Enel renoncerait à lancer une OPA sur Suez

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Le titre Suez s'est inscri en repli aujourd'hui en Bourse, la perspective d'une éventuelle OPA lancée par l'électricien italien Enel semblant s'éloigner.

Alors que de nombreux investisseurs espéraient encore que le groupe italien lancerait une OPA sur Suez, ce qui avait dopé son cours de Bourse ces dernières semaines, "Enel cherche désormais une solution négociée", explique ce matin la maison de courtage Raymond James dans une note à ses clients. En effet, d'après le quotidien Les Échos d'aujourd'hui, l'italien Enel aurait renoncé à lancer une OPA hostile sur Suez et chercherait un compromis avec le groupe belgo-français sur sa filiale Electrabel.

Ce nouveau rebondissement entraîne une chute du cours de Suez. Après avoir cédé plus de 2% à l'ouverture des échanges, le titre recule de 2,13% à 30,38 euros à la clôture. GDF perd dans le même temps 0,57% à 26,08 euros.

Enel veut proposer à Suez une solution impliquant sa filiale électrique Electrabel qui lui éviterait de lancer une offre d'achat sur le groupe français. "Le climat est moins tendu et moins conflictuel. On attend un signal de Jacques Chirac. En cas d'accord sur tout ou partie des actifs d'Electrabel, il n'y aurait plus besoin d'OPA", a expliqué aux Échos une source chez Enel. Selon le quotidien économique, l'électricien italien envisage trois scénarios en cas d'ouverture de négociations directe avec Suez, qui pourraient être facilitées par la rencontre mardi entre le Premier ministre italien, Romano Prodi, et Jacques Chirac. Le premier scénario serait de porter le flottant d'Electrabel de 1% à 20% et de partager le solde à égalité.

En cas de refus de Suez, Enel pourrait se contenter de la reprise d'une partie des actifs d'Electrabel à travers l'ouverture du capital de centrales et de Distrigaz, sixième opérateur gazier européen. Le troisième scénario, considéré par Les Échos comme le moins probable, serait de convaincre Suez de céder Electrabel à un prix correspondant à sa valorisation actuelle de 23 milliards d'euros.

Même si seul le schéma de reprise de certains actifs, tel que Distrigaz et des centrales électriques, semble avoir quelque chance d'aboutir, à condition qu'Enel ne se montre pas "trop exigeant", "Suez risque de baisser à court terme car Enel abandonne son scénario OPA et une période de négociation plus ou moins longue va s'ouvrir" à moyen terme, jugent les analystes de Raymond James. La maison de courtage estime que "la position du parlement français sera vraisemblablement déterminante: si l'opposition au projet de fusion est forte, le gouvernement français pourrait le retirer et convaincre Suez de négocier". Dans ce cas, "Enel serait en position de force et pourrait même lancer une OPA associé à GE", l'américain étant supposé intéressé par la branche environnement de Suez.

S'exprimant lundi matin, le groupe Suez a déclaré ne pas vouloir négocier un partage de sa filiale d'électricité Electrabel avec l'italien Enel. La priorité du groupe est la fusion avec Gaz de France. Cependant des partenariats seront possibles une fois l'opération achevée a indiqué un porte-parole. "Electrabel est notre bras armé dans l'électricité en Europe. Il n'y a rien à négocier sur Electrabel, que nous venons d'acquérir pour renforcer notre groupe. On a un seul projet, la fusion avec Gaz de France", a-t-il dit. "Croire qu'on pourrait faire un rapprochement à trois, c'est complètement utopique", estime Suez, qui a indiqué ne pas avoir été contacté par Enel. "Une fois le nouveau groupe fusionné, nous pourrons conclure des partenariats commerciaux et industriels avec d'autres groupes, Enel ou tout autre groupe intéressé, mais sans échange d'actions", a poursuivi le groupe.

De son côté, le Premier ministre, Dominique de Villepin, a affirmé vendredi qu'un projet de loi permettant à l'État de passer sous les 70% de Gaz de France, rendant ainsi possible la fusion avec Suez souhaitée par le gouvernement et les directions des deux groupes, serait adopté en conseil des ministres avant fin juin et transmis "dans les meilleurs délais" au Parlement. Dès mercredi, les députés français vont pouvoir s'exprimer sur la question, à l'occasion d'un débat sur l'approvisionnement énergétique de la France. De quoi permettre au gouvernement de voir si la majorité UMP est prête ou non à voter la privatisation de Gaz de France.

Le ministre de l'Emploi et de la Cohésion sociale semble en tout cas lâcher le Premier ministre sur le sujet. En effet, interrogé sur RMC-Info sur son soutien à la fusion GDF-Suez, Jean-Louis Borloo n'a pas souhaité répondre mais a affirmé que "la grosse question" était celle du "respect du vote du Parlement". "Il faut vraiment qu'il y ait des raisons extrêmement majeures pour revenir sur un vote antérieur du Parlement, c'est-à-dire la promesse de ne pas descendre pour la part de l'Etat en dessous de 70% du capital" d'EDF et GDF, a-t-il expliqué. "Ce qu'il faut apprécier", a-t-il poursuivi, "c'est le caractère vital et stratégique de cette opération pour en arriver jusqu'au renoncement de la parole".

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