La Russie retire à Shell sa licence pour le gisement Sakhaline 2

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La compagnie pétrolière anglo-néerlandaise est sommée par le Parquet général russe d'interrompre ses projets de développement sur l'île de Sakhaline, un gigantesque champ gazier et pétrolier de l'Extrême-Orient russe. Certains investissements du français Total et de l'américain ExxonMobil sont également sur la sellette.

Le ministère russe des Ressources naturelles a mis aujourd'hui ses menaces à exécution en décidant de retirer l'autorisation accordée à Shell d'exploiter le gisement de gaz naturel de Sakhaline 2. Le Parquet général a prononcé l'annulation par décret d'une expertise écologique qui donnait pourtant le feu vert à la compagnie pétrolière anglo-néerlandaise pour développer ses activités sur cette île située sur la côte Pacifique du pays. Estimé à 20 milliards de dollars, il s'agit du plus important investissement privé jamais engagé dans le secteur énergétique dans le monde. C'est également le plus gros investissement étranger en Russie.

Selon le Parquet général, Shell n'a pas fourni aux auteurs de l'expertise écologique "de documents suffisamment approfondis et complets", estimant que le groupe ne satisfait pas aux garanties minimales requises par la loi russe. En cause notamment, le respect des normes sismiques et la prise en compte de l'érosion des sols dans la construction de ses infrastructures.

"Nous sommes obligés d'appliquer cette décision", indique un porte-parole du ministère des Ressources naturelles russe. De fait, le gouvernement reprend la main sur ce dossier sensible, alors qu'un tribunal de Moscou devait examiner le 21 septembre prochain une plainte du service de contrôle de l'environnement russe, qui ne disposait pas d'autres recours que la voie judiciaire pour contraindre le groupe Shell.

Dans un secteur hautement stratégique, cette décision est une façon pour le gouvernement de Vladimir Poutine "d'avoir plus de contrôle sur ses projets, plus de contrôle sur l'argent et sur les ressources", estime ainsi Andreï Gromadine, un expert du secteur gazier et pétrolier à la banque MDM interrogé par l'AFP. En mettant la pression sur les opérateurs pétroliers étrangers, il privilégie les intérêts de la compagnie gazière nationale OAO Gazprom qui serait désormais susceptible de s'inviter au projet.

Pour l'heure, le consortium d'exploitation Sakhaline 2 reste contrôlé à 55% par Shell, les autres 45% étant détenus par deux sociétés japonaises de négoce, Mitsui et Mitsubishi. Désormais en suspens, le projet vise à exporter par bateau, à partir de l'été 2008 et pour plus de 20 ans, du gaz naturel liquéfié (GNL) aux grandes compagnies japonaises d'électricité et de gaz. Décidé en 2003, il devait marquer l'entrée du gaz russe sur le marché en pleine expansion de la région Asie-Pacifique.

Plus tôt ce matin, le ministère russe des Ressources naturelles a également menacé de retirer leur licence d'exploitation à deux autres compagnies pétrolières dont les activités d'exploitation s'exercent "dans le cadre d'accords de partage de production avec l'Etat". Dans le collimateur, le groupe français Total et l'américain ExxonMobil, qui sont respectivement présents sur les sites de Khariaga (Grand Nord) et Sakhaline 1, et dont les projets d'installation sont jugés non-conformes sur le plan technique.

Contre Total, le ministère russe a ouvert une procédure administrative fin juin, pouvant conduire au versement d'indemnités financières au motif d'une mauvaise gestion du site de Khariaga. Par ailleurs, le service de contrôle de l'environnement dépendant du ministère a lancé le 6 septembre dernier des vérifications concernant la conformité du projet d'exploitation Sakhaline 1.

A la Bourse d'Amsterdam, le cours de l'action Royal Dutch Shell a clôturé sur une hausse de 0,39% à 25,76 euros.

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