Eiffage bloque Sacyr et lui refuse ses administrateurs

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Eiffage a réuni aujourd'hui une assemblée générale essentielle, au cours de laquelle ses actionnaires ont refusé d'octroyer à son concurrent espagnol Sacyr Vallehermoso, les quatre sièges au conseil d'administration qu'il réclamait depuis la prise de 32% du capital du groupe. Le Français a également décidé de priver l'Espagnol d'environ 3% de ses droits de vote pour retard d'annonce.

Le couperet est finalement tombé. Alors que se tenait ce matin une assemblée générale sous haute surveillance pour Eiffage, le groupe a finalement refusé d'accorder les quatre sièges au conseil d'administration demandés par son premier actionnaire Sacyr. Le groupe espagnol de BTP avait sollicité la création de quatre sièges au conseil d'administration, provoquant l'ire de la direction du groupe.

Cette décision a fait suite à un premier revers essuyé ce matin par Sacyr, qui détient 32% du capital d'Eiffage. Jean-François Roverato, président d'Eiffage, avait en effet déclaré peu de temps auparavant au cours de la même assemblée générale que son groupe avait décidé de priver Sacyr Vallehermoso d'environ 3% de ses droits de vote pour retard d'annonce de franchissement de seuil comme prévu par les statuts. La part des droits de vote de Sacyr a ainsi été ramenée à 30,12%.

Eiffage et ses actionnaires ont ainsi fait bloc contre l'Espagnol, qui a fait une entrée aussi remarquée que brusque dans le capital d'Eiffage, il y a près de deux mois, provocant une vague de spéculation et d'incertitude sur Eiffage. Ce, malgré le fait que Sacyr ait toujours nié vouloir lancer une OPA sur Eiffage... tout du moins à court terme.

L'entrée de Sacyr dans Eiffage remonte à fin février. Eiffage avait alors repoussé les avances de l'espagnol, qui avait pris 5% de son capital. L'Espagnol avait approché dans la foulée les dirigeants du Français pour lui proposer une offre "excluant tout caractère hostile". Mais face au refus d'Eiffage, Sacyr a opté pour une autre stratégie: la montée progressive à son capital, pour arriver aujourd'hui, avec 32% du capital et 33,3% des droits de vote. Fort de cette position de premier actionnaire d'Eiffage, il estimait légitime le fait d'être représenté au conseil d'administration du groupe.

Pour sa part, le groupe de BTP n'a eu de cesse d'organiser sa défense. Sa résistance s'est mise en place depuis l'intrusion de ce dernier dans son capital. Se sentant menacé, le groupe avait ainsi cherché à consolider son capital et s'assurer du soutien de ses actionnaires. Ainsi, les salariés, qui détenaient jusqu'à présent 20% du groupe, ont souscrit plus de 100 millions d'euros à l'augmentation de capital annuelle qui leur était réservée. La nouvelle part du capital détenue par les salariés n'a pas été donnée par Eiffage. Toutefois, selon un calcul basé sur la valorisation de la société, évaluée avec le cours jeudi 13 avril en clôture à la Bourse de Paris à 5,4 milliards d'euros, leur part doit désormais se situer autour de 21,5%.

Par ailleurs, la Caisse des Dépôts, qui entend jouer un rôle de pivot du patriotisme économique, a porté sa participation de 3% à 5% au capital d'Eiffage. Elle a également annoncé vouloir prendre une participation directe de 35% dans la compagnie Eiffage du viaduc de Millau. Albert Frère s'est également invité au tour de table en prenant une participation de 6,1% via la Compagnie Nationale de Portefeuille (CNP). Le financier a obtenu un siège au conseil d'administration.

Le groupe comptait aussi sur ses actionnaires institutionnels, dont le poids dans le capital est estimé autour de 34%. Parmi ceux-ci, figurent des grands gestionnaires comme Fidelity, JP Morgan Asset Management, Axa Investment Managers, AGF AM ou BNP AM. Tous détenaient encore récemment plus de 1% d'Eiffage - et même plus de 3% pour Fidelity - selon des données FactSet, mais l'évolution du titre, qui affichait une hausse de plus de 60% sur trois mois lors de sa flambée récente, en a sans doute convaincu plus d'un de prendre des bénéfices.

En tout état de cause, la victoire d'Eiffage lors de cette assemblée générale a aussi traduit le rejet d'une prise de contrôle rampante de la part de Sacyr. Car si pour Luis del Rivero, PDG de Sacyr, "le seul motif de notre investissement, c'est que le secteur de la construction en France va bien, et que les entreprises du secteur cotées en Bourse offrent des marges intéressantes", les intentions de Sacyr restent floues.

D'autant que l'espagnol n'en est pas à son coup d'essai en matière de prise de contrôle rampante. Vallehermoso et l'entreprise portugaise Somague en ont fait les frais ces dernières années. La technique est à chaque fois la même : prise de participation majoritaire en évitant l'OPA sur l'ensemble du capital, puis sièges au conseil et, in fine, fusion des deux entreprises. L'opération se réalise à moindre coût, mais néanmoins dans le respect des règles boursières. En tout cas, dans le cas d'Eiffage, Sacyr devra trouver une autre solution.

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