche, sur fond de déclarations confirmant l'intention de chaque protagoniste de n'arrêter les hostilités qu'à ses propres conditions.

Au septième jour de l'offensive israélienne, aucun geste ou déclaration ne laisse présager un cessez-le-feu rapide. Les protagonistes campant chacun sur leur position. "L'offensive israélienne au Liban lancée le 12 juillet se poursuivra tant que les attaques du Hezbollah contre le nord de l'Etat hébreu se poursuivront et que les soldats de Tsahal capturés par la milice chiite libanaise n'auront pas été libérés", a réaffirmé le Premier ministre israélien Ehud Olmert. La chef de la diplomatie israélienne Tzipi Livni a de nouveau insisté sur une libération "sans conditions" des soldats capturés le 12 juillet par le Hezbollah dans une opération à la frontière israélo-libanaise entraînant l'offensive, ce que le parti chiite a d'emblée refusé. "Il faut sortir le Hezbollah du Liban sud, appliquer pleinement la résolution 1559, déployer l'armée libanaise au Liban sud et veiller à un démantèlement du Hezbollah", a-t-elle dit en énumérant les "objectifs" de son pays et en jugeant nécessaire d'empêcher Damas et Téhéran d'armer le Hezbollah.

Selon un sondage publié mardi dans le journal israélien Yediot Ahronot, une vaste majorité de l'opinion israélienne soutient l'offensive. Pas moins de 86% des personnes interrogées jugent l'opération justifiée et 58% estiment qu'elle doit se poursuivre jusqu'à la mort du cheikh Hassan Nasrallah, qui dirige le "Parti de Dieu".

Le secrétaire général de l'Onu, Kofi Annan, a dit espérer une contribution européenne à la force de stabilisation que la communauté internationale propose de déployer au Liban.
"Il est urgent que la communauté internationale agisse pour faire la différence sur le terrain", a-t-il déclaré mardi lors d'une conférence de presse à Bruxelles, souhaitant la mise sur pied d'un contingent doté "d'un concept opérationnel et de capacité différente". Les États-Unis n'ont en revanche pas caché leurs doutes sur cette force et Israël a estimé qu'elle était "prématurée". Les grandes puissances mondiales, jugent dans l'ensemble que la résolution de la crise passe notamment par la libération des militaires israéliens enlevés par le Hezbollah, qui veut les échanger contre des prisonniers libanais et palestiniens.

L'aviation israélienne a repris mardi matin ses bombardements sur Beyrouth et le sud du Liban, faisant 23 morts, et Tsahal a annoncé que son offensive contre le Hezbollah pourrait se poursuivre pendant plusieurs semaines. Neuf civils parmi lesquels des enfants, tous membres d'une même famille, ont été tués peu après minuit par une frappe aérienne sur une maison du village d'Aïtaroune, près de la frontière avec Israël. Quatre autres civils ont trouvé la mort dans les frappes de l'aviation israélienne dans le sud du pays. L'armée israélienne a également bombardé une caserne libanaise à l'est de Beyrouth, tuant dix soldats et en blessant 30 autres.

Moshe Kaplinsky, chef d'état-major adjoint de Tsahal, a estimé que les opérations pourraient se poursuivre pendant quelques semaines, ajoutant que l'État juif avait besoin d'un peu de temps pour mener à bien des "objectifs très clairs". Il n'a pas exclu l'hypothèse d'une offensive terrestre. "À ce stade nous n'estimons pas devoir déployer d'importantes forces terrestres au Liban, mais si nous y sommes contraints, nous le ferons. Nous ne l'excluons pas", a-t-il déclaré sur la radio israélienne.

Plusieurs roquettes tirées par le Hezbollah se sont par ailleurs abattues sur Haïfa, dans le nord de l'État d'Israël, a fait savoir la police. On ignore pour l'heure si ces tirs ont fait des victimes.La campagne militaire menée par Israël en représailles à la capture, mercredi, de deux militaires par le Hezbollah a déjà coûté la vie à 227 personnes, majoritairement civiles.

La poursuite de la spirale de violence fait craindre une crise humanitaire grave en raison notamment de la fuite de dizaines de milliers de Libanais de leurs villages bombardés ou détruits, surtout au sud, pour des zones moins exposées. Ces déplacés ont trouvé refuge dans les écoles, les jardins publics et des parkings de centres commerciaux en attendant l'aide humanitaire, alors qu'Israël impose un blocus aérien et maritime au Liban. La principale route encore praticable reliant Beyrouth à l'est du Liban et à la frontière syrienne a été de nouveau bombardée. Parallèlement, des dizaines de milliers de personnes ont fui le Liban à bord d'hélicoptères, de navires ou de bâtiments de guerre lors de l'une des plus importantes opérations d'évacuation depuis la Seconde guerre mondiale.

Le Canada a affrété six navires pour évacuer les ressortissants canadiens du Liban, estimés à quelque 50.000. Les gouvernements dans le monde se sont mobilisés pour aider leurs ressortissants à quitter le pays.

De leur côté les autorités consulaires françaises au Liban ont reçu "à peu près 8.000" demandes d'évacuation, a précisé le ministère des Affaires étrangères, alors que les premiers ressortissants évacués sur Chypre à bord du ferry affrété par le gouvernement devaient gagner Paris par avion en fin d'après-midi. Lundi, le ferry grec "Iera Petra" affrété par la France a effectué sa première rotation entre Beyrouth et le port chypriote de Larnaca, avec à son bord 800 Français et plus d'une centaine de ressortissants européens et américains. Le Quai d'Orsay a dénombré environ 17.000 résidents français au Liban et entre 4.000 et 7.000 ressortissants de passage.

Dans la bande de Gaza, l'armée israélienne poursuit son offensive pour retrouver son soldat capturé par des groupes palestiniens le 25 juin. Plus de 85 Palestiniens y sont morts.

Le Hezbollah
Le Hezbollah, parti de dieu, a été fondé en 1982 dans la foulée de l'invasion israélienne du Liban, avec un fort soutien iranien et syrien. Son premier bastion se trouvait dans la plaine de la Bekaa à l'est du Liban alors contrôlée par l'armée syrienne. Le Hezbollah est accusé d'avoir pris en otage des Occidentaux dans les années 1980 et d'avoir orchestré des attentats terroristes. Il jouit d'une certaine popularité dans le monde arabo-musulman pour avoir conduit l'État hébreu à quitter le Liban Sud en juin 2000. Dirigé depuis 1992 par Hassan Nasrallah, le Hezbollah est représenté au Parlement libanais et compte deux ministres dans le gouvernement. En plus de ses 600 combattants, le mouvement compte entre 3.000 et 5.000 combattants mobilisables à volonté, en plus d'une dizaine de milliers de réservistes.

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